Taxe tampon
25
Fév
2016

Les produits menstruels féminins sont taxés à 21% en Belgique, au même titre que les produits de luxe. Une étudiante se mobilise.

Illustration : Belges et culottées

Les produits menstruels féminins sont taxés à 21% en Belgique, au même titre que les produits de luxe. Une étudiante se mobilise.

25 Fév
2016

CARTE BLANCHE. Ana Sere lutte contre la “taxe tampon”

La “taxe tampon” est un combat international contre la taxation injuste de tous les produits menstruels. En effet, si ceux-ci étaient reconnus comme des produits de première nécessité, ils seraient taxés à 6%. Mais ils ne le sont pas partout, et nous payons 21% de TVA pour être nées avec un utérus. C’est le cas de la Belgique, mais aussi dans bien d’autres pays. La France a voté le 11 décembre dernier, la réduction à 5,5% contre 20% du taux de TVA aux protections hygiéniques féminines, dit « taxe tampon ». Inspirée par les revendications de nos voisins, j’ai créé le collectif “Belges et Culottées” avec le but d’en finir, nous aussi, avec cette absurdité.

J’ai tenté, en vain, de comprendre pourquoi les produits menstruels sont, ou du moins étaient, taxés comme des “produits de luxe” dans tellement de pays. D’après Obama, c’est sûrement, car les lois sont écrites majoritairement par des hommes. Ce raisonnement a du sens parce que, depuis que j’ai lancé ma page, je fais face à des hommes qui, visiblement peu informés, remettent en question l’utilité de ces produits. Après tout, c’est un sujet tabou. Et même les publicitaires pensent qu’on achète nos serviettes pour y verser du liquide bleu. Pourtant, malgré les petites fleurs roses ou les colliers de perles qui ornent les emballages, les produits menstruels ne sont pas achetés pour le plaisir. Je suis étonnée qu’il faille encore expliquer que nous ne choisissons pas d’avoir nos règles, et que c’est du sang bien réel qui va se retrouver sur nos chaises si on abandonne les coupes menstruelles, les serviettes ou les tampons.

Ma boîte de réception est aussi envahie de héros qui veulent sauver le monde, mais pas à ma manière, et en commençant par autre chose. En somme, il s’agit d’individus qui me demandent pourquoi ne pas choisir un combat plus “important”. Et les femmes africaines qui n’ont pas accès à l’eau, alors ? Et celles qui ne peuvent pas conduire, voter, ou rentrer dans Starbucks ? Pourquoi diable est-ce que je ne me bats pas plutôt contre ces “vrais” problèmes ? Ces questions sous-entendent, à mes oreilles, que je n’ai simplement pas le droit de demander l’équité, car je vis en Occident, où la plupart de mes droits légaux sont acquis. En dehors du racisme et du paternalisme sous-jacent, se trouve l’idée que mon pays a choisi de ne pas me priver de mes droits fondamentaux, et que je devrais être reconnaissante qu’il n’en ait pas été choisi autrement. Je refuse, cependant, d’accepter la situation telle qu’elle est.

En Belgique, le sexisme est présent. Il est présent en masse dans les médias, dans notre système éducatif, dans nos rues, et dans la bouche de nos autorités. Il est présent, et même s’il est bien plus contraignant ailleurs, ce n’est en aucun cas une justification pour l’accepter. Cette histoire de taxe est perçue comme un détail, une futilité dans le grand combat pour l’égalité, car ce ne sont que quelques cents remis en cause. Mais ces quelques cents font partie d’une Belgique patriarcale où les femmes ont un salaire inférieur à celui des hommes, alors on ne va pas certainement pas cracher dessus. C’est un petit pas, peut-être surtout symbolique, mais qui a pourtant l’air de déranger. Finalement, je me dis que, si pour vous ce n’est qu’un détail, autant en finir rapidement : allez sur ma page et signez la pétition, et puis on pourra passer à autre chose !

Ana Sere (étudiante)

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