13
Déc
2018

La N-VA règle sa tactique comme une horloge. Et si la fin du gouvernement Michel sonnait l'heure du confédéralisme à la Belge ?

La N-VA règle sa tactique comme une horloge. Et si la fin du gouvernement Michel sonnait l'heure du confédéralisme à la Belge ?

13 Déc
2018

La N-VA est-elle la gagnante de la mort de la Suédoise ?

Le scénario a déjà été conté et raconté dans tous les médias. Le film du 8 décembre 2018 est déjà best-seller en Belgique. La N-VA quitte le gouvernement, la Suédoise chute et Charles Michel s’envole pour Marrakech comme “le Premier ministre de la coalition de Marrakech”. Le spectre d’une chute gouvernementale planait depuis la naissance de la coalition, mais c’est sur le thème de l’immigration qu’il frappe. Charles Michel semble de plus en plus seul au monde, avec une nouvelle coalition dont le nom semble très (trop?) familier pour le peuple belge. Seul au monde, et seul au parlement aussi. Et si Bart De Wever et son parti avaient réussi leur pari ? Et si le confédéralisme était déjà amené sur la table avant le début de la campagne électorale ?

Si la N-VA quitte le gouvernement, ce dernier ne s’écroule pas totalement pour autant. Le Premier ministre a eu pour rôle de reconstruire un pouvoir exécutif avec les bouts de ficelles et de papier collant qui lui restaient. La suite, on la connaît, l’orange bleue naît, enfin renaît. Mais cette orange bleue qui commence un micro-mandat d’aujourd’hui jusque mai, se retrouve en porte-à-faux par rapport au parlement.

Un gouvernement fédéral minoritaire, le royaume n’avait plus vu ça depuis 1971. La nouvelle coalition gouvernementale n’a donc pas la majorité des sièges à la Chambre, ce qui va la mettre en difficulté pour faire passer des projets de loi. Cependant, une autre question, beaucoup plus décisive pour l’avenir du pays, se pose. A six mois des élections fédérales, la N-VA ne prépare-t-elle pas un énorme coup de pub pour le séparatisme ?

C’est indéniable, le clivage politique entre la Wallonie et la Flandre se creuse chaque jour un peu plus. A un tel point que ce fossé sociétal se transforme peu à peu en faille terrestre. Cette brèche séparant le nord et le sud donne l’impression que la Belgique n’est plus aujourd’hui reliée en ses côtes que par les Diables Rouges. A six mois d’un rendez-vous dans les urnes qui annonce un clivage grandissant, la N-VA avance donc son thème de campagne : le séparatisme. Ce thème était censuré ces quatre dernières années, condition sine qua non à l’accession de Francken, Jambon et leurs camarades au gouvernement.

Pascal Delwit, politologue à l’ULB, y voit une stratégie électorale : “La N-VA est partie du constat qu’elle avait perdu les élections communales et provinciales d’octobre au profit du Vlaams Belang. Elle devait donc trouver un moyen de ne pas laisser glisser le reste de son électorat sur sa droite. Le pacte de l’ONU sur l’immigration était une occasion importante. En sortant du gouvernement, la N-VA a défini les termes de sa propre campagne sur un agenda identitaire ou ethnocentrique.

Deux campagnes parallèles

Et cet agenda ne sera évidemment pas le même en Wallonie et Flandre. A Marrakech, le Premier ministre a prononcé un discours en faveur de l’immigration. Difficile dès lors d’imaginer qu’il surfe sur les thèmes de l’extrême-droite, qui, d’ailleurs, ne trouve pas terrain fertile en Wallonie. Les partis wallons ne feront pas campagne sur les mêmes thèmes que les flamands, transformant ce scrutin fédéral en deux élections distinctes avec des thématiques et des enjeux distincts.

On va avoir deux campagnes parallèles” confirme Pascal Delwit, “C’était déjà le cas en 2010 et 2014, ce sera encore le cas ici. Il n’est pas impossible qu’après l’élection, on constate qu’il sera très très difficile de créer un gouvernement. Ca va nous ramener à des séquences qu’on a bien connues.” 

Le timing de la semaine dernière était idéal pour le parti nationaliste, qui a plus à gagner qu’à perdre sur ce coup-ci. “La N-VA va pouvoir se prévaloir de certaines réformes approuvées pendant ce mandat, comme le recul de l’âge légal pour le départ à la retraite, au saut d’index ou d’autres mesures qui parlent à l’électorat d’une droite conservatrice. D’un autre côté, elle va pouvoir faire valoir le fait qu’elle défend ses idées avant de défendre des postes, ce qui va plaire aux électeurs qui, dans l’ensemble, entretiennent une relation compliquée avec le monde politique”. 

Finalement, dans cette bisbrouille communautaire, l’avenir est encore flou. Pascal Delwit ne se risque pas à prédire les résultats des élections à venir. En quittant la Suédoise, Francken, De Wever, Jambon et leur parti ont mangé leur parole : ne pas aborder de thèmes séparatistes durant toute la législature. Et si les nationalistes flamands sont encore favoris pour le scrutin du mois de mai, leur victoire creusera encore et toujours le clivage présent dans le pays. “Si la N-VA fait 35% des voix et le Vlaams Belang 10% des voix, on sera sans doute dans une situation inédite. Mais spéculer à ce stade, c’est trop tôt.”

Si toutefois ce scénario devait se confirmer, il n’est pas impossible que le 26 mai 2019 soit le dernier rendez-vous entre la démocratie et la Belgique, en tout cas sous sa forme actuelle.

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