RETOUR CHEZ LES MAROXELLOIS. Trois destins, deux pays, une communauté

par Thomas Modave, François-Nicolas Sepulchre, Safaa Ksaani, Imane Benlemrid

RETOUR CHEZ LES MAROXELLOIS. Trois destins, deux pays, une communauté

RETOUR CHEZ LES MAROXELLOIS. Trois destins, deux pays, une communauté

Thomas Modave, François-Nicolas Sepulchre, Safaa Ksaani, Imane Benlemrid
Photos : Thomas Modave, Safaa Ksaani
3 mai 2017

Harwan, Nadia et Rhimou sont Belgo-Marocains. Nés en Belgique, ils ont tous les trois une vision différente de ce que le pays leur a offert et de l’avenir de la communauté marocaine en Belgique. Entre le peintre Harwan, qui montre ses œuvres aux États-Unis, la secrétaire Nadia, qui ne trouve pas sa place en Belgique, et l’entrepreneuse en restauration Rhimou, qui trouve que les attentats ont rendu la vie des Marocains plus difficile, chacune de ces personnes dépeint à sa manière une facette de la communauté belgo-marocaine, ses espoirs ainsi que ses craintes.

Harwan :
C'est à travers ses peintures qu'Harwan s'est fait un nom à l'international.

 “J’ai eu un article sur moi à Los Angeles ! C’est complètement fou !” Harwan, peintre abstrait, ne cache pas sa fierté en nous montrant la publication sur son smartphone. Arrivé en Belgique à la fin des années 60, il réalise pleinement que son parcours est atypique.

Harwan a suivi son père qui voulait ouvrir un commerce en Flandre. Avant de déménager à Bruxelles. “Mon père est venu parce que j’avais un oncle qui vivait ici. C’est toujours pareil, on a quelqu’un de la famille qui est ici et qu’on vient voir de temps en temps. On vient une fois, puis deux fois, et puis on se dit pourquoi pas s’installer.”

 

La peinture n’est pas venue directement à Harwan : “L’art pour moi c’est secondaire. J’ai fait des études de graphisme. Mon travail réel, c’est la publicité.” Pour lui, c’est surtout une manière de s’universaliser, de s’ouvrir au monde. “Ma base, elle est en Belgique, elle est à Bruxelles. Mais je suis quelqu’un d’universel, je suis pas quelqu’un qui va rester quelque part. Je vais là où je dois travailler.”

La chose la plus importante, c’est de travailler dur

Quand on le questionne sur les difficultés qu’il a pu rencontrer lors de sa vie, en tant que Belgo-Marocain, il parle d’un parcours sans embûche. “La chose la plus importante, c’est de travailler dur. De ne pas se reposer sur ses lauriers”, assène-t-il. Il nuance directement ses propos : “Personnellement, j’ai eu de la chance.” Il est conscient que les Belgo-Marocains peinent parfois à accomplir leurs rêves. À cause, notamment, des problèmes d’intégration et des discriminations dont ils sont victimes.

Actuellement, Harwan expose ses œuvres dans les couloirs de la maison communale de Saint-Josse, jusque dans le bureau d’Emir Kir. “J’ai dit au bourgmestre que je trouvais ce tableau magnifique, alors il l’a mis au-dessus de son bureau !” lance gaiement la secrétaire. Dans le coin de la pièce, Harwan sourit.

Nadia :
Nadia, belgo-marocaine, exprime son manque d'attachement à la Belgique.

Nadia est secrétaire à Bruxelles. Née en Belgique de parents marocains, les problèmes de discrimination sont pour elle encore bien présents dans la société. “Le physique, c’est 80% du truc. Moi, ce qui m’a aidée à trouver du boulot, c’est ma façon de m’exprimer et mon physique.” Pour elle, la recherche d’emploi s’est toujours passée sans soucis. Passée entres autres par une boutique de mode et un centre de beauté, elle a occupé différents postes à responsabilité. “Plus vous êtes typés, plus c’est dur. Moi, on pense parfois que je suis Brésilienne ou Italienne, et comme je n’ai pas d’accent quand je m’exprime, ça passe comme ça.”

 

Née en Belgique, Nadia se sent surtout Marocaine. “Je ne ressens aucun attachement à la Belgique. La seule raison qui fait que je suis belge est purement administrative. (…) Je ne trouve pas ma place ici, je m’ennuie terriblement.” Un retour au Maroc n’est pas dans ses plans, bien qu’elle ressente le besoin d’y aller chaque année. Nadia rêve d’autres horizons. Mariée à un Belgo-Belge très attaché à son plat pays, elle sait cependant que ses envies d’autres choses ne lui parlent guère.

Ce sera mille fois plus simple pour ma fille que pour moi.”

Aujourd’hui maman, le futur qui se profile pour sa fille la rassure. “Ce sera mille fois plus simple pour elle que pour moi.” Ayant connu des problèmes de discrimination à l’école étant jeune, cette situation ne devrait pas, selon elle, se reproduire pour sa fille. “Elle a un nom qui passe un peu partout. Elle a le nom de famille de son père et un prénom indien, c’est mignon. Mon nom de famille n’est pas mignon.”

Malgré tout, elle regrette la discrimination toujours bien présente dans la vie de tous les jours. “Je me sens souvent agressée verbalement : dans la rue, les débats télévisés, les reportages à charge, les propos venant de personnages publics, de politiques et de fonctionnaires de police.” Une situation qui s’est même empirée ces derniers mois à cause du climat de menace terroriste.

Rhimou :
Rhimou, entrepreneuse en restauration, remarque un changement de regard depuis le 22-Mars.

Rhimou n’a jamais eu de problème à cause de ses origines ou de sa religion. Mais pour elle quelque chose s’est brisé dans la société depuis les attentats. “Avant les attentats du 22 mars, j’ai vraiment l’impression que tout était beau. Alors que depuis qu’ils ont eu lieu, il y a vraiment plus de discriminations à notre égard.”

Ses parents sont arrivés en Belgique dans les années 60. Comme un très grand nombre à l’époque, c’était pour le travail. Il y en avait plus en Europe qu’au Maroc. Pour autant, elle ne sait pas si c’était exclusivement pour ça ou si quelque chose d’autre a motivé ses parents. Elle, en tout cas, n’a jamais eu de problèmes pour trouver un boulot. “J’ai bien déjà entendu, autour de moi, des personnes qui ont eu des problèmes pour en trouver un. C’est d’ailleurs plus compliqué pour les garçons de trouver un emploi.”

“Plus tu es typé, plus tu risques d’avoir des soucis”

Lorsqu’elle parle de ses enfants, toujours pas de problème. “Ils sont nés ici, ils ont fait de bonnes études et ils ont trouvé des emplois dans le secteur bancaire.” Elle rappelle cependant que des difficultés existent : “L’apparence joue énormément. Les gens peuvent vite se dire “Olala, mais à qui on a à faire là ?!” Ils ont peur de faire confiance.”

Malgré que 75% d’entre eux soient binationaux, les discriminations envers les Belgo-Marocains sont bel et bien réelles. Le débat autour de l’intégration des communautés issues de l’immigration ne touche pas seulement la communauté marocaine. Le récent referendum en Turquie a également refait naître la question de l’intégration des Belgo-Turcs, dont 85% possèdent la double nationalité.

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