Pierre Deltenre, sauveur de la ferme familiale

Jacques Abaigar

À seulement 25 ans, Pierre Deltenre relève un défi de taille : reprendre la ferme dirigée auparavant par son père.

Dans le cadre de mon projet photo de première année à l’IHECS (Bac 1), qui consiste à photographier un professionnel, j’ai choisi le métier d’agriculteur. Étant citadin depuis que je suis né, je voulais découvrir le monde agricole, un univers que je ne connaissais pas. J’ai dû faire appel à un ami de mon grand-père pour trouver Pierre Deltenre. Après l’avoir rencontré une première fois et l’avoir écouté m’expliquer en quoi consiste exactement son métier, je suis revenu le lendemain pour passer une journée d’octobre avec lui et photographier son quotidien. C’est là que j’ai découvert un garçon courageux, travailleur et généreux.

Pierre est né à Forchies-la-Marche, à une dizaine de kilomètres de Charleroi. Dès le plus jeune âge, il aide ses parents en travaillant à la ferme familiale, tout en jonglant avec sa vie scolaire. Le métier d’agriculteur deviendra sa vocation. Peu de temps après ses trois années de formation en haute école aux techniques agricoles et comptables, son père commence à souffrir de problèmes musculaires, l’obligeant à diminuer considérablement son rythme de travail. Pierre a 25 ans. Il est prêt à prendre la relève, à continuer l’œuvre de son père et de son grand-père.

Même s’il travaille le plus souvent avec sa mère, ainsi qu’avec son père qui n’a pas complètement arrêté de travailler, Pierre assume toutes les responsabilités de la ferme. Une activité au rythme soutenu : les journées sont longues, la situation financière pas toujours facile à gérer, les vacances et les loisirs quasi inexistants (Dame Nature n’attend pas). Pierre a la vie rude. Beaucoup de personnes, moi y compris, ne seraient pas capables de suivre une pareille cadence dans leur domaine.

Pierre doit se battre pour que sa petite exploitation parvienne à lutter contre les plus grosses qui s’industrialisent. Le marché agricole nécessite constamment de s’adapter. Le jeune agriculteur explique que le froment se vend en fonction d’un prix qui varie tous les jours, qu’il le suit pour spéculer et vendre au meilleur montant. Grâce à ses études, il a suffisamment de connaissances pour être comptable, mais il n’aime pas cela.

Malgré tous les obstacles, Pierre est satisfait de son travail, fier de poursuivre la vocation familiale, dans le respect de la nature qu’il affectionne.