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07
Fév
2017

Sandra de Boerdère anime des ateliers artistiques en milieu fermé afin d'améliorer les conditions de détention.

La Belgique souffre d'une surpopulation carcérale. Photo : Matthias Müller (flickr creative commons)

Sandra de Boerdère anime des ateliers artistiques en milieu fermé afin d'améliorer les conditions de détention.

07 Fév
2017

Des ateliers de théâtre redonnent vie aux prisons

Lors des grèves des prisons en 2016, le feu des projecteurs a été dirigé sur les différents établissements pénitenciers de Bruxelles. À cette occasion, nous avons pu observer les conditions déplorables de détention et l’extrême tension qui règne dans les prisons. La Belgique est d’ailleurs souvent pointée du doigt par la Cour européenne des droits de l’Homme pour ses conditions de détention plus qu’archaïques. Dans l’atmosphère post-attentat, ou la politique sécuritaire prime, le sort des personnes incarcérées est le dernier des soucis des concitoyens. Néanmoins, des bénévoles apportent encore chaque année leur soutien à ces exclus de la société. C’est le cas de Sandra de Boerdère qui anime depuis de nombreuses années des ateliers artistiques en milieu fermé.

“Le jour des représentations, la prison s’est transformée le temps d’un instant”

Sandra de Boerdère a travaillé avec des détenus hommes et femmes de la prison de Saint-Gilles et de Mons. Ces ateliers consistent à exploiter le théâtre et les marionnettes dans toutes ses formes, c’est-à-dire l’animation de ce qui est inanimé. Cela va de la fabrication de marionnettes à la création d’une histoire pour celles-ci. « Il s’agit de construire avec les participants. Ça se déroule sur trois à quatre mois à raison d’une à deux fois par semaine. Nous faisons jusqu’à deux représentations publiques, l’une pour les détenus et le personnel pénitentiaire et l’autre pour la famille des détenus. »

L’idée est de travailler sur les relations entre les détenus, et entre ceux-ci et les gardiens, mais également sur le lien qu’ont les détenus avec le monde extérieur et leur famille. « Le jour des représentations, la prison s’est transformée le temps d’un instant. Les enfants rencontrent leurs pères ou leurs mères autrement au sein de celle-ci.” Outre l’amélioration des conditions de rencontre entre détenus et proches, ces ateliers apaisent les tensions qui sont omniprésentes dans l’univers carcéral. Les détenus se rencontrent entre eux un peu différemment et les agents pénitenciers les voient sous un autre jour.

Réfléchir sur soi-même

Durant les ateliers, les thématiques abordées sont multiples et vont de la criminalité au racisme. Sandrine de Boerdère essaie systématiquement d’aller plus loin dans l’approche de ces thèmes. « Lors d’une session que j’animais pour les détenus hommes de la prison de Mons, ceux-ci voulaient parler du racisme. Je leur ai alors proposé d’aborder le racisme sous l’angle de l’exclusion pour ouvrir un peu plus le débat. Ouvrir la question a été intéressant car eux se vivent souvent du côté de la victime et se positionnent par rapport à leur origine. » Ces différents sujets traités permettent aux détenus de réfléchir sur eux-mêmes, sur leur situation et de questionner leurs responsabilités.

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Un détenu passe en moyenne 22 h sur 24 en cellule. Photo Tiago Pinheiro (flickr creative commons)

Transformer ces lieux d’enfermement en endroit de réinsertion

La prison poursuit plusieurs fonctions, comme celle de punir, de dissuader les individus de commettre des infractions ou encore de protéger la société des personnes dangereuses. La plupart du temps, la première fonction est remplie, alors que celle de dissuader et de garantir la sécurité des concitoyens n’est faite qu’à moitié. En effet, le pourcentage de récidive des ex-détenus est extrêmement haut.

D’un côté, la prison à un rôle de répression, de l’autre, un objectif de réhabilitation. A travers l’art du spectacle, Sandra de Boerdère répond à ce problème de réinsertion qui fait gravement défaut dans notre société. « La prison fait partie d’une question de société, elle est là depuis longtemps et continuera d’exister. Les gens détenus en prison sortiront à un moment donné. Et donc la question essentielle que je me pose est “qu’est-ce qui pourrait se passer dans les murs pour que les personnes qui en sortent soient autrement en lien avec la société ?” »

“Lorsqu’on est incarcéré, c’est un temps d’arrêt, mais la vie continue.”

Selon l’OIP (Obervatoire international des prisons), un détenu, s’il ne travaille pas, passe en moyenne 22 heures sur 24 à l’intérieur de sa cellule. Cette inactivité participe au développement d’un climat pesant au sein de l’établissement, tant pour les prisonniers que pour les surveillants. Cela entraîne également une passivité chez le détenu et ne le prépare pas suffisamment à sa sortie vers le monde extérieur. « Lorsqu’on est incarcéré, c’est un temps d’arrêt, mais la vie continue. Souvent les gens sortent de prison avec ce sentiment d’avoir été cassé, mais réintégrer la société de manière fragilisée participe fortement à la récidive. J’interviens en prison car j’estime que pendant ce temps d’arrêt, il doit se passer des choses. Profiter de ce temps pour ne pas avoir l’impression qu’il a été vain.”

Des détails qui renversent la vapeur

La prison, reflet de la société extérieure, varie d’une culture à une autre, d’un pays à un autre. Certains pays optent pour un mode de fonctionnement ultra sécuritaire basé sur le contrôle, alors que d’autres pays comme le Danemark penche pour une politique d’accompagnement grâce à laquelle les détenus bénéficient de plus de liberté, d’activité et d’autonomie.

En Belgique, où les activités sont plus un luxe qu’un droit pour les détenus, ne faudrait-il pas justement plus les stimuler afin d’améliorer les conditions de détention et indirectement réduire les risques de récidive ? Du moins, c’est ce en quoi croit profondément Sandrine de Bordière : « Lors de mon dernier atelier, quelque chose de complètement inédit s’est produit. Un surveillant est venu avec son saxophone, accompagné musicalement les détenus. Je trouvais que là, quelque chose de vraiment chouette humainement s’était passé, une frontière avait été franchie. Ce sont de toutes petites choses, mais je travaille pour ces petits détails qui renversent la vapeur, les positions fermes qu’on peut avoir par rapport à la différence. Notre jugement.”

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