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Cryptoparty
05
Août
2016

La Quadrature du Net a présenté quelques recommandations pour avoir une bonne hygiène numérique. Ou comment sécuriser ses données.

Christopher, de la Quadrature du Net, partage ses conseils en matière de protection de données avec les festivaliers des Ateliers de Couthures. © Justine Dauchot

La Quadrature du Net a présenté quelques recommandations pour avoir une bonne hygiène numérique. Ou comment sécuriser ses données.

05 Août
2016

#FestiCouthures : “Internet, c’est comme une grande rave party”

Présenté comme un data lover, Christopher est membre de la Quadrature du Net, une association de défense des droits et des libertés des citoyens dans l’espace numérique. Il était présent samedi 30 juillet aux Ateliers de Couthures, dans le séchoir « Décrypter la terreur », pour une initiation à la protection des données numériques.

En juillet 2015, le gouvernement français adopte une loi sur le renseignement. Il sera désormais possible d’analyser les données de connexion des internautes de l’Hexagone. Pas d’inquiétude, il ne s’agit que de métadonnées, aucune intrusion dans la vie privée des utilisateurs ne sera faite puisque la loi ne vise pas à récupérer de contenu. Et pourtant, ce que Christopher nomme “ombre numérique” suffit à établir un profil plutôt précis d’un utilisateur. En récupérant ces métadonnées, il est possible d’en apprendre beaucoup sur une personne : son emploi du temps, basé sur les heures et durées de connexion, quels sites et à quelle fréquence elle les a visités, etc.

On peut donc établir, par exemple, que vous vous levez à 7 heures du matin, heure à laquelle votre smartphone débute son activité. Vous consultez la presse en prenant votre petit-déjeuner ou dans les transports en commun. À 9 heures, l’activité de votre laptop se concentre principalement sur votre boîte mail, vous êtes donc au travail. Votre activité WhatsApp augmente significativement vers 13 heures, c’est la pause déjeuner. Vers 20 heures, c’est sur votre tablette que vous consultez Facebook, vous êtes probablement dans votre salon. Toute activité s’arrête à 22 heures, vous allez dormir. Un véritable profilage.

Internet, ce colosse aux pieds d’argile

Il est important de rationaliser les risques, rappelle Christopher. Il n’existe pas de liste exhaustive des outils qui permettraient de protéger une bonne fois pour toutes ses données et appareils. En moyenne, ils deviennent obsolètes au bout de deux ans, mais il ne faut pas non plus sombrer dans la paranoïa.

« Se reposer sur les outils équivaut à se fier à un géant aux pieds d’argile. »

S’il est important de garder un œil ouvert sur les nouveaux outils proposés et de les mettre à jour régulièrement, il est tout aussi important de se responsabiliser : « Avant de se poser mille questions sur la protection de données, il faut s’en poser sur notre comportement. Il faut se demander ce qu’on veut protéger, ce qu’on veut partager. C’est de l’hygiène numérique. »

Parmi les conseils prodigués devant un public des plus attentifs, Christopher évoque des évidences ancrées dans les habitudes de nombreux internautes. Parmi celles-ci, l’utilisation de mots de passe différents (via un gestionnaire comme Keepass X), le recours à des sites utilisant un protocole sécurisé « https » pour ce qui concerne les paiements bancaires, le blocage de la géolocalisation et celle des cookies, notamment pour se protéger de la publicité.

« Liberté et sécurité sont liées. Si on ne se sent pas en sécurité, on n’est pas libre. »

Et de liberté, il est en question dans l’utilisation des logiciels. Christopher recommande le passage par des logiciels libres, dont une liste est disponible sur Framasoft. « Il existe des alternatives au GAFAM (le big 5 de la Silicon Valley composé de Google, Apple, Facebook, Amazon et Miscrosoft, ndlr). Il y a cinq ans, c’était compliqué, mais aujourd’hui c’est plus simple », constate-il.

« Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit. La pub a foutu en l’air Internet. »

Par ailleurs, il recommande également l’utilisation de bloqueurs de publicités comme uBlock origin. Adblock, plus connu, aurait pour sa part passé un accord avec Google en vue de débloquer certains contenus.

Sur la question sensible de la relation entre presse et publicité, Christopher relativise : « Certains médias s’en sortent très bien sans pub. Ils fonctionnent avec abonnement, c’est notamment le cas de Médiapart. L’utilisation de bloqueurs de publicité va pousser à changer les choses. Cependant, la question risque de se déplacer sur l’interrogation suivante : qui peut se payer Internet ? »

Un darknet pas si dark que ça

Bien qu’on puisse effectivement y trouver des sites de vente d’armes, de drogue ou encore des réseaux terroristes, Christopher tient à nuancer : « Le darknet est un terme journalistique plus ou moins faux. Ce n’est pas vraiment le marché noir d’Internet. » Les sites n’y étant pas référencés, il faut savoir ce que l’on y cherche. « Le darknet, c’est comme le dealer du quartier, il faut que quelqu’un nous ait donné son adresse pour le trouver », raille le jeune homme.

« Internet c’est comme une grande rave party où les gens se passent des messages. »

Le moteur de recherche Tor fonctionne grâce à des nœuds de chiffrement qui rendent impossible l’identification de celui qui y fait une recherche. Cependant, ajoute Christopher, « il est presque impossible de chiffrer les métadonnées. On ne sait pas qui cache, mais on voit que quelqu’un cache quelque chose, donc que ce quelqu’un a peut être quelque chose à cacher. » Ce qui représente un risque d’attirer l’attention sur un échange qui serait peut-être passé inaperçu dans des conditions ordinaires.

C’est là que le bât blesse. Mathilde Boussion, journaliste pour la Revue XXI et co-animatrice de l’atelier, évoque les recherches d’Elizabeth Stoycheff réalisées sur notre comportement sur Internet. Ce dernier serait directement lié au “sentiment” de surveillance qu’un internaute peut ressentir quand il surfe, l’amenant à modifier ses habitudes et à éviter, par exemple, de rechercher certains termes supposés suspects, voire même à s’autocensurer.

Exit l’idée reçue selon laquelle “si l’on n’a rien à se reprocher, on n’a rien à cacher”. C’est avant tout, comme le rappelle Christopher, de liberté qu’il s’agit. Liberté d’expression, liberté d’opinion, liberté de ne pas être surveillé.

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