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Francis Busigny
14
Jan
2016

Entretien avec Francis Busigny, fondateur d'un projet d'humusation, “Jardin-Forêt de la Métamorphose”

Quand il a découvert l'humusation, Francis Busigny a compris que c’est comme ça qu’il voudrait ‘’finir’’. (Photo : Francis Busigny)

Entretien avec Francis Busigny, fondateur d'un projet d'humusation, “Jardin-Forêt de la Métamorphose”

14 Jan
2016

Du terrien au terreau : l’inhumation écologique via le compostage

À ce jour, la loi belge autorise l’inhumation et la crémation qui sont aussi polluantes l’une que l’autre. Or, une alternative prometteuse pourrait voir le jour : l’humusation. Cette technique propose de donner la vie après sa mort en régénérant les corps par la terre. Un projet de loi a été déposé pour la légalisation de l’humusation en Belgique, mais ses fondateurs entendent aller au-delà des frontières. Entretien avec Francis Busigny, ingénieur expert en pratiques funéraires nouvelles et membre fondateur du projet “Jardin-Forêt de la Métamorphose”. Conscient de la catastrophe que représente notre bilan environnemental, cet écologiste tente de changer les choses pour les générations futures. 

En quoi cela consiste l’humusation ? 

En pratique, le corps emballé d’un linceul sera déposé sur un lit de broyat qu’on recouvrera de cette même matière. Cela reformera un ‘’monument vivant’’.

Que se passe-t-il un fois le processus de transformation des corps par les micro-organismes terminé ?

Au bout d’un an, les proches pourront utiliser une partie du super-compost pour fertiliser un sol dans l’espace du ‘’Souvenir’’, un ‘’Jardin-Forêt de la Métamorphose’’ ou dans un terrain de famille. On peut par exemple faire pousser un arbre ou des légumes. Psychologiquement, les gens préfèrent faire pousser un arbre, mais au niveau des pathogènes, il n’y a aucun risque.

C’est un nom plutôt poétique pour parler d’un cimetière… 

Oui, tout à fait. On va vraiment se balader dans un joli bois. Ce sera un lieu de recueillement agréable.

Humusation : illustration de Luc Schuiten

En tant que chercheur de solutions alternatives à la dégradation de l’environnement, le célèbre architecte Luc Schuiten, membre du Comité de Parrainage, a réalisé ce premier dessin qui symbolise le concept d’humusation. (Luc Schuiten, CC)

L’humusation, c’est un peu un moyen de continuer à vivre autrement. 

C’est exact. C’est d’ailleurs pour ça que la Fondation d’Utilité Publique s’appelle “Métamorphose pour mourir… puis donner la vie !”. On a fait cette Fondation pour être crédible quand on va voir les politiques. Ce n’est pas un ‘pechno’ comme moi qui y va, c’est une Fondation reconnue.

Quel coût économique cela représente-t-il ? D’autant plus que cela demande de la main-d’oeuvre durant un an. 

On n’a pas encore les prix de revient, ni de vente, que l’on va appliquer, mais on va devoir passer plus de temps pour “mettre en humusation” que pour incinérer ou inhumer. Quand les gens vont voir qu’il y a la possibilité pour le même prix de faire pousser un arbre, ils verront que c’est quand même mieux qu’un cimetière classique.

Quel est  l’enjeu de cette légalisation ?

Nous laissons une ardoise énorme à ceux qui nous suivent. Ce n’est pas permis de faire ça. Notre mission, c’est de rendre ce monde de nouveau vivable. On a une chance de pouvoir faire le nécessaire pour que la Terre continue à nous supporter. Il ne faut pas croire qu’on est trop petit pour le faire. C’est quand même la vie sur Terre qui est en jeu pour le moment. Dès qu’on va en prendre conscience, ça va changer la façon de la respecter.

Pourquoi choisir l’humusation ?
Contrairement à l’enterrement, cela ne nécessite :
– pas de cercueil
– pas de frais de concession pendant 5, 10, ou 25 ans
– pas de frais de pierre tombale, ni de caveau
– pas de frais d’embaumement, ni l’ajout de produits chimiques nocifs
– pas de charges d’entretien régulier de la tombe pour les proches
– pas de pollution des nappes phréatiques
Contrairement à l’incinération, cela ne génère :
– pas de rejets toxiques dans l’atmosphère, ni dans les égouts
– pas de consommation d’énergie fossile
– pas de location de colombarium
– pas de détérioration des couches fertiles du sol lors de la dispersion des cendres

Propos recueillis par Emmanuelle Hoet
(étudiante de B2)

 

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3 Responses to “Du terrien au terreau : l’inhumation écologique via le compostage”

  1. yvseghin@skynet.be' Seghin Yves dit :

    Il vient un moment où “cela” se décide..
    Humus, humilité, humain…

    Qu’on fasse en sorte que je retourne vite à une autre forme de vie le jour où le grand manitou -pour qui le mot n’est rien du tout-me rappellera.

    Qu’on lise sur ma bute en lasagne de permaculture un petit hommage au bon maître :

    “Et quand prenant ma bute en guise d’escalier,
    Une ondine viendra gentiment marauder,
    Avec moins de rien de costume,
    J’en demande pardon par avance à Jésus,
    Si l’une de mes branches s’y couche un peu dessus,
    Pour un petit bonheur posthume”…

    Puis qu’on revienne quelques mois plus tard y planter un pommier. D’août de préférence.

    Et qu’au moins si ses vers valent mieux que les miens
    Mon cimetière soit plus vivant que le sien. 😉

    Yves Seghin

  2. anne.rudduck@skynet.be' anne rudduck dit :

    Tres bonne idée je suis d’accord !

  3. mba257@gmail.com' HOET dit :

    Chère Emmanuelle,

    Quel sujet intéressant. Je n’avais encore jamais entendu parler de cela. J’ai juste une question: en quoi consiste le linceul? Tes questions sont bien posées. Bravo.
    Bisous, Titi

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