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Des mains de femme tiennent une plaquette de pilule contraceptive.
21
Fév
2018

Edito : la contraception, préoccupation principalement féminine, reste une révolution inachevée

Plus d'une femme sur deux prend la pilule contraceptive dans le monde.

Edito : la contraception, préoccupation principalement féminine, reste une révolution inachevée

21 Fév
2018

Femmes, reprenez le contrôle de votre corps !

Si la contraception est utilisée par plus de 63% des femmes en âge de procréer à travers le monde, la discussion à son sujet reste encore cantonnée à une partie restreinte de la population. J’ai rencontré une sexologue, une médecin généraliste, une assistante sociale et onze femmes, afin d’essayer de comprendre le phénomène ancré de la contraception féminine, plus particulièrement, la pilule.

Il n’y a rien à faire, le contrôle que les femmes ont pris sur leur fertilité au terme d’un combat révolutionnaire au tournant de Mai 68 est un progrès et il serait peu à-propos de le critiquer aujourd’hui, cinquante ans plus tard. Dès l’année de sa légalisation, la pilule contraceptive a changé la vie des femmes pour le meilleur, mais parfois aussi pour le pire…

Effets « secondaires »

La pilule envoie des messages chimiques au cerveau pour stopper la production d’hormones qui stimulent l’ovulation. Il s’agit donc d’une modification artificielle du fonctionnement du corps. On se doute bien que dans le cachet avalé, il n’y a pas que de la spiruline et du gingembre. Mais jusque-là, on est d’accord, ça fait partie intégrante du contrat signé : je prends cette pilule tous les jours et en échange, je ne tombe pas enceinte. Le pied.

Lorsque, durant les interviews, je demande aux jeunes femmes si elles ont souffert de leur pilule, elles me répondent d’un sourire blasé. Fatigue, sautes d’humeur, perte de libido, prise de poids, dépression… La liste des symptômes est inquiétante. Je me suis demandé si vous trouviez ça normal d’avaler un cachet qui vous fait du mal comme ça. Avez-vous seulement conscience que votre malaise et ces « petites choses » de la vie quotidienne pourraient être causés par votre contraception ? « Je connais les effets néfastes qui ne sont pas hyper dangereux, mais qui sont quand même très emmerdants. Souvent, les gens pensent que ce n’est pas hyper important. On m’a souvent dit “la perte de libido, qu’est-ce que c’est dans une vie ?” ou “ok, tu es un peu plus triste que d’habitude, mais c’est bon”. C’est surtout des mecs, ils pensent qu’on exagère… Ils ne se rendent pas compte », analyse l’une des femmes interrogées.

J’ignorais que ceux qu’on appelle étrangement les effets « secondaires », comme s’ils n’étaient qu’accessoires ou mineurs, sont aujourd’hui ordinaires. Depuis quand les rapports sexuels sans envie sont-ils devenus acceptables ? Depuis quand la tristesse prolongée n’est-elle pas inquiétante ? Votre bien-être est-il donc fatalement moins important que celui des autres ?

La pilule, à prescrire « au cas par cas »

La pilule est banalisée. Elle nous est prescrite dès l’adolescence, à l’apparition de l’acné, des règles déréglées ou d’autres manifestations d’un corps en changement. « J’avais des règles douloureuses et la pilule m’a directement été prescrite, sans poser de questions. Je n’étais même pas encore sexuellement active à ce moment-là », raconte une autre jeune femme. Les médecins ne s’inquiètent pas de savoir comment la patiente se sent par rapport à sa contraception ou quel est son comportement sexuel et contraceptif. Non, la pilule n’est pas simplement un remède anti-bébé emballé dans une boîte rose. C’est un mélange chimique qui altère le fonctionnement naturel du corps. « Certaines femmes ne savent même pas ce que la pilule leur fait, elles ne connaissent pas le message chimique. C’est le problème quand on commence à la prendre tôt, on ne connaît pas le corps sans », dit Sophie Buyse, sexologue à Bruxelles.

Il est prouvé que la pilule n’est pas malsaine et que prise sur une longue durée (de quatre à dix ans), elle peut protéger du cancer des ovaires et de l’utérus. Mais Carine Verheyden, médecin généraliste au Planning Familial, est catégorique : elle doit être évaluée et prescrite au cas par cas, parce les femmes n’y réagissent pas toutes de la même manière.

Et vous, connaissez-vous votre corps sans les messages artificiels qu’il reçoit de la contraception hormonale ? Savez-vous que de plus en plus de femmes voient leur libido monter en flèche lorsqu’elles délaissent leurs boîtes roses ? Savez-vous aussi qu’arrêter la pilule ne vous oblige pas à devenir militante du Vatican et qu’il y a des solutions qui vous iraient peut-être mieux, tout en vous protégeant d’une grossesse non désirée ? Qu’il y a une alternative à l’éternelle alarme qui fait sonner votre téléphone tous les jours à 18 heures ?

Un catalogue de moyens contraceptifs

De nombreuses femmes optent pour le stérilet hormonal ou en cuivre. Inséré un jour, protégée pendant trois à cinq ans ! Il a été prouvé que le stérilet ne comporte pas de risques pour la fécondité, même chez les femmes n’ayant jamais eu d’enfants. Il existe en plusieurs tailles et formes. L’anneau vaginal réduit votre nombre d’alarmes de 21 à 2. Vous le placez vous-même et le retirez 21 jours plus tard, ce qui déclenchera vos règles. Vous le replacez sept jours après. L’application Nuvaring permet d’éviter les oublis d’anneau. L’implant contraceptif, quant à lui, est fiable à 99% et se fait oublier pendant trois ans.

Les alternatives à la pilule sont nombreuses et parmi elles se trouve peut-être la solution qui vous correspond personnellement. Un catalogue de moyens contraceptifs ? Oui monsieur ! Parce que c’est moi, femme, qui ai à subir les effets secondaires et parce que c’est aussi moi qui subirai en premier lieu les conséquences de nos négligences communes.

Mais le choix de contraception d’une femme ne s’apparente pas à un après-midi de shopping online. Il s’agit pour elle de déterminer quel produit chimique gorgera son organisme parmi un éventail de solutions répondant au même degré de nocivité. À l’exception du stérilet en cuivre, toutes les options offertes aux femmes aujourd’hui sont hormonales et toutes ont leur dose d’inconvénients propres qui peuvent s’ajouter aux effets secondaires classiques. L’anneau vaginal peut gêner lors des rapports, coûte presque 18 euros et n’est pas remboursé. Le patch peut provoquer des irritations cutanées et des pertes vaginales. La pose du stérilet fait terriblement mal et peut causer une pilosité importante ainsi que des règles abondantes et douloureuses. Et ainsi de suite. Peu importe le choix de contraception, tous sont susceptibles d’avoir des conséquences indésirables sur le corps ou le mental. Un « choix de luxe » dont seules les femmes semblent jouir…

Une responsabilité à partager

Et si ce n’étaient plus les femmes qui avaient à supporter ce mal-être, après 60 ans ? Et si, comme le plaisir sexuel et la responsabilité parentale, les effets indésirables de la contraception pouvaient également être partagés ? L’automatisation de la responsabilité féminine doit urgemment être remise en question. La science a eu le temps de consacrer de nombreuses recherches au dosage hormonal des pilules ainsi qu’au développement de nouvelles méthodes contraceptives pour les femmes. Les hommes ont-ils également eu droit à une telle attention scientifique ?

Mis à part le préservatif, éternel perturbateur du romantisme et des sensations, qu’existe-t-il sur le marché contraceptif masculin ? Surprise, une pilule créée rien que pour nos hommes, et ce depuis 1979 ! Elle est à combiner avec un gel à étaler sur la peau. Les résultats des tests cliniques sont satisfaisants : une production de spermatozoïdes ralentie, un plaisir sexuel inchangé et un taux d’efficacité comparable à celui de la pilule pour femmes. Toutefois, il y a deux problèmes. Le premier est que les hommes qui l’ont testée se sont plaints d’effets secondaires comme la prise de poids, les troubles d’humeur, l’acné… « On se fout de notre gueule ! Pourquoi les hommes ne pourraient pas subir ça et nous bien ? » réagit une jeune femme, exprimant ainsi le fond de ma propre pensée qui s’efforce à rester polie. Le deuxième problème est que, malgré la certitude de réussite, des essais cliniques règlementaires n’ont pas encore été réalisés, ce qui est une condition sine qua non à la commercialisation du traitement pilule-gel contraceptif masculin. D’après Le Figaro, ces essais cliniques nécessitent des investissements financiers « auxquels ne semblent pas consentir, pour l’instant, les firmes pharmaceutiques ».

Mais d’où vient l’idée que le développement d’une contraception masculine ne vaut pas l’investissement ?! La recherche scientifique trouverait-elle un inconvénient à ce que cet investissement vienne de la société civile ? Imaginons chaque femme révoltée à l’idée que la responsabilité contraceptive lui est automatiquement attribuée. Si chacune d’elles donnait 1 euro de la somme totale qu’elle investit mensuellement dans sa contraception, pourra-t-on enfin passer à la phase concluante de la démocratisation de la pilule masculine ? Si en 2018, nous sommes capables d’envoyer une Tesla dans l’espace, j’ai foi en l’élargissement de la contraception à la gent masculine.

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