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Un prêtre consulte un téléphone portable
06
Mar
2018

Des applications mobiles fleurissent pour faciliter la vie des croyants. De quoi modifier l'horizon religieux en 2030 ?

Photo : Airman magazine (CC BY NC 2.0)

Des applications mobiles fleurissent pour faciliter la vie des croyants. De quoi modifier l'horizon religieux en 2030 ?

06 Mar
2018

La religion en pleine mutation : à l’heure de la prière 2.0 ?

Mahatma Gandhi disait « La vie sans religion est une vie sans principe et une vie sans principe est comme un bateau sans gouvernail. » Il ne croyait pas si bien dire. Cent ans plus tard, l’humain a toujours besoin d’être guidé par un capitaine, de prier, de se confesser. Les pratiques semblent cependant avoir évolué. Annoncé sur le déclin, le culte ne baisse donc pas pavillon, mais a amorcé une évolution progressive, étayée par l’avènement des nouvelles technologies.

Il existe, effet, aujourd’hui des applications dédiées à la religion, qui permettent de localiser des lieux de culte, de lire un des livres sacrés ou d’écouter des prêches. De réelles communautés se sont créées depuis les débuts d’Internet. Selon Andrea Catellani, professeur de communication religieuse : “Il y a certainement eu une évolution depuis les années 50. Aujourd’hui, plusieurs modèles coexistent. Un modèle plus communautaire avec des gens qui participent à la paroisse ou à des associations, ainsi que des gens qui sont plutôt dans des pratiques individuelles, sur mesure. Internet est là pour offrir des solutions pour ce type de pratique.

Les traditionnels lieux de culte en voie de disparition ?

La révolution numérique a, en effet, profité à tous les cultes qui ont su se renouveler. Plusieurs applications et sites web se sont développés pour faciliter la vie des croyants. Parmi eux, Ephatta, sorte de couchsurfing religieux. Le site permet à des voyageurs d’entrer en contact avec des locaux et d’être hébergés sur leur route de pèlerinage. On voulait recréer cette hospitalité, qui est une vertu universelle – et très présente dans la religion catholique – et qui se perd dans les sociétés modernes. Le but étant de permettre à des personnes de se rencontrer et de partager des valeurs communes. Aujourd’hui, nous avons plus de 13.000 utilisateurs, un chiffre qui grimpe d’un millier chaque mois” confie Thomas Teilhet, un des co-fondateurs de la plateforme. Un signe que la demande est bien réelle. 

Carte de la communauté Ephatta, sorte de couchsurfing religieux. (Image : ephatta.com)

Carte de la communauté Ephatta, sorte de couchsurfing religieux. (Image : ephatta.com)

Une question se pose face à la multiplication des applications mobiles : des espaces virtuels pourraient-ils, à terme, et toutes religions confondues, se substituer aux traditionnels lieux de culte ? Pas sûr. Yassine, pratiquant depuis son enfance nous confie : “Je les considère comme un plus, mais ce n’est pas parce que j’ai une application que je ne vais plus aller à la mosquée.” 

Preuve en est, les mosquées restent, abondamment peuplées. Prier en communauté est une des valeurs inculquées par la religion musulmane. « Une prière faite à la mosquée vaut plus qu’une prière réalisée à la maison » note Yassine. La religion musulmane garde donc une place importante au sein du paysage religieux bruxellois. S’il n’y a pas de recensement officiel en Belgique, un sondage de l’observatoire des religions et de la laïcité montre que près de 23% des Bruxellois se déclarent musulmans. Un chiffre en constante hausse depuis plusieurs années.

En plus de l’Islam, la Belgique reconnaît officiellement cinq autres cultes : le christianisme, la religion orthodoxe, l’anglicanisme, la religion protestante-évangélique et l’israëlisme (auxquels il faut rajouter la laïcité, reconnue depuis 2002). D’autres religions comme l’hindouisme fleurissent à Bruxelles, mais sans être officiellement reconnues. Le Bouddhisme, quant à lui, est un cas particulier : il n’est pas considéré comme une religion officielle en Belgique, mais reçoit cependant des subsides de l’Etat.

Beaucoup de croyants, mais moins de pratiquants

Il convient également d’établir une nuance entre croyants et pratiquants. Les croyants sont les citoyens qui disent adhérer aux principes d’une religion. Les pratiquants sont ceux qui y participent activement. À noter que seuls 19% des catholiques sondés pratiquent effectivement leur religion, alors que le chiffre culmine à 89% en ce qui concerne les musulmans. Seul un chrétien sur cinq est donc un pratiquant actif. Selon la même étude, 4% des catholiques bruxellois vont à la messe tous les dimanches.

Comment expliquer cette relative perte d’influence des églises catholiques ? « Le Christianisme n’est pas une religion de lieu, ce n’est pas forcément nécessaire de se déplacer.  C’est un culte du livre, de la foi, de l’intériorité et, à la limite, elle peut se passer de lieu dédié »  justifie Andrea Catellani.

Des églises bruxelloises désacralisées 

Résultat, certaines églises de la capitale demeurent vides. « Aujourd’hui, il y a trop d’églises catholiques à Bruxelles par rapport à la population croyante, voire pratiquante » s’exclame Cécile Vanderpelen, directrice du Centre interdisciplinaire de l’étude des religions et de la laïcité. C’est bien simple, on compte une église catholique tous les…1300 mètres en Région bruxelloise. Et la rénovation de ces églises coûte cher. C’est ce qui pousse à envisager la désacralisation de certains lieux de culte à Bruxelles. Deux églises, l’une à Boisfort et l’autre à Anderlecht, seront transformées en écoles catholiques. Les négociations ont été entamées pour transformer d’autres églises. Un sacrilège pour certains, une nécessité pour d’autres. 

À quoi ressemblera l’horizon religieux en 2030 ?

La société actuelle se caractérise, depuis les années 1960, par une perpétuelle remise en question et par un déclin des institutions. Le philosophe et essayiste français, Gilles Lipovetsky, évoque “l’individu postmoderne qui s’occupe d’abord de lui, de son propre plaisir et de sa santé.” Cecile Vanderpelen pense que cela se reflète également dans notre rapport à la religion :  « Ça ne nous parle plus. Cela n’a plus de sens, pour certains, de suivre une autorité, quelle qu’elle soit » renchérit Cécile Vanderpelen.

“Il n’y aura pas de disparition des religions” – Andrea Catellani, professeur de communication religieuse

Autre facteur important qui pourrait influencer la pratique de la religion dans le futur, l’aspect générationnel :  “Les générations pour lesquelles la pratique religieuse était plus importante vieillissent petit à petit. Ceci pourrait faire baisser le nombre de pratiquants, mais il n’y aura pas, pour moi, une disparition des religions. On voit bien qu’elles continuent d’exister et il y a des signes forts de dynamisme, de vitalité des différents cultes et des différents groupes” admet Andrea Catellani.

En résumé, la pratique est donc devenue plus personnelle et réalisée dans un cadre privé. 73% des sondés sont de cet avis, la religion appartiendrait désormais au domaine privé : “On peut appeler ça de l’individualisme, une pratique religieuse plus bricolée, on va pêcher à différents endroits. À mon avis, ce qui va rester, ce sont des appartenances très choisies” renchérit l’expert.

À l’entendre, d’ici 2030, ces appartenances religieuses pourraient être plus fragmentées et construites à la demande de chacun. On piocherait donc des valeurs, une culture religieuse plus qu’une véritable idéologie. L’heure de la prière 2.0 est bel et bien enclenchée. La religion à Bruxelles est loin d’avoir sussuré sa dernière prière.

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