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17
Nov
2015

Notre journaliste Marine Meunier était au Stade de France, vendredi 13 novembre. Elle revient sur l'angoisse qui a marqué sa soirée.

"A ce moment-là, je prenais seulement cette photo pour immortaliser le match France-Allemagne." Photo: Marine Meunier

Notre journaliste Marine Meunier était au Stade de France, vendredi 13 novembre. Elle revient sur l'angoisse qui a marqué sa soirée.

17 Nov
2015

Attentats de Paris : « Tout va bien ? On a vu les infos… »

Je pensais assister à un match amical comme les autres. Une de ces rencontres où la France et l’Allemagne se livrent un rude duel mais où l’ambiance est à la fête.

Je ne me doutais pas qu’aux abords du Stade de France, un terrible drame était en cours.

Tout le stade se met à trembler

« Des pétards, ça doit être ça. » Cette pensée m’a traversée l’esprit lors de cette détonation. Première frayeur. Quelques membres du public se retournent, se demandant ce qui se trame derrière nous. J’aperçois un petit garçon d’une dizaine d’années quelques sièges plus bas. Il pleure, apeuré par le bruit des déflagrations. Plusieurs minutes après, une deuxième explosion se fait entendre, plus forte, juste derrière nous. C’est à ce moment-là que les supporters se questionnent. Je pense à une bombe ou à des bouteilles de gaz qui ont explosé. Le stade a tremblé tellement fort qu’un effondrement semblait possible.

C’est à partir de là que je suis devenue paranoïaque. Quelques notifications des médias français arrivaient au compte-gouttes sur mon smartphone : « Fusillade à Paris, plusieurs blessés… », « Quelques morts », « François Hollande évacué du Stade de France ». À cet instant, je pense à une attaque terroriste. Essaient-ils d’entrer dans le stade ? Sont-ils déjà à l’intérieur ? Sommes-nous en sécurité ? 45’. L’attaquant français Olivier Giroud marque. C’est la folie dans le stade, on en a presque oublié l’angoisse. Et pourtant…

Des gyrophares bleus à chaque coin de rue

La mi-temps arrive, je me précipite près de l’entrée pour obtenir des informations. Le stade désormais fermé, personne ne peut sortir, tous les spectateurs ont les yeux rivés sur l’extérieur. Les sirènes de police se font entendre aux abords du stade. Les lumières bleues dominent. Les voitures des brigades bloquent chacune des rues.

Les téléphones vibrent, les proches s’inquiètent, les « Tout va bien ? On a vu les infos… » rythment les conversations téléphoniques. Beaucoup m’envoient également des SMS pour avoir de mes nouvelles. J’ai tendance à leur répondre oui. En réalité, je n’en ai aucune idée car je ne suis au courant de rien.

À l’heure où la troisième bombe explose, un des agents de sécurité me dit avec un rire nerveux. « En fait, ce sont deux bombes qui ont explosé. Et voici la troisième. » Je n’y crois pas réellement. Un brancard passe près de l’entrée de notre tribune. Là, je réalise. Une attaque se déroule.

Je retourne à ma place pour poursuivre la rencontre. Il n’y a plus que ça à faire. Les drapeaux bleu-blanc-rouge volent. Un but de André-Pierre Gignac ranime la joie des Français.

“Attaques à Paris” sur tous les écrans

La rencontre touche à sa fin. Le speaker nous donne pour instruction de sortir par une seule porte. Un calme olympien règne dans la queue. L’édition spéciale d’une chaîne française est diffusée sur tous les écrans des stands du stade. Le titre « Attaques à Paris » en rouge ralentit notre avancée vers la sortie.

À l’extérieur, la panique commence. Personne ne sait où aller. Les supporters courent partout, les forces de l’ordre ayant bloqué l’accès au métro. Nous sommes obligés de suivre une masse de gens vers le RER. Sur le chemin, les policiers casqués et armés jusqu’aux dents nous dirigent vers la rame de train. Tout le monde se presse, un homme fait un geste suspect, il est tout de suite intercepté par les gendarmes mais juste pour le remettre à sa place.

Les citoyens sont sur leur garde. On se regarde, on se surveille. On ne sait pas où le train nous emmène mais quitter Saint-Denis est notre but primordial. Dans la rame, l’inquiétude persiste dans les regards. C’est au moment d’arriver à l’appartement des amis dans le 15e  arrondissement que je découvre l’ampleur de l’attaque. Plus d’une centaine de morts. Mon père m’appelle. Je réalise enfin. Il a eu peur, j’ai eu peur.

Être conscient de sa chance

Aujourd’hui, le bruit des explosions causées par les kamikazes résonne encore en moi. Je ne me considère pas comme survivante d’un drame, qui aurait pu être encore pire. J’ai toujours peur, c’est humain d’avoir peur. Mais il faut vivre et être conscient de sa chance. J’aurais pu assister à un concert au Bataclan ou tout simplement boire un verre sur la terrasse de la Belle Equipe. Des sorties habituelles que fait tout citoyen, chaque jour.

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