Rafael Castillo (CC BY 2.0)
21
Nov
2016

Et si on décidait de considérer le cannabis comme un revenu de l'État, au même titre que l'alcool et la cigarette ?

Photo : Rafael Castillo (CC BY 2.0)

Et si on décidait de considérer le cannabis comme un revenu de l'État, au même titre que l'alcool et la cigarette ?

21 Nov
2016

Les bienfaits économiques du cannabis

Le 8 novembre 2016, les électeurs américains n’ont pas seulement élu un richissime républicain à la présidence des États-Unis, ils ont aussi massivement voté en faveur de la légalisation du cannabis. Désormais, la Californie, le Nevada, Maine, le Massachusetts et l’Arizona rejoignent le club de plus en plus étendu des états marijuana friendly. La Floride, l’Arkansas et le Dakota du Nord ont également approuvé l’usage médicinal de cannabis.

Cette ouverture aux drogues douces peut prêter à sourire dans un pays où la tendance semble plutôt être à l’isolement et au repli sur soi, mais c’est sans compter sur la légendaire intelligence économique des Américains. En effet, quoi de plus libéral que de profiter du succès d’une drogue de plus en plus populaire pour amasser quelques dollars ? En dépénalisant la vente et la consommation de marijuana, on permet à un marché très juteux de se développer. Sans compter que l’argent du marché noir quitte les poches des dealers pour venir garnir les caisses de l’État sous forme de taxes, et que les prisons se vident dès lors que la possession de drogue douce ne constitue plus une infraction.

Un gain d’au moins 700 millions d’euros pour le budget

Imaginons-nous, le temps d’un article, que la Belgique décide de légaliser la consommation et la vente de cannabis, qui sont strictement interdites pour le moment. Quelles en seraient les conséquences directes pour l’économie du pays ?

Les bienfaits se feraient surtout ressentir en termes de réduction des dépenses publiques. En matière de répression des drogues douces, le coût des poursuites judiciaires et du budget sécurité s’élève à près de 400 millions d’euros, chiffre qui serait ramené à zéro dans le cas d’une légalisation. Par extension, la dépénalisation favoriserait la lutte contre un commerce souterrain qui finance, très souvent, d’autres activités illégales, sources de dépenses en matière de sécurité.

Ensuite, selon une étude de 2013 qui fait le point sur la question, un pourcentage non négligeable de la population carcérale en Belgique serait constitué d’individus purgeant une peine liée à de la consommation ou de la vente de cannabis. Lorsqu’on sait que le système pénal est surchargé et que les prisons belges traversent une crise de surpopulation, mettre fin à une politique répressive permettrait d’alléger la masse de travail qui pèse sur la justice belge et le système pénitentiaire. En outre, sachant qu’un prisonnier coûte environ 130 euros par jour à l’État, cela permettrait de réaliser une économie de 47 450 euros par an par détenu.

Enfin, si l’État décidait d’imposer des taxes sur la vente de marijuana, comme il le fait pour l’alcool et la cigarette, les caisses publiques se verraient renflouées d’environ 300 millions d’euros.

Mathieu Bihet est le président des jeunes MR, qui se positionne clairement en faveur de la légalisation. Il confirme ces chiffres plutôt encourageants : « Au total, les gains pour l’Etat belges, représenteraient, a minima, 700 millions d’euros.»

Création d’emplois à la clé

Et cette estimation ne couvre que l’aspect théorique d’une dépénalisation. Car, dans la pratique, un nouveau marché de l’emploi pourrait se développer. De la production, en passant par l’importation, la distribution et la vente, la légalisation du cannabis permettrait à de nombreuses personnes non qualifiées de se réintégrer sur le marché du travail en reprenant les postes autrefois occupés par des travailleurs illégaux. En plus de profiter une nouvelle fois à l’État sous la forme d’imposition du revenu, la légalisation permettrait au secteur d’être plus contrôlé, avec des critères de qualité du produit plus stricts et des conditions de travail améliorées. Selon Mathieu Bihet, afin que la transition vers un commerce légal du cannabis se fasse de manière optimale, « il faudrait que la vente de produits se fasse en officine ou en pharmacie », de manière régulée, « afin que les revendeurs illégaux n’y trouvent pas leur place ».

Perspectives créatives

Comme on l’a vu aux États-Unis, le cannabis pourrait également être un vecteur d’emplois pour les personnes qualifiées et une source quasi illimitée pour la création d’entreprise. Élaboration de nouvelles essences, commercialisation de gadgets qui permettraient de diversifier la consommation, applications thérapeutiques du produit, biodiesel fabriqué à base de chanvre et autres dérivés, et même émergence d’une presse spécialisée pour les amateurs de cannabis : les possibilités de croissance économique du secteur ne sont limitées que par la créativité des investisseurs… et la législation en vigueur dans le pays.

Une réticence des partis traditionnels

Aujourd’hui, malgré une proposition de réglementation du député socialiste bruxellois Julien Uyttendaele qui est presque passée inaperçue, la légalisation du cannabis ne figure pas du tout au programme de la coalition suédoise. À part le PS, la majorité des partis traditionnels belges ne cache pas son opposition à la question de la dépénalisation. Néanmoins, de plus en plus de mouvements politiques jeunes, comme les jeunes MR, cités ci-dessus, mais aussi les jeunes socialistes (francophones et flamands), les Jong VLD, les jeunes Écolo, les Jong Groen et les jeunes FDF, prennent leur indépendance quant à la ligne de conduite de leur parti de référence pour soutenir une politique non répressive.

Une question de fossé des générations, alors ? « La mentalité est en train de changer. Je pense qu’il s’agit d’une question de génération », confirme le président des jeunes MR. « On le voit, l’interdiction est un échec. Légaliser ne veut pas dire banaliser et ce message ne passe pas encore assez. Je pense en toute humilité que les jeunes sont peut être plus pragmatiques vis à vis de cela que leurs parents ».

Pragmatique, c’est bien le mot, quand on voit les perspectives économiques que pourrait apporter une dédiabolisation de la consommation de cannabis. Ce dossier ne constitue pas la priorité du gouvernement actuel, mais il mériterait pourtant que l’on y accorde un peu plus de crédit, tant il est porteur de promesses pour la créativité d’entreprise.

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