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07
Nov
2018

Cela fait un an que l'interdiction de la distribution des sacs en plastique à usage unique frappe les magasins de Bruxelles. Les commerçants respectent-ils la loi ?

Interdiction des plastiques à usage unique à Bruxelles. La loi est-elle respectée ? Quelles sont les alternatives proposées ? (CC0 Creative Commons)

Cela fait un an que l'interdiction de la distribution des sacs en plastique à usage unique frappe les magasins de Bruxelles. Les commerçants respectent-ils la loi ?

07 Nov
2018

Disparition progressive des sacs en plastique dans les commerces bruxellois

Il est 14 h 20, rue du Midi, dans le centre de Bruxelles. C’est un mardi comme les autres, les gens vaquent à leurs occupations, sortent d’une boutique pour rentrer dans une autre. Rien de plus banal : des achats, on en fait tous les jours. Mais dans quels contenants les transporte-t-on ?

Depuis le 1er décembre 2017, les magasins de la ville de Bruxelles n’ont plus le droit de distribuer des sacs plastiques à usage unique aux clients. Cette interdiction ne concerne pas encore les autres types de plastiques très légers, comme ceux utilisés pour les fruits ou les légumes. Ceux-ci sont autorisés jusqu’au 1er mars 2020, date à laquelle ils seront eux aussi interdits. Un an après la mise en application de la nouvelle loi, il est temps de faire un état des lieux en sondant quelques boutiques du centre-ville.

Un changement de mentalité

Nous commençons notre tour au Dépôt de Bruxelles, un magasin de bandes dessinées qui donne des sacs réutilisables à ses clients. Un choix motivé par le besoin de protéger les articles vendus des intempéries. En effet, un livre dans un sac en papier serait moins en sécurité. Le propriétaire indique aussi que s’il ne fait pas payer ses sacs en plastique, c’est parce qu’il a une clientèle fidélisée, récurrente donc, à laquelle il ne se verrait pas imposer un supplément pour chaque achat. Pour lui, c’est un service rendu au client. Le vendeur de la boutique de mangas Japanimation située près de la Bourse partage cet avis, même s’il concède que le coût de ces sacs, achetés par milliers, est important.

À la Pharmacie Multipharma et sa consœur indépendante de la rue du Midi, ce sont des sachets en papier qui sont fournis, mais elles disposent aussi de sacs réutilisables. Pour rappel, les sacs réutilisables sont encore autorisés en magasin à condition qu’ils répondent à trois conditions. Premièrement, ses propriétés physiques doivent permettre de l’utiliser plusieurs fois dans des conditions normales. Le traitement de l’emballage doit, lui, se faire dans le respect des prescriptions de la santé et de la sécurité de la main d’œuvre. Enfin, dès que le sac n’est plus utilisable et devient un déchet, il doit être conforme aux critères de recyclage. Un sac en plastique réutilisable doit en outre avoir une épaisseur égale ou supérieure à 50 microns (1 micron = 0,001 millimètre).

En continuant notre chemin, nous passons par certaines boutiques de vêtements qui proposent des alternatives. Chez le géant H&M par exemple, des sacs réutilisables sont vendus pour quelques centimes alors que Zara distribue des sacs en papier. Pour des boutiques plus luxueuses, le choix dépendra de la taille de l’achat, de petits sacs en papier aux grands sacs en nylon. Dans les friperies, très présentes à Bruxelles, le solution varie d’un magasin à l’autre. Le Melting Pot Kilo Bourse ne propose rien du tout tandis que la boutique Episode de la rue de la Violette donne des sacs en tissu.

“ Du plastique, c’est du plastique ! ”

Juste en face de la friperie de la Bourse, nous entrons dans un supermarché chinois qui propose un emballage moins commun, mais très malin : des boîtes en carton sont posées sur une étagère près des caisses. Les mêmes boîtes qui contenaient les différents produits lors de leur livraison au magasin. C’est un moyen pour eux de se débarrasser de leurs déchets tout en faisant des économies sur l’achat de contenants. Ce ne sont pas les seuls à opter pour cette solution : la firme Colruyt utilise cette alternative depuis bien longtemps et de plus en plus de magasins bio suivent également la tendance. Pour les supermarchés comme Lidl, Carrefour, Aldi ou encore Delhaize, les clients peuvent choisir entre l’achat de sacs réutilisables ou en nylon, plus résistants et donc plus cher (jusqu’à 3€).

Au fil de notre marche dans le centre-ville, nous avons remarqué qu’un nombre croissant de clients utilisent leurs propres sacs. Ce changement de comportements encourage certains commerçants à ne plus en fournir systématiquement. D’autres s’interrogent sur l’autorisation des sacs plastiques de plus de 50 microns. “ Du plastique, c’est du plastique ! ”, s’exclame une vendeuse dans une fromagerie de la rue du Midi. “ Soit on fait les choses à fond, soit on ne les fait pas ! ”, abonde une couturière quelques rues plus loin.

Les sacs biodégradables, un mal déguisé ? 

Dans différents night shops du centre, le biodégradable s’impose comme une solide alternative. Cependant, il se pourrait que beaucoup d’entre eux n’aient de bio que leur nom. En effet, ils sont de plus en plus répandus dans le commerce, mais ne posséderaient pas les vertus environnementales que l’on leur prête.

Sac plastique encore autorisé à Bruxelles (Crédit photo : Caroline Martins)

Le plastique « biodégradable » se définit comme un type de plastique qui peut être détruit par des micro-organismes (bactéries ou champignons) dans différents milieux comme l’eau, le dioxyde de carbone (CO2) et certains biomatériaux. Pourtant, certains de ces sacs sont produits à partir de pétrole et lorsqu’ils se désagrègent, les fragments libèrent des particules nocives dans l’environnement. De plus, aucune étude n’a été réalisée sur le temps nécessaire à leur dégradation complète.

Plusieurs scientifiques encouragent à privilégier le bioplastique, c’est-à-dire ces sacs créés à partir de biomasse, pour les achats. Ils sont constitués d’amidon de maïs ou de blé, de fécule de pomme de terre ou encore d’huile végétale de tournesol ou de charbon. Un sac en amidon de maïs disparaît au bout de quelques mois à deux ans en fonction du milieu et peut donc être mis dans le compost.

À notre plus grande surprise, aucun des magasins que nous avons visités ne proposait aux clients de plastiques à usage unique. Loin d’être une généralité à Bruxelles, ce constat montre tout de même une amélioration de la situation par rapport aux années précédentes. Depuis l’entrée en vigueur de la législation, 204 contrôles ont été effectués par des inspecteurs désignés par Bruxelles Environnement et la commune de Bruxelles. Ils ont passé au peigne fin les informations présentes sur les sacs et les ont confronté à leur épaisseur réelle. Dans 84% des cas, les commerçants étaient en ordre. Pour les 16% restants, un doute persistait. Un avertissement leur a été envoyé pour qu’ils se conforment aux règles en vigueur. Une seule infraction flagrante a été constatée et un procès-verbal a été dressé.

Même si les mentalités changent doucement, la bataille est loin d’être gagnée. Alors que les bénéfices de certaines alternatives ne sont toujours pas avérés, l’Europe ambitionne d’intensifier la lutte contre le plastique. Le 24 octobre dernier, le Parlement européen a approuvé à une majorité écrasante le rapport de l’eurodéputée libérale belge Frédérique Ries (571 voix pour, 53 contres, 34 abstentions) qui vise à ” réduire l’incidence des produits plastiques à usage unique sur l’environnement “. Cette position défendue inclurait les pailles, assiettes, couverts, cotons-tiges et autres à la liste des interdits dès 2021.

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