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Boules de tirage des conscrits napoléoniens
17
Juin
2015

Plongée dans la vie d’un conscrit de l’armée française au Mons Memorial Museum.

Plongée dans la vie d’un conscrit de l’armée française au Mons Memorial Museum.

17 Juin
2015

Tirés au sort pour les champs de bataille napoléoniens

Aujourd’hui débutent les commémorations du bicentenaire de la Bataille de Waterloo, qui a marqué la fin du règne de Napoléon. Le Mons Memorial Museum a inauguré le 13 juin 2015 une exposition sur le sujet. « Un numéro, un destin. Au service de Napoléon » donne l’occasion aux visiteurs de plonger dans la vie des conscrits, soldats enrôlés de force dans l’armée révolutionnaire française, ou dans le quotidien des civils, restés au pays.

Je franchis les portes de l’exposition et, là, tout commence. Un chant des révolutionnaires français retentit dans la salle. Je me dirige vers mon destin. Un tirage au sort doit déterminer si je fais partie ou non de l’armée révolutionnaire. C’est le hasard de la conscription.

Service militaire avant l’heure

Conscription Napoléon

Serez-vous conscrit ou civil ? Telle est la question sous Napoléon.

Ce système de service militaire obligatoire pour les hommes de France et des territoires annexés a été inventé par les révolutionnaires français en 1798 pour gonfler les effectifs de leur armée. Alors qu’ils s’appuyaient au départ sur l’élan patriotique des citoyens nés de la Révolution, l’enthousiasme s’était essoufflé au fil des ans. C’est pourquoi, en 1798, le système de la conscription, sorte de service militaire obligatoire pour les hommes de France et des territoires annexés, est inventé.  Ce procédé de recrutement devenait alors indispensable.

Le Hainaut, devenu province française, et par la suite, le reste de la Belgique, n’y échappent pas. Au total, le pays fournit 215.000 conscrits entre 1798 et 1814, soit près de 10% de l’armée française. Pour sélectionner les futurs soldats, les autorités françaises utilisent le système du tirage au sort dès 1804, afin d’éviter tout aspect arbitraire dans les désignations. Des numéros attribués aux hommes en âge d’être soldats sont tirés pour déterminer qui deviendra conscrit.

Graphique population conscrits belges

Un numéro qui change la vie

Tambour de tirage au sort des conscrits napoléoniens

Le tambour à conscription déterminait le sort des citoyens français et des territoires annexés. – Photo Mons2015

Je m’avance donc vers le tambour à conscription et tire un numéro. Le verdict tombe sur l’écran en face de moi : conscrit. J’enfile donc mon uniforme et suit l’itinéraire de visite pour les conscrits, tandis que ceux qui étaient autrefois mes compagnons s’en vont de l’autre côté, chez les « simples » citoyens. Certains ont réussi, malgré un tirage défavorable, à échapper à la conscription : les rumeurs courent qu’on peut se procurer de faux certificats médicaux. Certains seraient même allés jusqu’à se mutiler pour éviter d’être enrôlés, des mutilations quelques fois fatales ! D’autres, plus fortunés, ont payé des miséreux pour qu’ils aillent risquer leur vie à leur place, en échange d’un revenu important, d’environ 2.790 Francs (plusieurs années de salaire d’un ouvrier).

L’avenir ne s’annonce pas rose. Au fur et à mesure de l’itinéraire de l’exposition, je découvre le sort qui m’attend : plus que des batailles, c’est l’ennui qui me guette. Je vais passer la majorité de mon service, dans des marches forcées, avec un sac de 25 kilos sur le dos, des corvées et des bivouacs, beaucoup de bivouacs. Une lettre d’un ancien camarade affirme qu’ils n’ont pas dormi dans une maison pendant cinq mois. La nourriture manque aussi cruellement et les salaires sont payés de manière très irrégulière, obligeant certains à piller. De soldat, on me transforme en voleur.

Des hôpitaux synonymes de mouroirs

En comparaison avec les hôpitaux, tout cela pourrait ressembler à une récréation. Dans les hôpitaux, l’hygiène laisse tellement à désirer que les chances de mort sont multipliées par trois par rapport au champ de bataille. L’amputation est la technique la plus fréquente, à défaut de matériel pour désinfecter les blessures. Au lieu de soigner et sauver les blessés, l’hôpital se transforme souvent en pompes funèbres avant l’heure.

Un peu plus loin, je découvre une image d’Epinal qui explique la bataille d’Austerlitz : de la pure propagande. Le pouvoir s’en sert pour expliquer à la population les grands événements et les grandes conquêtes qui marquent la vie de l’Empire. Seuls ceux qui y ont participé savent comment tout s’est réellement déroulé. Mais, inversement, je ne sais pas grand-chose de ce qu’il se passe dans ma région natale car les échanges de courrier sont rares. Qu’en est-il de ceux qui n’ont pas été choisis par le tambour ? Que vivent-ils ?

Pour le découvrir, il ne vous reste plus qu’à aller visiter l’exposition et vous plonger dans l’univers de l’époque, en tant que conscrit ou citoyen… Seul le sort décidera pour vous.

Arthur Lejeune

“Un numéro, un destin. Au service de Napoléon”, au Mons Memorial Museum, Boulevard Dolez, 51 à Mons. Exposition présentée jusqu’au 27 septembre 2015. Ouvert du mardi au dimanche entre 10 et 18 heures (fermé le lundi). Tarifs : 6€ (prix plein), 4€ (tarif réduit).

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