13
Jan
2017

Réduire les limitations de vitesse au nom de la sécurité routière, n’est-ce pas une manière de contourner le véritable danger ?

Au volant des voitures actuelles, la sensation de vitesse disparait. Photo : Thibaut Miserque

Réduire les limitations de vitesse au nom de la sécurité routière, n’est-ce pas une manière de contourner le véritable danger ?

13 Jan
2017

EDITO. Et si les voitures trop sécurisées étaient en fait dangereuses ?

Le 1er janvier 2017, les limites de vitesse hors agglomérations en région flamande sont passées de 90km/h à 70km/h. C’est donc l’exception qui est devenue la règle puisqu’en 2016, sur les 8.000 km de routes régionales, seuls 2.000 km étaient limités à 90km/h. Outre le fait de supprimer toute une forêt de panneaux dans les zones qui étaient limitées à 70km/h, la sécurité routière a été une raison largement évoquée par le gouvernement flamand pour justifier la mesure.

Contourner le problème

Si dans le cas flamand l’intention est raisonnée, réduire les limitations de vitesse au nom de la sécurité routière n’est-ce pas une manière de fuir le véritable problème ? Abaisser les limitations de vitesse n’empêchera pas les excès. Un rapport de l’IBSR sur les causes des accidents mortels sur la route signale que dans 27 % des accidents, la vitesse excessive ou inadaptée est impliquée. De plus, pour 45 % des accidents, la vitesse n’est pas clairement identifiée, mais une “présomption de vitesse excessive” est maintenue.

En allant plus loin encore, ne faut-il pas se demander si les voitures actuelles, de plus en plus sécurisées ne mettent pas trop en confiance en réduisant la sensation de vitesse. Du coup, celles-ci incitent les conducteurs à appuyer sur le champignon. Sans même parler des smartphones, qui captent de plus en plus l’attention des conducteurs qui se sentent en sécurité. En 2016, une étude de l’IBSR révélait que 23 % des jeunes de moins de 34 ans utilisent leur smartphone lors de chaque trajet.

Folle sécurité

On n’arrête jamais le progrès en matière de sécurité passive et active dans les voitures de nos jours. Au point même d’en arriver, déjà aujourd’hui, à de la conduite semi-autonome. Un jour, les voitures nous conduiront elles-mêmes. Beurk ! Au secours !

Oui, j’aime les voitures et j’aime conduire. Et j’aime le progrès aussi, celui qui rend notre quotidien de conducteur plus facile et confortable. Mais, selon moi, il y a un nouveau danger à ces deux qualités d’une voiture : la perte de conscience. Dans les nouvelles voitures, on ne se rend plus compte de la vitesse et du danger.

Ma révélation de cette conduite en perte de conscience eut lieu au retour d’une matinée dans les forêts ardennaises. La nationale à deux fois deux bandes et berme centrale n’est en théorie pas une autoroute, et elle est anormalement déserte. Confortablement installé dans le moelleux du siège d’un break Mercedes, je me laisse aller à la comparaison avec mon salon où je serais presque moins bien installé. Mon regard dévie un peu et croise l’affichage tête haute, je lis la vitesse. 199km/h, qui passent à 200 sous mes yeux. Il me faut une seconde avant le déclic. « Wow ! » Je relis l’indication une seconde fois. Oui, je suis bien à 200km/h, en ayant l’impression d’être assis dans mon salon. Ma réaction fut à la croisée des chemins entre l’effarement et la fascination.

édito voitures aseptisées

Le break Mercedes en question : une Classe C 220D. Un modèle très répandu chez nous en Belgique.

Comment une voiture banale (Mercedes, certes …), peut-elle être si confortable et sereine à cette allure ? Mais aussi, comment est-ce possible qu’on ne réalise pas la vitesse à laquelle on file ? La route très rectiligne et déserte y joue un rôle, mais cette vitesse est atteignable par n’importe qui, sans que le conducteur en soit forcément conscient. Et ça c’est dangereux. J’ai été dangereux !

Je ne veux pas moraliser sur les excès de vitesse. Ce qui me questionne ici, c’est tout l’attirail sécuritaire des nouvelles voitures qui fait perdre la conscience de la conduite. Or, pour rouler vite, il faut être conscient. Plus conscient que jamais, oserais-je dire.

La sagesse des ancêtres

Ex-rédacteur pour un média dédié à l’automobile, j’ai eu l’opportunité de conduire tous les styles de voitures au fil d’essais. De la minuscule citadine à l’immense pick-up ou camionnette, en passant par les sportives. De 60 à 600 chevaux. Et puis, un jour, je me suis retrouvé au volant d’une voiture de sport de 1933. Certainement le jour le plus terrifiant de ma vie de conducteur, le plus mémorable aussi. Celui qui m’a permis de tout remettre en perspective.

The ride of my life, bis repetita !

Une photo publiée par Thibaut Miserque (@thibautmiserque) le

Quand on conduit un engin pareil, on réalise que la moindre erreur peut se payer très cher, et je ne parle pas ici d’un point de vue financier. Une assistance à la conduite quelconque ? Non rien. Et même pas une ceinture de sécurité ! La bête n’est pas facile à maîtriser, nécessite de la concentration et de l’anticipation à tout instant et, au final, de la conscience. La conscience d’être au volant d’un cercueil roulant.

Ceci dit, les sensations procurées aux vitesses légales dépassent tout ce que la production automobile actuelle peut offrir. Une bouffée d’air frais pour tout amateur d’automobile. Depuis, c’est devenu ma drogue. Mais je m’égare, il est temps pour vous de reprendre votre route.

Il n’empêche que cette mamie de 83 ans agit comme une piqûre de rappel. Malgré les aides à la conduite et les nouvelles normes de sécurité en vigueur dans l’automobile, il est nécessaire de rester lucide et attentif au volant. Mais abaisser les limitations de vitesse ne va pas régler tous les problèmes de sécurité routière, aux conducteurs d’être responsables. Ou alors, c’est aux autorités de réprimander les conducteurs dangereux.

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