04
Nov
2016

A Bruxelles, 4 jeunes sur 10 sont sans emploi. Le sujet était au cœur des débats entre la Commission européenne et les députés réunis à Strasbourg.

En 2016, trouver un job à Bruxelles n'est pas toujours facile pour les jeunes.

A Bruxelles, 4 jeunes sur 10 sont sans emploi. Le sujet était au cœur des débats entre la Commission européenne et les députés réunis à Strasbourg.

04 Nov
2016

L’emploi des jeunes en tête du programme de l’UE pour 2017

La Commission européenne a dévoilé mardi 25 octobre son programme de travail pour l’année 2017. Le premier vice-président de la Commission, Frans Timmermans, a présenté au Parlement européen les 10 axes de travail qui, selon lui,  « concrétisent les priorités politiques de Jean-Claude Juncker ». Pour chacune de ces priorités, une série d’initiatives et d’actions plus concrètes sont prévues.

Pas de surprise

Les eurodéputés ont eu l’occasion de réagir tour à tour avec en tête des débats, la crise migratoire et le Brexit. Sans surprise, les questions portant sur la sécurité, la transition écologique, les investissements et le libre-échange ont aussi été soulevées par les parlementaires. En toile de fond, les députés ont surtout réclamé une « Europe plus sociale ». Etaient à ce titre particulièrement attendues de nouvelles mesures pour booster la création d’emploi.

Frans Timmermans s'exprime devant le Parlement européen © European Union 2016 - Source : EP.

Frans Timmermans s’exprime devant le Parlement européen
© European Union 2016 – Source : EP.

En effet, la Commission a fait de la lutte contre le chômage sa première priorité depuis le début du mandat de Jean-Claude Juncker. Et elle vise plus particulièrement le chômage chez les jeunes. Pour la Commission, une partie du problème réside dans la formation.

 « Il faut moderniser l’enseignement, améliorer la qualité des apprentissages et de la mobilité des apprentis, ainsi que le suivi des résultats des jeunes sur le marché du travail ».

Frans Timmermans a annoncé aux députés le lancement prochain d’un corps européen de solidarité. Il s’agit de créer des opportunités pour les jeunes de moins de 30 ans, basées sur le volontariat. Les jeunes de l’Union pourront proposer leur aide pour répondre à certaines situations de crise, dans leur pays d’origine ou dans un autre Etat membre. L’initiative devrait leur permettre de développer leurs compétences, notamment linguistiques. Cela peut représenter une expérience enrichissante et éventuellement déboucher sur un contrat de travail.

Une première tentative qui n’a pas fait l’unanimité

Cette attention politique sur le renforcement des compétences individuelles des jeunes et de leur adaptation au marché du travail n’est pas neuve. En 2013, l’Union européenne présentait la « garantie pour la jeunesse », une mesure qui offre aux jeunes de moins de 25 ans un emploi, un stage ou une formation dans les mois suivant la fin de leurs études ou la perte d’un emploi. En Belgique, cette mesure s’est traduite par la « Garantie Jeunes », venue compléter les dispositifs classiques de formation des demandeurs d’emploi.

La formation, une porte vers l’emploi ?

Moumina a 27 ans. Nous l’avons rencontrée dans la salle d’attente d’Actiris. Cette fois, elle est là pour répondre à une proposition d’emploi. Diplômée en économie et en langues modernes, cela fait maintenant trois mois qu’elle cherche un poste dans l’administratif, où elle pourrait mettre à profit ses compétences linguistiques. Avant d’arriver à l’agence d’emploi, Moumina a postulé dans des bureaux d’intérim et répondu à différentes propositions en ligne. Sans succès.

Salle d'attente

Chaque jour, des dizaines de personnes arrivent chez Actiris dans le but de trouver un job © Lucie Delplanque

Chez Actiris, elle a pu bénéficier de séances d’information, de tests de langues et de formations pour mieux se préparer à répondre aux offres d’emploi. « On a énormément de facilités je trouve. Quand un job nous plait vraiment et qu’il faut être bilingue, ils nous proposent eux-mêmes de donner la formation en langue pour que, par après, on ait plus de chances. »

La garantie jeunesse avait comme objectifs principaux de renforcer ces dispositifs de formation et d’éviter aux jeunes demandeurs d’emploi de se retrouver en période d’inactivité. Ses résultats demeurent controversés. Ce mécanisme permet certes de sortir des jeunes des chiffres du chômage et de les occuper. Mais il n’offrirait pas de réelle perspective car il ne déboucherait sur aucune embauche.

Un projet européen à l’épreuve de la réalité bruxelloise 

Sur le terrain, on constate que rien n’a vraiment changé. A Bruxelles, ce sont toujours près de 40% des jeunes qui sont sans emploi. François Deblander travaille depuis 13 ans chez Infor Jeunes. Cette ABSL aide notamment les 18-25 ans à s’insérer sur le marché de l’emploi. Pour lui, il n’y a eu aucune évolution ; et si l’on affirme que le chômage diminue, c’est en réalité parce que les conditions pour y avoir accès sont de plus en plus strictes. Moins de jeunes touchent donc le chômage, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ont du boulot.

carte

©Monitoring des Quartiers (IBSA) Brussels UrbIS®©.

François Deblander identifie de multiples causes à l’origine du chômage chez les jeunes : « Le manque de formation en est évidemment une. Mais ce n’est pas le seul facteur. On ne peut pas ignorer que le marché de l’emploi est bouché, qu’il n’y a pas assez d’emploi pour tous. Et qu’il existe en plus une discrimination à l’embauche. La faible expérience professionnelle, c’est aussi un élément qui revient tout le temps. Enfin, certains employeurs ne reconnaissent pas des compétences qui ne sont pas attestées par un diplôme ». Par ailleurs, beaucoup de jeunes ne trouvent pas d’emploi à hauteur de leurs qualifications. Ils sont alors obligés de se diriger vers un poste pour lequel ils sont sur-qualifiés. Cela entraîne un effet boule de neige : les personnes disposant de moins de compétence n’ont plus accès à ces emplois.

Un rapport de l’agence statistique européenne sur l’espace européen de l’enseignement en 2012  révèle que dans les pays pour lesquels des données sont disponibles, environ un cinquième (20,6 %) des jeunes titulaires d’un diplôme du supérieur peuvent être considérés comme sur-qualifiés pour l’emploi qu’ils occupent. Les plus hauts taux de sur-qualification des travailleurs concernent en outre des pays où le taux de chômage est lui-même extrêmement élevé, notamment la Grèce (30,1 %), l’Italie (30,4 %), l’Irlande (37 %), Chypre (37,6 %) et l’Espagne (38 %).

« On ne reproduit pas les inégalités de départ, on les renforce »

François Deblander pointe donc surtout un système inégalitaire. Les différences de statut social sont encore très marquées et ont un impact significatif, notamment sur la mobilité. « Plus les jeunes sont précarisés, plus ils ont du mal à être mobiles et à sortir de leur quartier. (…) La mobilité européenne est déjà possible mais il faut souvent les moyens financiers. Rien n’est mis en place pour la favoriser. A part le plan Erasmus, il n’y a pas grand-chose pour aider à financer des projets de mobilité. »

C’est pourquoi François Deblander estime qu’un projet tel que celui du corps européen de solidarité pourrait, s’il est bien conçu, avoir un impact positif. « Ça peut être une expérience intéressante pour les jeunes. Cela permettrait d’acquérir des compétences autrement que dans le circuit scolaire qui n’est pas toujours adapté à tous. Pouvoir valoriser des compétences qu’on acquiert autrement, c’est un enjeu du futur. »

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