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25
Juin
2018

En 2017, l'UCL sortait une étude sur l'exclusion du chômage. A Bruxelles, la FGTB appelle les politiques à des changements radicaux

En 2017, l'UCL sortait une étude sur l'exclusion du chômage. A Bruxelles, la FGTB appelle les politiques à des changements radicaux

25 Juin
2018

Exclus du chômage, exclus de tout !

L’exclusion du chômage bouleverse une personne dans tous les domaines. En 2017, une étude de l’Université Catholique de Louvain menée pour Actiris dressait l’état de la situation des personnes exclues du chômage. Même si chacun a vécu ses propres expériences, les chercheurs observe un même constat : la perte d’allocations n’en est pas la seule conséquence.

L’exclusion du chômage est une perte de revenu mais aussi une perte de statut. De chômeur indemnisé, accompagné et contrôlé, la personne exclue entre soudainement dans une zone grise. L’exclu se retrouve perdu.

L’exclusion du chômage est souvent vécue comme un tournant brutal de la vie, auquel s’ajoute un sentiment d’incompréhension et d’injustice. C’est ce qu’a remarqué Marc Zune, un des chercheurs de l’UCL. A cela s’ajoute l’absence de protestation des personnes exclues, signe d’une domination palpable des institutions.

Un profil type du futur exclus ?

Les demandeurs d’emploi poussés vers la porte présentent des caractéristiques communes. Dans la plupart des cas, les personnes exclues sont marquées par une omniprésence du chômage dans leur quotidien et un accès difficile à l’emploi. L’exclusion agit comme un effet déstabilisateur à une situation déjà précaire. Aussi, remarque Marc Zune, les profils étudiés montrent certaines difficultés à se projeter dans un avenir stable. Le manque d’anticipation et le peu de ressources qu’ils ont pour lutter contre l’exclusion n’aident pas.

Se rendre au CPAS n’est pas une volonté

Une fois exclu, c’est un long chemin de croix qui commence. De nouveaux problèmes apparaissent et bouleversent l’équilibre personnel, économique et familiale. L’exclusion du chômage ne fait qu’accentuer les problèmes antérieurs. Dans ce climat d’incertitude et d’interrogation, le recours au CPAS n’apparaît pas comme une solution évidente. D’ailleurs, même ceux qui s’y réfèrent ne s’en satisfont pas. Selon cette étude et contrairement aux attentes, la politique en matière de chômage que mène le gouvernement ne fait que pousser les ciblés vers une posture d’exclusion sociale.

En conclusion, les chercheurs appellent à changer la façon de contrôler le demandeur d’emploi, trop souvent considérée comme un instrument de répression plutôt que d’accompagnement. Les institutions devraient être plus flexibles et baser leurs exigences sur un dialogue plus personnel.

La FGTB appelle au changement

Quelques mois après la publication de l’étude, nous avons rencontré Samuel Doorlans, porte-parole de la FGTB Bruxelles.

En décembre dernier, Actiris, l’agence bruxelloise pour l’emploi, se félicitait de son taux de chômage, au plus bas depuis 2000. Parmi les paramètres qui font diminuer ces chiffres, l’exclusion des demandeurs d’emploi occupe une place importante. Selon Samuel Doorlans, confisquer les allocations de chômage d’un demandeur d’emploi est une absurdité.

“Faire courir les gens pour un emploi qui n’existe pas est une aberration” (Samuel Doorlans, FGTB Bruxelles)

A coté des manifestations, le syndicat socialiste joue un rôle important pour aider les chômeurs face à la précarité. « La FGTB assiste le demandeur d’emploi dans les entretiens avec Actiris et plus particulièrement quand ceux-ci peuvent mener à des sanctions », confie Samuel Doorlans. Et par « sanctions », lisez plutôt « exclusions ». Une fois la personne exclue, l’organisme syndical ne peut plus grand chose. Pourtant, quand il reste une chance de la sauver, le syndicat n’hésite pas : « Si le dossier peut avoir une chance de passer en justice, on peut y aller avec eux. Malheureusement, après être exclus du chômage, beaucoup d’entre eux disparaissent dans la nature. Il y a une partie qui va vers le CPAS, d’autres qui disparaissent des radars institutionnels. C’est inadmissible… ».

En plus de cela, FGTB pointe du doigt la relation entre les chômeurs et les opérateurs publics, basant leur politique d’activation sur les contrôles de disponibilités du demandeur d’emploi. « Les contrôles sont, pour beaucoup, arbitraires et peu de chômeurs comprennent les exigences demandées. Autrement dit, on impose des obligations qui ne sont pas appropriées à la réalité du marché et au chômeur sur le plan individuel », continue le syndicaliste. Avançant une saturation du marché de l’emploi, il renvoit la faute aux politiques : « La responsabilité du chômage est collective et c’est au politique de créer de l’emploi. Les priver de leurs allocations ne règlera pas le problème. Faire courir les gens pour un emploi qui n’existe pas est une aberration ».

La chômage, un eldorado ?

Et quand vient la question d’indemniser ceux qui ne cherchent pas, le syndicaliste insiste : « Les allocations de chômage n’ont jamais été inconditionnelles au fait d’être disponible sur le marché de l’emploi. La FGTB ne le conteste pas. C’est normal de sanctionner le chômeur qui ne cherche pas. Mais penser que les gens se contentent du chômage, c’est ridicule ».

En mars 2018, le Ministre wallon de l’emploi, Pierre-Yves Jeholet, évoquait une possible réforme du contrôle des chômeurs. Pour la FGTB, un changement radical doit se faire. Et si le taux de chômage en Belgique est à la baisse, cela ne signifie pas spécialement qu’on trouve de l’emploi. En 2015, la durée d’allocations d’insertion est descendue à trois ans, privant pas moins de 20 000 chômeurs de tout revenu.

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