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Redouane Ahrouch (à gauche) et Lhoucine Aït Jeddig (à droite), les deux seuls élus du parti Islam.
28
Juin
2018

Au centre de plusieurs polémiques, Redouane Ahrouch ne compte pas se laisser abattre, au contraire. Portrait de l'homme fort du parti Islam.

Redouane Ahrouch (à gauche) et Lhoucine Aït Jeddig (à droite), les deux seuls élus du parti Islam.

Au centre de plusieurs polémiques, Redouane Ahrouch ne compte pas se laisser abattre, au contraire. Portrait de l'homme fort du parti Islam.

28 Juin
2018

Redouane Ahrouch, leader polémique d’un Islam politique

Un passage critiqué sur RTL-TVI, des discours considérés comme tendancieux et un licenciement récent de la STIB : impossible d’être passé à côté de lui. Redouane Ahrouch entend bien surfer sur le battage médiatique dont il fait l’objet pour conquérir Anderlecht. Sur les listes du parti Islam aux Communales 2018, le leader charismatique de cette formation politique aura à cœur de conforter son statut de conseiller communal. Voire plus si affinités.

Il salue une poignée de collègues. Adresse quelques mots en arabe. Puis commande un thé. À la terrasse du « Stalingrad », un café près de la gare du Midi, Redouane Ahrouch est chez lui. Il vient de se faire virer de la STIB, mais l’acharnement médiatique des derniers jours semble loin de lui. Le conseiller communal anderlechtois débarque encore en habit de travail. Son uniforme de chauffeur de bus n’est pas encore rangé. Sous sa casquette estampillée Stib, une barbe de quelques jours sur un visage rond.

L’homme fort du parti Islam a été remercié par son employeur à la suite des propos qu’il a tenus sur une éventuelle séparation homme-femme dans les transports en commun. L’entreprise des transports publics bruxellois les a jugés en contradiction avec les valeurs qu’elle entend porter. Pourtant, Redouane Ahrouch n’abandonne pas et compte bien récupérer son emploi avant la fin de son préavis. Convaincu que cette mise à la porte est purement politique, il a déjà contacté son avocat : « Le procès qui va suivre démontrera si la justice est réellement indépendante. »

Redouane Ahrouch touche le gros lot et il en est bien conscient. Cette polémique lui offre une visibilité inespérée, la possibilité de s’exprimer dans les médias. À l’approche des élections communales prévues en octobre prochain, difficile de rêver d’une meilleure publicité. Latifa Ahmiri (PS), également conseillère communale à Anderlecht, est persuadée que la STIB fait une grosse erreur. Elle ne partage pas les idées de son collègue, mais considère qu’il a le droit de les exprimer. « L’engagement politique d’un citoyen ne devrait pas être prétexte à un licenciement. Sinon, qui oserait encore se lancer en politique ? »

Une longévité discrète

En 2012, Redouane Ahrouch était déjà candidat. Il avait réalisé le sixième score de sa commune, avec près de 1500 voix. Le leader d’Islam avait convaincu un peu plus de 3% des Anderlechtois avec son programme. À la clé, un siège au conseil communal, une première pour le parti qui doublait même la mise, la même année, avec celui de Lhoucine Aït Jeddig à Molenbeek. Pendant six ans, Redouane Arhouch n’a raté aucune séance. Ses collègues conseillers communaux notent un taux de présence exceptionnel et une inactivité toute aussi impressionnante. Décrit comme « incolore », « insipide » ou encore « insignifiant », l’homme fort du parti Islam ne dit bonjour à personne, s’assied et repart. Ironie du sort, la seule personne avec qui il échange quelques amabilités serait Louis Bogemans, le seul élu anderlechtois du Vlaams Belang.

En six ans, Redouane Ahrouch n’a interpellé le conseil qu’à une seule reprise. C’est peu pour un homme fort de l’opposition, surtout quand l’on sait que cette interpellation datant de 2015 a été jugée irrecevable. Il se défend, affirmant que ses autres interventions n’ont même pas été entendues. Pourtant, le quadragénaire bruxellois ne fait pas figure de petit nouveau dans l’arène politique. Il se bat depuis plusieurs dizaines d’années pour l’émancipation de la communauté musulmane. En 1999, cet engagement se concrétise avec la création du parti Noor – lumière en arabe – qui participera aux élections législatives de cette même année et à celles de 2003.  C’est également dans les années 90 que Redouane Ahrouch rencontre un certain Abdelhay Bakkali Tahiri. À l’époque, l’actuel président du parti Islam n’est pas encore de nationalité belge et ne s’intéresse guère aux joutes de la politique.

Une décennie plus tard, Noor s’allie au Parti jeunes musulmans de Jean-François Abdullah Bastin, un Bruxellois converti à l’Islam qui a, depuis quelques années, disparu de la scène politique belge. Ensemble, ils forment la liste Musulmans.be qui deviendra finalement Islam dès le retrait de J-F. Bastin. C’est dans ce nouveau projet qu’Ahrouch retrouve, en juin 2012, Bakkali Tahiri, devenu brigadier à Bruxelles Propreté, mais aussi belge. Une nationalité qui lui permet donc de voter et qui a fait naître en lui un intérêt pour la politique. Lhoucine Aït Jeddig complète ce trio fondateur. Ensemble, les trois hommes mettent sur pied le programme du « Patri de l’intégrité, de la solidarité, de la liberté, de l’authenticité et de la moralité ». Pour faire plus court : le parti Islam. Enfin, ensemble, pas tout à fait, comme nous le confie Abdelhay Bakkali Tahiri : « Redouane Ahrouch est à l’origine d’une grande partie des idées. Même si je suis le président, il reste notre leader. Il est trop cash pour être président, il fallait quelqu’un pour adoucir les bords. »

Un programme d’une autre dimension

Le programme du parti Islam, c’est 99 points du dessein politique promis par ce parti peu avare en polémiques. Un titre, une petite image, une phrase ou deux et accessoirement un lien menant à un article ou une vidéo, Islam la joue sobre. Euthanasie, avortement, polygamie ou encore le fameux espace réservé aux femmes dans les transports en commun : le parti n’élude aucun sujet. Sans pour autant justifier leurs prises de position par la religion. A chaque interrogation, Redouane Ahrouch rétorque avec rationalité et ne mentionne, en aucun cas, l’Islam ou le Coran. Surprenant quand l’on sait que le charismatique leader du parti aspire à une « Belgique qui doit repartir de zéro pour devenir un état islamique. Un état juste ».

Gauche, centre ou droite, Redouane Ahrouch n’en a que faire. Le conseiller communal considère que son parti se trouve au-dessus de cet échiquier politique, quelque part dans la troisième dimension. « Dans une quatrième dimension même, parce que le parti Islam traverse le temps. » Impossible néanmoins de passer à côté de certaines mesures associées à un socialisme aux accents populistes, telles que l’instauration d’un salaire minimum de 1440 euros net par mois, la réduction des tarifs des titres de transport ou encore la mise en place d’une Banque communale accordant des prêts à un taux nul. Utopiques ? Irréalisables ? Pas pour Redouane Ahrouch qui propose de réduire, voire de supprimer, les charges sociales, taxes et autres accises. Tout simplement.

En octobre prochain, les élections communales démontreront si les récentes polémiques auront eu un impact, positif ou négatif, sur les résultats d’Islam et de Redouane Ahrouch. Seule la vérité des urnes importera. L’homme fort du parti se veut confiant et voit les choses en grand. Le communal, c’est bien. Le fédéral, c’est mieux. Rendre notre État « juste », comprenez islamique, c’est l’objectif principal d’Ahrouch. Le président Bakkali Tahiri et le principal intéressé en sont persuadés : si ce n’est pas lui, quelqu’un d’autre y parviendra.

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