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29
Juin
2018

Les jeunes délaissent la télévision traditionnelle au profit du streaming. Décryptage, édito et quizz au programme !

© Hope by @dditude (CC BY NC 2.0)

Les jeunes délaissent la télévision traditionnelle au profit du streaming. Décryptage, édito et quizz au programme !

29 Juin
2018

OPINION : La télévision, espèce en voie de disparition ?

Les jeunes délaisseraient la télévision classique. À l’heure où Netflix, YouTube ou d’autres services à la demande deviennent les acteurs dominants en matière de télévision, regarder le journal télévisé à vingt heures précises semble relever d’une pratique mathusalienne pour une grande partie des 17-25 ans… Ceux-ci privilégient ces nouveaux acteurs qui leur offrent une liberté bien plus grande.

Pourtant, la jeune génération doit-elle totalement délaisser la télévision, au risque de s’enfermer dans le monde que leur imposent les algorithmes ?

“La télévision linéaire suscite de l’irritation”

Les jeunes seraient-ils en train de rejeter la télévision linéaire et les formes de publicité qu’elle propose ? Les conclusions de l’étude de la chercheuse Claude Pecheux (UCL Mons), pour le compte du CSA, vont en tout cas dans ce sens : les 17-25, aussi appelés digital natives, rejettent les contenus linéaires, et privilégient majoritairement le streaming. De plus, les jeunes semblent être plus tolérants quant à la présence publicitaire sur ces nouvelles plateformes. Une apparente résignation que la professeure explique en citant l’une des personne interrogées :  “si on veut du gratuit, on est obligé de passer par la pub“.

La chercheuse souligne également que le streaming semble, aux yeux des 17-25 ans, être moins “colonisé” par la publicité. Cette impression vient surtout de l’absence de longues suites de réclames entrecoupant le programme. De même, on observe que la communication commerciale suscite davantage d’émotions négatives en télévision qu’en streaming : irritation, colère, dégoût, etc.

Melissa Dofny, une digital natives de 23 ans et étudiante en publicité à l’IHECS, résume ce point en déclarant qu’il “existe un véritable ras-le-bol du public vis-à-vis du linéaire, car la publicité se distingue très facilement des contenus journalistiques : les gens ont envie d’avancer les réclames, mais ce n’est pas possible en linéaire, d’où cette insatisfaction“.

Claude Pecheux dresse un constat sans appel : la télévision de “papa” est en train de se rabougrir lentement, en marge de l’immense étendue de programmes vidéos auxquels nous avons aujourd’hui accès sur le net. La télévision linéaire peine à adopter les codes qui plaisent aux jeunes. Pourtant, doit-elle réellement disparaître ?

Une diversité de notions…

Streaming, replay, vidéo à la demande… Des termes en apparence semblables, mais qui sous-tendent des réalités différentes :

Le streaming désigne la diffusion de vidéos en flux continu sur Internet. Il s’agit donc d’un terme générique, qui recouvre le replay et la vidéo à la demande…

Le replay, ou “télévision de rattrapage”, désigne, sur Internet ou en télévision non-linéaire, la consommation en différé d’un contenu ayant été diffusé au préalable en télévision linéaire. De bons exemples sont Auvio de la RTBF ou RTLPlay de RTL Belgique.

La vidéo à la demande (VOD), elle, désigne la location instantanée de contenus vidéos sur une plateforme ; ces contenus ne sont pas spécifiquement diffusés auparavant en linéaire (contrairement au replay). Le meilleur exemple est Netflix.

Mettre à mort la télévision linéaire ?

Délaissée par la jeune génération, conspuée par les moins de 30 ans pour sa rigidité, la télévision linéaire possède toutefois une série d’avantages non-négligeables. Notamment en évitant au public de sombrer dans un environnement aseptisé, configuré pour lui plaire, et dans lequel l’esprit critique n’y aurait plus sa place… J’ai nommé : le web !

Aujourd’hui, notre consommation sur Internet est en effet dictée par une vaste sélection d’algorithmes. Leur rôle ? Trier l’immensité numérique que représente Internet, afin d’en retirer les quelques bribes qui seront susceptibles, selon eux, de nous intéresser. Ainsi, une grande majorité des contenus présents sur Internet n’arriveront jamais jusqu’à nous, rejetés par de savants systèmes informatiques.

Ce phénomène est appelé “bulle de filtre”, un concept inventé par l’activiste Eli Pariser en 2011. Selon lui, “chaque internaute accède à une version différente du web, il reste dans une bulle unique et optimisée pour lui“. Cela s’applique à tous les contenus présents sur Internet, dont les programmes vidéos. Lorsque Netflix nous propose des “recommandations personnalisées”, un choix est effectué en amont de l’utilisateur, qui se retrouve prisonnier d’une dictature algorithmique.

Ainsi, la télévision linéaire est encore un dernier rempart à ces phénomènes. Les exemples ne manquent pas : en zappant, qui n’est jamais tombé par hasard sur un programme, qui ne l’aurait jamais attiré au premier abord, mais qui se révèle passionnant ? De même, le journal télévisé offre une sélection d’informations, non pas sur la base de nos préférences personnelles, mais bien via des choix journalistiques.

Bien sûr, la télévision linéaire possède ses travers, freins puissants à son intégration dans les pratiques quotidiennes des digital natives : il n’existe pas d’AdBlocker pour les interminables pages de publicité entrecoupant nos programmes et nous laissant en stand-by de longues minutes ; la sélection de programmes proposés par la télévision linéaire semble, elle, ridicule à côté de l’immense diversité de contenus disponibles sur Internet.

Pourtant, la télévision linéaire devrait réintégrer le quotidien des jeunes. Pas exhaustivement : les plate-formes à la demande restent des outils utiles et judicieux dans certains cas. Mais se piquer encore quotidiennement à un monde qui n’est pas enfermé dans une sélection algorithmique qui nous échappe me semble indispensable à la formation d’esprits ouverts et critiques.

Vers la fin de la télévision linéaire ?

Face à ces constats forts pessimistes, qui ne peuvent être contrebalancés que par quelques arguments, une grande question peut se poser : la télévision linéaire va-t-elle disparaître d’ici quelques années, ou bien parviendra-t-elle à survivre, même sous des formes différentes ?

Reed Hasting, le fondateur de Netflix, déclarait lui-même en 2014 que la télévision classique ne disparaîtra pas tout de suite : “La télévision linéaire va encore durer grâce au sport, dont la fin n’est jamais écrite. Mais elle disparaîtra certainement d’ici vingt ans : tout sera alors disponible sur Internet“.

De leur côté, les chaînes de télévision sont plus optimistes. Dominique Delport, qui travaille aux côtés de Vincent Bolloré chez Vivendi (groupe français possédant notamment Canal+), déclarait déjà il y a quelques années que “La télévision va vivre, d’ici cinq ans, une révolution technologique autour de la publicité ciblée : elles vont cibler les goûts, la localisation, etc. Ce ciblage devrait redonner encore de l’intérêt à la télévision“.

Emery Doligé, conseiller média et chroniqueur sur France Info, ajoute que “nous sommes moins enfermés dans des silos, et notre consommation médias est moins linéaire. Chacun va devenir son propre directeur des programmes d’ici dix ans“.

La télévision linéaire, loin d’une mort annoncée, mêle ses propres codes à ceux des médias non-linéaires, conciliant ainsi le meilleur de l’ancien et du nouveau dans un modèle éditorial et économique inédit. La télévision linéaire ne disparaîtra pas, mais s’adaptera aux nouveaux usages et notamment à la recommandation personnalisée des contenus en fonction du téléspectateur.

Quizz – Comment les Belges consomment-ils la télévision en 2018 ?

Diverses recherches rendent comptent de la consommation actuelle des Belges en matière de télévision (qu’elle soit linéaire ou non). Nous les avons compilées, et en avons tiré un petit quizz. Faites-vous partie de la moyenne belge ?
Le quizz est en train de charger depuis Quizity.com, le site pour créer un quiz, veuillez patienter…

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