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27
Déc
2017

PORTRAIT. Entre passion et oppression, ce jeune musicien de 19 ans lève le rideau sur sa relation conflictuelle avec le piano.

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27 Déc
2017

Mathias Teicher, la musique classique pour meilleure ennemie

Rue du Chêne 17, Bruxelles. À cette adresse se situe le bâtiment dont Mathias Teicher a franchi les portes pour la première fois à l’âge de 15 ans : le Conservatoire royal de Bruxelles. Derrière ses lunettes fumées, le sourire en coin, le jeune pianiste arpente les couloirs de l’édifice. D’une classe s’échappe le rythme effréné d’une batterie, d’une autre la douce mélodie d’une flûte.

En 2013, le musicien prend la décision de passer le jury central pour pouvoir rapidement terminer ses études. Surdoué qui s’ennuie en cours et ne supporte plus l’environnement scolaire, il se lance dans la musique. Son diplôme en poche, il entre au Conservatoire en tant que jeune talent. “Je ne me voyais pas faire autre chose”, explique-t-il. “J’avais besoin de faire quelque chose d’artistique. La musique a toujours été importante pour moi, pour maintenir un certain équilibre. C’est vraiment mon élément. »

La musique, cette bulle piégeuse

L’art dans lequel se réfugie Mathias finit par l’étouffer. « Je suis entré au Conservatoire dans une période où j’avais justement des problèmes, des difficultés avec la musique. Pour moi, la musique a été pendant tout un temps comme une pièce entourée de murs protecteurs. Et puis avec le temps, ces murs se sont transformés en prison. À un moment, on fait de la musique parce que ça nous apporte beaucoup de choses, on est dans une bulle qui nous permet d’éviter les difficultés extérieures. Puis ça devient trop lourd, donc il faut prendre ses distances. »

Le musicien va jusqu’à bouder son instrument durant deux années entières. Passant au bord de l’échec et du renvoi, il entame alors un recours et écrit une lettre de soutien. Coup de chance, sept professeurs acceptent de supporter sa démarche. Soulagement pour le jeune homme qui redoutait de perdre son repère. « C’est indispensable qu’à un moment de sa vie, on fasse un voyage, une retraite ou quelque chose de cet ordre-là pour découvrir nos aspirations les plus profondes. De toute façon, à un moment, il y a une crise quand on ne fait pas les choses que l’on aime fondamentalement », commente le pianiste.

“Aujourd’hui, on a tendance à rechercher la meilleure performance dans tous les domaines. Dans les concours musicaux, ce sont souvent les “moulinettes” qui gagnent”

Selon Mathias, cette quête intérieure n’est pas facilitée par le fonctionnement de la société. « J’ai l’impression qu’on perd de plus en plus le goût de faire de belles choses, et qu’on fait de plus en plus de choses fonctionnelles, des choses qui doivent être utiles et faciles. C’est de plus en plus dur de s’épanouir artistiquement, et tout court aussi d’ailleurs. Aujourd’hui, on a tendance à rechercher la meilleure performance dans tous les domaines, le meilleur résultat, le meilleur virtuose. Dans les concours musicaux, ce sont souvent les “moulinettes” qui gagnent. Ceux qui pianotent plus vite que leur ombre. Donc c’est plus difficile pour ceux qui ont une musicalité ou une sensibilité artistique de vivre de leur truc. Quelque part, l’art se meurt. Il permet pourtant de maintenir un équilibre. Moi, la musique m’apporte cet équilibre-là. »

Quand on demande à Mathias où il se voit après ses études, aucun son ne sort de sa bouche. Après une rapide réflexion, il avoue : « J’espère que ce sera artistique mais je ne sais pas dire. Je n’en ai aucune idée. On est dans une société où il faut tout de suite trouver ce qu’on veut faire, savoir ce qu’on attend plus tard, déjà prévoir les choses pour l’avenir… Moi j’ai pas de rêve particulier. »

Bercé dans un univers musical et mélancolique depuis son enfance, on pourrait imaginer qu’il se destine à une carrière artistique. Mais il semblerait pourtant que Mathias cherche encore le juste ton.

 

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