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Durant une matinée, une dizaine de participants s'est essayé à la création d'un jeu vidéo. Photo : Malaurie Chokoualé Datou
18
Oct
2016

Pendant des années relégué au rang de divertissement potentiellement dangereux, le jeu vidéo prend du galon et devient média à part entière.

Durant une matinée, une dizaine de participants s'est essayé à la création d'un jeu vidéo. Photo : Malaurie Chokoualé Datou

Pendant des années relégué au rang de divertissement potentiellement dangereux, le jeu vidéo prend du galon et devient média à part entière.

18 Oct
2016

Jeux vidéos : longtemps méprisés, aujourd’hui décryptés

Du 12 au 26 octobre 2016, la Quinzaine de l’éducation aux médias prend ses quartiers un peu partout en Fédération Wallonie-Bruxelles. Une multitude d’initiatives et d’activités sont ainsi réparties dans cette zone.

Par ailleurs, la section ihecsienne de l’éducation aux médias n’est pas en reste et propose toute cette semaine des cours ouverts (programme ici), accessibles à tous. L’atelier de ce lundi 17 octobre était placé sous le signe du jeu vidéo et de toutes les questions qu’il suscite. Ici, la question centrale était celle-ci : peut-on faire une éducation aux jeux vidéos en passant par un processus de création ?

Merci Windows

C’est dans le vaste et un peu glauque local 113 de l’IHECS qu’a lieu le premier atelier de la semaine. Ultimes remparts Windows contre la « Macitude » de l’école, les PC de cette salle se révèlent rapidement essentiels pour l’activité qui suit. Aujourd’hui, nous allons effectivement créer notre propre jeu vidéo ! «Le programme que nous utiliserons, Construct 2, ne fonctionne que sur Windows, d’où notre présence dans ce local aux ordinateurs tout droit sortis des années nonante ! ».

Maxime Verbesselt, le jeune homme sympathique qui vient de faire cette précision, dirigera d’une main aussi patiente que souple l’atelier et les discussions du jour. Représentant Action Medias Jeune, une association d’éducation aux médias, il explique l’importance de baser sa pédagogie sur la création plutôt que sur du décryptage. Cette méthode est un gage pour lui d’interaction et de compréhension plus poussée.

Du gamer au novice

Une douzaine de participants sont assis là et attendent avec plus ou moins d’impatience, mais avec une curiosité certaine le début des festivités. Robin, actuellement en Master en publicité avoue : « Après 5 ans, la publicité me ‘sort par tous les trous’. J’ai toujours été attiré par les jeux vidéos et suis passionné par les technologies. Alors quand j’ai entendu parler de cet atelier, ça tombait super bien ! ». Certains sont donc des passionnés ou des joueurs réguliers, d’autres au contraire ne sont à priori pas particulièrement intéressés par ce média.

Tous les participants s'attèlent à créer leur jeu vidéo

Tous les participants, attentifs, en pleine création d’un jeu vidéo en 2D. Photo Crédits: Malaurie Chokoualé Datou

Créativité à l’épreuve

La première partie de la journée est consacrée à la création d’un jeu vidéo en 2D dans le style de Hotline Miami pour les connaisseurs. Construct 2 est un outil accessible et puissant ne nécessitant aucune compétence informatique. Excellente nouvelle.

Maxime guide pas à pas ses élèves du jour. On commence par placer le décor, puis le héros portant son pistolet à bout de bras. On s’occupe ensuite des interactions, des sons et des explosions lorsque les balles toucheront les monstres placés partout dans le niveau. À ma gauche, mes voisins font de l’excès de zèle et s’empressent de remplacer le monstre vert proposé par Maxime par des canards bleus d’un goût certain. À ma droite, je vois une recherche Google pour insérer un Pokémon. Les esprits bouillonnent.

Le jeu vidéo, cette drogue

Après cet atelier, vient le temps des discussions. « Apprendre à créer un jeu vidéo, est-ce de l’éducation aux médias ? Est-ce que faire sauter un bonhomme sur des blocs est de l’éducation aux médias ? ». Maxime commence ainsi la conférence, powerpoint particulièrement imagé à l’appui. S’il est encore méconnu et peu intégré dans un processus d’éducation, le jeu vidéo est un objet culturel, un média à part entière.

Depuis le début, les jeux vidéos ont mauvaise presse, sont souvent considérés comme un divertissement avilissant. On parle de danger, de repli sur soi, de « no-life ». En 2016, une réflexion nouvelle est essentielle. Maxime poursuit son raisonnement. « Dans les années nonante, le discours à la mode comparait le jeu vidéo à une drogue et pour la première fois on parlait de cliniques spécialisées pour soigner cette addiction au jeu. N’est-ce pas une dramatisation ? N’est-ce pas considérer ce média comme un mal, comme quelque chose de négatif ? »

Un étudiant en éducation aux médias assis au deuxième rang ajoute : « Ne pourrions-nous pas plutôt voir le fait qu’un jeune passe dix heures par jour devant un écran comme un symptôme plutôt qu’un mal ? Sans pour autant nier l’existence d’abus, bien évidemment ! ».

Le serious game, un jeu presque comme les autres

Connaissant un véritable engouement dernièrement, les serious game ont été cités à plusieurs reprises lors de cette journée. Un serious game est un jeu qui tente de sensibiliser, de former et d’informer par la simulation. Par exemple, Renault a créé “Renault Academy”. Un serious game permettant à ses concessionnaires de se former à la vente. Un outil pédagogique puissant pour la formation.

Maxime ici devient plus ferme. “Je ne crois pas trop à l’idée de séparer les serious game des jeux plus classiques. Je pourrais faire un parallèle que j’aime beaucoup, avec le cinéma. Les catégories de films ne sont pas hermétiques ! On observe pas les documentaires en totale opposition avec les blockbusters par exemple, les deux peuvent être compatibles. C’est la même chose pour les jeux vidéos.

Renault Academy, serious game pour former les concessionnaires

Renault Academy, un serious game pour former les concessionnaires de la marque

Le jeu vidéo comme moyen d’expression

Maxime nous parle ensuite de divers projets utilisant des mécanismes du jeu tout en y ajoutant du contenu. Le premier, « Chômeur Blaster », est l’oeuvre d’un atelier médias élaboré par l’asbl « D’une Certaine Gaieté ». Le but est d’arrêter les chômeurs qui veulent aller jusqu’à la place principale du jeu pour manifester, et ce à n’importe quel prix. « Le jeu est volontairement provocateur », explique Pierre-Yves Hurel, initiateur du projet dans une interview accordée à Sudinfo. «  On a pris au premier degré la chasse aux chômeurs qui a lieu actuellement dans notre société.  ».

Nous sommes donc en plein dans une argumentation par l’absurde et c’est là que le jeu vidéo devient encore plus intéressant. “C’est fou comme un mécanisme de jeu peut porter un message fort. Le jeu vidéo sert véritablement de moyen d’expression, participe à notre devoir de citoyen” conclut Maxime.

Les jeux qui sont ensuite présentés me laissent à la fois amusée et pensive, preuve de l’efficacité de ce média encore trop décrié. Je vous laisse juger plutôt.

À vous de juger

Trois jeux, trois messages forts et mille façons de les recevoir. Ces jeux ne plairont certes pas à tout le monde, mais nous sommes tous bien obligés d’affirmer que oui, les jeux vidéos peuvent transmettre des messages, informer et éduquer.

“Chomeur Blaster”, le jeu belge où on mate les chômeurs

“Thoughts & Prayers”, quand tu pries et réfléchis pour sauver des vies

Les règles : appuyer le plus vite possible et à tour de rôle sur les boutons "Pray et Think" dans l'espoir de sauver des vies. Un bouton propose de bannir les armes, cliquer dessus reviendra à se faire traiter de faux américain. - "Thoughts & Prayers"

Les règles : appuyer le plus vite possible et à tour de rôle sur les boutons “Pray et Think” dans l’espoir de sauver des vies. Un bouton propose de bannir les armes, cliquer dessus reviendra à se faire traiter de faux américain.

“Bomb the right place”, le jeu qui attaque Trump l’air de rien

Il est également possible de choisir l'option diplomatique. Au risque de se faire traiter de "weak". La seule solution se révèle donc "Bomb them" - "Bomb the right place"

Vous avez le choix. La jouer diplomatique ou bombarder des villes presque à l’aveugle. Il s’avère vite que vous n’avez pas le choix.

 

 

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