Peinture avec le mot "utopie"
08
Juin
2016

[1/3] Le revenu de base, un concept encore peu connu du grand public.

Le revenu de base, une utopie pour tous ? © hannes.a.schwetz (CC BY-SA 2.0)

[1/3] Le revenu de base, un concept encore peu connu du grand public.

08 Juin
2016

Le revenu de base universel en cinq questions

Alors que les Suisses viennent de rejeter le revenu de base pour tous, le BBB vous propose un dossier pour mieux comprendre les enjeux de ce revenu de base universel chez nous. Avant de se pencher sur le débat qu’il suscite et les positions politiques des uns et des autres en Belgique, tâchons de circonscrire le concept.

Revenu de base universel… Qu’est-ce que c’est ?

Ce « revenu d’existence » est universel, individuel et inconditionnel. Chaque citoyen recevrait la même somme d’argent tous les mois, quel que soit son âge, sa situation familiale, son activité ou ses revenus.

L’idée est déjà présente en 1516 dans L’Utopie de Thomas More. Un de ses personnages suggère qu’il vaut mieux “assurer l’existence à tous les membres de la société, afin que personne ne se trouvât dans la nécessité de voler”.

Le concept est par la suite repris par Thomas Paine en 1792. Il s’exclame à l’Assemblée nationale : « Sans revenu, pas de citoyen ! » Selon lui, avoir un revenu constant permet aux individus de s’affranchir économiquement et de se consacrer à la pérennité de la société démocratique.

Quels sont les objectifs de ses partisans ?

Depuis plusieurs années, le contenu et les modalités du revenu de base varient fortement selon ses partisans.

Une branche utopiste et sociale, représentée entre autres par André Gortz, philosophe et journaliste français, et Philippe Van Parys, philosophe et économiste belge, a pour but premier d’éradiquer l’extrême pauvreté. Dans leur projet politique, l’allocation universelle complète les indemnités qui existent déjà.

Le temps qui n’est pas passé à travailler pour survivre peut être mis à profit d’activités non marchandes, artistiques, bénévoles et même parentales. Ce dernier point est d’ailleurs défendu en France par Christine Boutin (UDF), qui souhaite revenir au modèle de la « famille traditionnelle » en accordant notamment un revenu mensuel aux femmes au foyer.

La branche néolibérale espère par le biais de cet « impôt négatif » limiter l’intervention étatique. Les allocations actuelles sont supprimées. Une fois le revenu mensuel versé, l’Etat ne contrôle plus ce qu’il advient par la suite. Le marché se régule alors de lui-même. Il n’y a plus besoin d’encourager le plein emploi. Juliet Rhys-Williams, Michel Foucault, Friedrich Hayek, mais surtout Milton Friedman, en sont les grands théoriciens.

Les libéraux ajoutent l’argument du choix. Les individus sont libres de s’orienter vers le métier auxquels ils aspirent, au lieu d’accepter n’importe lequel pour des raisons purement financières. Malgré la suppression des allocations chômage, ils restent protégés de la perte d’un emploi. Pour réaliser les travaux les plus ingrats, ils proposent une gestion collective, une automatisation des tâches ou une revalorisation financière de ces métiers.

Quelles critiques lui sont opposées par ses détracteurs ?

Pour une partie de la gauche, cette mesure est de droite car d’origine néolibérale. En proposant des montants élevés, les libéraux auraient comme espoir de supprimer l’État social. Or, cela signerait la fin des services publics et de la sécurité sociale.

Certains perçoivent le fait de gagner de l’argent sans s’investir dans un travail comme étant en contradiction totale avec leur éthique. En outre, cela pousserait les personnes à l’oisiveté et développerait l’assistanat.

Un revenu équivalent pour tous n’est, d’après les critiques, pas équitable. D’aucuns se demandent en effet pourquoi l’on verserait autant aux riches qu’aux pauvres.

Le revenu de base en lui-même reste insuffisant pour vivre. Le montant le plus élevé est celui proposé en Belgique par le MR, qui souhaite atteindre les 1 000 €, sans autres compléments financiers. C’est donc bien moins que le salaire minimum, à peine de quoi joindre les deux bouts à la fin du mois.

À l’argument des partisans d’alléger les démarches administratives, les détracteurs y opposent que la même mesure peut déjà être effectuée dans le système actuel.

Comment serait-il financé ?

Plusieurs modes de financement sont proposés :

  • Un impôt sur le revenu ;
  • Une cotisation sociale ;
  • Une taxe sur la consommation ;
  • Une taxation du capital ;
  • Une redevance foncière ;
  • Une redevance carbone ;
  • Une rente sur l’exploitation des ressources fossiles ;
  • Le développement de monnaies locales ;
  • Une réforme monétaire ;
  • Une taxation des données personnelles ;
  • La lutte contre l’évasion fiscale ;
  • La taxe Tobin, prélevée sur toutes les transactions financières ;
  • La fusion du système de chômage et de retraite ;
  • L’autofinancement, par exemple suite à des économies sur la santé au travail.

Quelles expériences ont déjà été réalisées ?

En Alaska (Etats-Unis), un « dividende de citoyenneté » issu des rentes pétrolières est redistribué depuis 1982 à tous les citoyens sous la forme d’un revenu de base annuel (900€ en 2012). C’est également le cas en Iran.

De 1974 à 1979 à Dauphin (Canada), les habitants touchent un revenu de base dans le cadre d’un programme gouvernemental. Les effets sont positifs : augmentation du niveau d’éducation, diminution du nombre d’hospitalisations, recul de la pauvreté.

Depuis 2004, le Brésil élargit son programme de bolsa familia, un programme d’aide aux familles. Destiné à lutter contre la pauvreté, il ne s’applique que sous certaines conditions éducationnelles, mais se rapproche toutefois du revenu de base.

En Inde, un projet est mené depuis 2011, avec comme aboutissements une augmentation des initiatives, du temps de présence à l’école et une diminution de l’endettement des familles.

En Namibie, le village d’Otjivero bénéficie d’un revenu de base. Les chercheurs ont constaté une forte diminution du taux de pauvreté et une augmentation de l’activité économique.

Après la Suisse, le débat débute en Belgique.

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