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11
Avr
2017

La démocratie repose sur des principes qui peuvent également causer sa perte. Focus sur cet instrument paradoxal de liberté et de contre-pouvoir.

Photo : Nicolas Vigier (creative commons)

La démocratie repose sur des principes qui peuvent également causer sa perte. Focus sur cet instrument paradoxal de liberté et de contre-pouvoir.

11 Avr
2017

Politique : les dangers de la démocratie

Le pouvoir, dans une démocratie, repose sur le vote populaire. Cependant, le peuple est aussi vulnérable à un certain nombre de facteurs. Dernièrement, nous avons pu voir l’influence que peut avoir la désinformation sur les résultats d’une élection. Mais certains partis utilisent également l’actualité pour renforcer leur position dans les sondages. C’est une des raisons pour lesquelles les médias sont souvent accusés de faire le jeu – ou l’apologie – de certains groupes politisés.

« Un des dangers de la démocratie est le fétichisme du nombre (…). Quand on voit les élections européennes dernièrement, dans la majorité des cas, on est dans du 49/51%. Donc une partie de la population n’est pas représentée », confie Nicolas Baygert, expert en communication politique et professeur à l’IHECS et l’ULB.

Ces fractures dans l’opinion publique conduisent une partie de la population à se méfier des sphères politiques.

Crise de confiance

C’est un constat clair, la confiance des citoyens envers la démocratie diminue de plus en plus. Selon une enquête « Noir Jaune Blues » réalisée par Survey&Action et commandée par la fondation « Ceci n’est pas une crise », environ 70% des Belges considèrent de façon négative le fonctionnement du système démocratique.

Et cette constatation induit donc une baisse de confiance envers les hommes et les femmes politiques. Le peuple ne soutient plus forcément ses représentants qu’il a lui-même élus. Il leur reproche de faire passer les jeux politiques et les stratégies d’élections avant l’intérêt général. Ce ras-le-bol influe sur les attentes du peuple et donc indéniablement sur sa confiance en la démocratie. Ce qui ouvre de nouveaux canaux pour les communicateurs politiques.

L’émotion, un instrument politique

« Donald Trump a compris ce que son public avait envie d’entendre. Il n’a aucun socle idéologique. Son langage est fondé sur l’émotion, il joue avec une rhétorique simple et une bonne répartie », indique Nicolas Baygert au journal Le Soir.

Lorsque le peuple se retrouve dans un contexte émotionnellement chargé, notamment dû à certains faits divers comme, par exemple, l’affaire Dutroux, il pourrait être amené à prendre des décisions plus radicales qu’en temps normal. Ce phénomène avait déjà été décrit par Tocqueville en parlant de la « tyrannie de la majorité », rappelle Nicolas Baygert.

En temps de crise, la population est également plus réceptive aux arguments de désinformation utilisés par les partis d’extrême pour installer un climat d’inconfort et de doute. Un récent exemple ayant utilisé ce procédé pour obtenir le pouvoir est la campagne électorale de Donald Trump. Il a cherché à convaincre la population américaine qu’elle était dans une situation désespérée pour ensuite se présenter comme l’homme qui allait tout changer.

« Dans certains contextes, si la démocratie peut amener le meilleur, elle peut aussi amener le pire. »

N’oublions pas non plus qu’une fois un homme politique élu, le peuple n’aura plus d’influence sur lui jusqu’aux prochaines élections. C’est donc un sentiment d’impuissance qui se forme chez tous les citoyens, qui regrettent de n’avoir aucune emprise décisionnelle sur leurs propres élus. Cette frustration entraîne un rejet de l’autorité politique, et a fortiori une déception envers le système et le processus démocratique.

Une radicalisation de l’opinion publique

Dans l’Europe comme ailleurs, les démocraties sont tentées par les initiatives d’extrêmes droite ou gauche. Certains pays voient ces partis gagner en popularité, mais sans qu’ils aient une influence réelle sur les prises de décision. D’autres, comme la Pologne, avec le parti “Droit et Justice”, leur confient les rênes du pouvoir. Puisque la démocratie assure à chacun une libre prise de parole, l’existence même de ces partis polarisés ne peut être remise en question. Et ce tant qu’ils respectent la loi.

Généralement, ils utilisent des discours exploitant la frustration des citoyens et remettent en question les codes politiques courants. Ces nouvelles perspectives peuvent se montrer séduisantes pour un public qui se sent dépossédé de ses pouvoirs électoraux.

La démocratie, c’est avant tout un pari, c’est la possibilité qu’elle soit renversée, voire détruite. Ce processus n’est pas parfait, il faut qu’il évolue. La démocratie, c’est le pouvoir au peuple ; c’est un système basé sur la majorité. Mais il ne faut pas tomber dans le fétichisme du chiffre en écartant la minorité qui peut souvent représenter quasiment la moitié de la population. C’est ce qui fait naître le sentiment de frustration du peuple et qui engendre ses futures décisions. Aujourd’hui, la démocratie subit les attaques de ses détracteurs et doit relever un défi de taille : trouver le moyen d’y répondre sans entraver ses principes les plus fondamentaux.

Harry Natowitz et Morgan Dubuisson

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