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Raoul Hedebauw
15
Juil
2015

L’homme fort du Parti du Travail de Belgique (PTB) veut oser une politique hors cadre. Rencontre avec Raoul Hedebouw.

L’homme fort du Parti du Travail de Belgique (PTB) veut oser une politique hors cadre. Rencontre avec Raoul Hedebouw.

15 Juil
2015

PORTRAIT. Raoul Hedebouw, les pieds sur terre et l’humour affuté

“Il faut s’inspirer des gars qui sont sortis du cadre, il faut oser !” scande Raoul Hedebouw, l’homme fort du PTB par ailleurs qualifié de « doux rêveur ». Pour lui, oser porter plainte pour vol contre le gouvernement Michel avait du sens. C’était sa manière à lui de (re)faire du bruit, en avril 2015, sur ce qu’il pense être une véritable usurpation des citoyens. “Avec le saut d’index, c’est une perte de 34 000 euros sur une carrière de 20 ans, c’est beaucoup ! Évidemment, ceux qui votent ces lois ne vivent pas les mêmes situations difficiles…”

Cette idée malicieuse de porter plainte contre le gouvernement est toute stratégique : il entend interroger par l’humour.“En communication, l’humour c’est important. Une bonne blague bien placée, ça vaut quinze speechs”. Enfant de la génération Coluche, il aime à rappeler que “l’humour, c’est la résistance des pauvres”. Au fil des siècles, l’humour a servi aux plus faibles à se moquer en rigolant des puissants. Mais Raoul Hedebouw est intransigeant : c’est « l’humour qui rapproche » qu’il convoite.

La plainte pour vol contre le gouvernement est avant tout symbolique. L’action a néanmoins porté ses fruits : le message désiré est passé et celui-ci s’est retrouvé dans de nombreux médias. Mais pour un membre d’Ecolo Jeune, il est un peu tôt pour établir un montant fixé à 34 000 euros. “On ne sait pas encore combien cela va couter vu que ça dépend s’il va y avoir un saut d’index et l’index se fait s’il y a une inflation qui dépasse l’indice pivot. Il faut dénoncer cette mesure qui aura un impact sur le pouvoir d’achat, mais on ne peut pas encore avancer de chiffres”.

“Les gens se reconnaissent en lui”

Au-delà de son sens de la rigolade, l’un homme est décrit comme un excellent orateur. “Dans le parti, je ne suis pas le grand théoricien, celui qui écrit des grands discours. Je suis plutôt de la tradition orale où je suis beaucoup plus doué”. Pour Marco Van Hees, Raoul Hedebouw a de grandes facilités de communication. Son bilinguisme est vu comme un atout, surtout pour le seul parti national. Il rajoute qu’il a une “capacité de faire passer des idées et voir plus large afin d’avoir une réflexion sociétale. La facilité de contact que Raoul a avec les gens fait qu’il est apprécié et, du coup, il est fort couvert médiatiquement. Honnête et vrai, les gens se reconnaissent en lui”.

C’est lors du mouvement étudiant des années 1990, pour empêcher le licenciement de 300 enseignements et la fusion des hautes écoles, que Raoul Hedebouw se lance dans la politique aux côtés du PTB. “C’est comme ça que je suis entré dans le combat, j’ai fait le pas et je suis rentré dans ce parti qui encore était très petit à l’époque”. Un combat qu’il mènera à bien, car aujourd’hui Raoul Hedebouw est le porte-parole du PTB, mais il représente également son parti au sein du Parlement fédéral. Un rôle qu’il réussit brillamment bien, selon Marco Van Hees, l’autre député PTB présent au Fédéral, car il a “une capacité incroyable d’être en interaction et dans le débat avec les autres députés”.

Céder une partie de son salaire “pour rester proche des gens”

Pour Hedebouw, la présence du PTB au Parlement Fédéral est une grande avancée : enfin des « gens normaux » dans l’hémicycle. Pourtant, il confie ne pas s’y sentir réellement bien. “Faut voir le Parlement ! Je cherche toujours sur les murs une représentation d’un ouvrier… Et pour trouver une femme, vous pouvez encore chercher longtemps. C’est quand même fou ! Ce n’est pas mon centre de gravité ici ; moi c’est sur le terrain, dans les écoles, dans les mouvements sociaux. C’est là qu’un député de gauche doit être”.

Pour l’homme fort du PTB, un député qui touche 5700 euros par mois et qui peut prendre sa préretraite ne sera pas touché par le saut d’index et la loi sur les pensions. “Voilà une belle absurdité de la démocratie belge”. Lui a fait le choix de reverser une partie de son salaire pour toucher 1500 euros par moi et rester « les pieds sur terre » et « proche des gens », il était important pour lui de respecter ce pour quoi il s’est engagé et ne pas jouer le jeu des élites.

“On n’est pas là pour accepter le cadre dans lequel on est, car c’est justement en sortant du cadre qu’on va faire bouger les lignes. Mettez des ouvriez et des infirmières au Parlement, ce ne sera pas les mêmes lois qui seront votées”. 

Un homme politique comme les autres ?

Raoul Hedebouw aime à rappeler qu’il n’est pas comme les autres députés, qui vivent hors de la réalité des gens qui les ont élus. Il veut garder les pieds sur terre pour rester connecté au monde réel. Pour Riet d’Hont, une militante flamande du PTB, Raoul Hedebouw est un homme du peuple qui touche les gens, car il parle leur langage et se préoccupe plus du monde qui l’entoure que de sa propre carrière.

Pour le blogueur Roland Devresse, militant indépendant de l’écologie sociale, même si le personnage est fort sympathique, il craint de ne plus voir chez lui l’homme révolutionnaire qu’il incarnait lors des élections. Fort enthousiaste par la réussite de PTB d’avoir rassemblé plusieurs groupes de gauche et d’avoir amené des gens des quartiers populaires, Roland Devresse se voit fort déçu de la tournure des événements. Il voit en Raoul Hedebouw un représentant politique qui porte un message différent certes, mais qui, par le pouvoir et l’autorité, s’est coupé des autres partis de gauche si ces derniers ne suivaient pas les lignes du PTB. Pour ce militant indépendant, il reste à voir si Raoul Hedebouw deviendra un social-démocrate comme les autres et s’il acceptera de faire des alliances avec les partis traditionnels.

Ce à quoi le député et porte-parole du PTB rétorque : “un rassemblement du Parti du Travail de Belgique avec le PS et Ecolo ne peut se faire sans revoir ce que c’est la ‘gauche véritable’ et quels sont les grands principes. Pour moi, la chasse aux chômeurs, ce ne pas une idée de gauche. Il ne faut pas oublier que la gauche ne peut pas s’adapter au libéralisme et au capitalisme même s’il semble que certains l’ont oublié”.

Roland Devresse rajoute que le PTB a chassé de ses sujets ceux un peu trop polémiques pour garder les sujets rassembleurs. Il est vrai que le PTB ne s’est pas vraiment exprimé sur la situation des migrants alors que le sujet a été remis sur la table suite aux nombreux naufrages au large des côtes italiennes. Le sujet est pourtant au cœur des préoccupations des partis de gauche. Une stratégie du silence qui a ses limites en politique.

L’espoir d’une nouvelle ère politique 

Malgré tout, l’espoir de voir l’horizon politique belge changer est bien présent chez Raoul Hedebouw. “C’est la première fois depuis 40 ans qu’on a une représentation pour la gauche de gauche. Je le vois très humblement comme un premier pas pour le peuple de la gauche. C’est évidemment très important pour nous même s’il reste encore beaucoup de travail à fournir”. 

 

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One Response to “PORTRAIT. Raoul Hedebouw, les pieds sur terre et l’humour affuté”

  1. daou@skynet.be' daou dit :

    avec toi Raoul ,tu ouvre la voie vers le changement.
    La bataille sera dure mais je sais que l’on peut compter sur toi .

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