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Oct
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Le nouveau centre de tri des Petits Riens a ouvert ses portes à Anderlecht, jeudi 8 octobre 2015. Suivez le guide.

7.100 tonnes de dons sont collectés chaque année par les Petits Riens. Photo : Arnaud Meulemans / Bruxelles Bondy Blog

Le nouveau centre de tri des Petits Riens a ouvert ses portes à Anderlecht, jeudi 8 octobre 2015. Suivez le guide.

23 Oct
2015

Itinéraire d’un pull dans le nouveau centre de tri des Petits Riens

Trop de jours ont passé dans cet entrepôt du nouveau centre de tri des Petits Riens, à Anderlecht, depuis que j’ai quitté la triste et obscure bulle à vêtements dans laquelle m’avait lâchement abandonné mon propriétaire. Pourtant, aujourd’hui, la situation semble se dénouer. Enfin ! Un véhicule se saisit du conteneur dans lequel je me trouve avec des tonnes d’autres vêtements pour nous transporter vers une salle annexe. Au total, ce sont 7.100 tonnes de dons qui sont collectés chaque année par les Petits Riens.

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Les vêtements pré-triés atterrissent sur ce tapis roulant.

 

Très vite, me voilà lancé dans la folie d’une usine flambant neuve où tout est étudié de façon taylorienne afin de maximiser le profit social. Alors que les lumières m’éblouissent déjà et que les bruits de machinerie résonnent comme des tambours battants, on nous jette, mes compagnons de ballots et moi, tels de vulgaires morceaux de tissu, sur un tapis électrique. J’ai du mal à saisir ce qu’il m’arrive mais il semblerait que je me trouve au stade du pré-triage.

L’angoisse m’envahit. Certains vêtements – les plus beaux – sont sortis du lot pour être ensuite lancés dans un bac très parlant appelé « crème ». Cette présélection permet d’envoyer les vêtements jugés de qualité et dans un état incontestable directement à destination d’un des vingt magasins des Petits Riens présents en Belgique. Alors que ceux-là vont sans doute avoir la chance de retrouver un propriétaire, d’autres, par contre, ne vont pas bénéficier de la même fortune. C’est le cas des vêtements dépareillés. Ceux-ci sont jetés dans un bac et seront ensuite envoyés au Pakistan où ils seront déchiquetés, réduits en lambeaux puis recyclés et transformés en chiffons. RIP mes amis. Jusqu’ici, je n’ai toujours aucune idée de ce qui m’attend mais après avoir passé cette première étape, le tapis lui continue de rouler à un rythme infernal.

Des engrenages bien huilés 

Plus loin, j’arrive au premier tri. Jusqu’à vingt-quatre travailleurs se côtoient ici et divisent les différents vêtements par sortes. Je suis surpris de la multiculturalité présente chez les employés de cette usine. Nombre d’entre eux ne parlent presque pas français mais tout le monde se comprend. Parmi eux, Samuel. « Je prends un quart d’heure de mon temps à saluer l’ensemble de mes collègues », tient-il à me dire.

Samuel, travailleur Petits Riens

Samuel, travailleur au centre de tri, a l’impression d’effectuer un travail humanitaire au sein de l’entreprise.

 

Originaire d’Afrique, casquette sur la tête, des traits puissants et des yeux qui pétillent, ce jeune salarié est un travailleur en voie de réinsertion socio-professionnelle. Celui-ci affirme avoir l’impression d’effectuer un travail humanitaire au sein de l’entreprise. Il compose cette catégorie juridique appelé « Article 60 ». Autrement dit, il est lié au CPAS qui prend en charge la moitié de son salaire. Une trentaine de travailleurs de l’usine se trouvent dans cette situation. Cent trente au total pour les Petits Riens partout en Belgique. Cet aspect est l’une des composantes des grandes ambitions de l’entreprise : « financer ses actions sociales et faire de la réinsertion », comme l’explique Julie Lenain, adjointe à la direction du centre de tri.

Samuel s’empare de moi. Malgré son air sympathique, il me jette d’un geste dans un trou destiné aux pulls.

Khaled, travailleur Petits Riens

Khaled a pour mission de trier les vêtements par poids.

 

Plus bas, je retrouve quelques amis. À peine le temps d’échanger quelques mots qu’on réceptionne notre chariot et nous envoie vers une autre étape du triage. C’est ici que je rencontre Khaled, un autre employé, proche de la trentaine, lui aussi en réinsertion socioprofessionnelle. Cheveux immobilisés par le gel, mine rondouillarde et pommettes rougeoyantes, Khaled a pour mission de trier les vêtements par poids. D’un côté se trouvent les vêtements légers, de l’autre les vêtements lourds. Après une légère hésitation, il me jette – me voilà une fois de plus maltraité – du côté des vêtements lourds. Étant un pull en laine de taille XL, je dois avouer que je n’en attendais pas moins de sa part.

D’autres vêtements, quant à eux, subiront un sort différent du mien : l’exportation. 48 % des dons qui bénéficient aux Petits Riens sont vendus par ballots à des pays comme l’Ukraine, le Cameroun ou le Congo.

Après de longues heures d’attente, où j’en viens presque à regretter l’action et la frayeur des premières étapes du tri, l’engrenage reprend son cours et me voilà lancé vers l’étiquetage. Ici pas de maltraitance. Il semble que je suis sélectionné pour être vendu, à prix d’ami, dans un des magasins des Petits Riens. Une étiquette accrochée puis plié en quatre, me voilà prêt à quitter cette véritable fourmilière pour partir dans le commerce à la conquête d’un nouveau propriétaire quelque part en Belgique. Avant peut-être de revenir ici un jour…

 

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