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Tonton Garby prépare un sandwich.
10
Mar
2015

Dans sa boutique, Garby cultive « l’art de bien vous servir avec le sourire ».

Garby prépare un sandwich avec son sourire qui ne le quitte jamais.

Dans sa boutique, Garby cultive « l’art de bien vous servir avec le sourire ».

10 Mar
2015

PORTRAIT. Tonton Garby, professeur de bonheur

Lors du temps de midi, les sandwicheries du centre-ville de Bruxelles abondent, les gens passent et dépassent, disent bonjour mais à peine… Sous le son des tiroirs caisses c’est un défilé animé, et pourtant désincarné d’humanité. Pour casser le tableau, il existe un endroit à deux pas de la Grand Place de Bruxelles, mais à mille lieues des sandwicheries traditionnelles : Chez Tonton Garby. Fin gourmet et amoureux des bons fromages, Garby est avant tout un amateur de bonheur. D’un sourire communicatif, il accueille sa clientèle dans une ambiance rétro et décontractée. Chez Tonton Garby, ce n’est pas qu’une affaire de nourriture…

La devanture de son magasin ne paie pas de mine, mais quelque chose m’intrigue : « l’art de bien vous servir avec le sourire ». Ces quelques mots imprimés sur la vitrine de la boutique attisent ma curiosité. Je pousse la porte du magasin, et un son de clochette bruyant accompagne mon arrivée, je suis là !

L’apparence intérieure n’est pas plus extravagante qu’à l’extérieur : des étagères remplies de fruits et légumes, pots de miels et biscuits longent les murs. Garby – derrière son minuscule comptoir rempli de fromages en tous genres – m’accueille d’un joyeux « Bonjour mademoiselle, entrez, vous êtes ici chez vous. » C’est un fait, cette petite boutique d’à peine quelques mètres carrés dégage un sentiment de “comme chez soi”. Ses airs de cantine un peu surannée, et ses quelques tables et tabourets sont le prétexte idéal pour le propriétaire d’inviter ses clients à s’asseoir et manger ensemble. Le partage, c’est probablement ce qui se ressent le plus ici. C’est d’ailleurs en s’excusant qu’il ne fasse pas très chaud qu’il ajoute : « Il n’y a pas de chauffage dans mon magasin, mais on a tous du soleil dans le cœur, donc on le partage avec tout le monde, et ça réchauffe. »

Nom d’un sandwich !

Seul dans sa boutique, Garby me tend la carte du menu «Ce qui vous plait, me plait ! Prenez votre temps ». Une dizaine de feuilles rassemblées par une simple ficelle, le menu y est écrit au gros feutre noir d’une écriture assez grossière. Ici les sandwichs portent le nom des clients, Garby explique : « Charlie était un jeune métisse qui faisait du street art, chaque fois qu’il venait il rajoutait quelque chose à son sandwich, et un jour, il a trouvé ce qu’il cherchait – du camembert avec son omelette. » Le Charlie porte donc le nom de son créateur et après lui, d’autres ont suivi comme le Nicolas, le Nelson ou encore le Martine. Ici, on est touché par cette affection toute particulière que Garby porte à ses clients, depuis près de 25 ans.

Quelques anecdotes plus tard, je commande mon sandwich guidée par ses délicieux conseils. Sous des airs de musique jazzy, je balaie à nouveau la pièce du regard. Les quatre coins du magasin sont placardés de vieilles affiches, notes manuscrites et fantasques: « No stress, with tonton Garby it’s easy » ou encore « Smile to life and life will smile to you » font ici office de règle d’or. Le but du jeu est très simple : passer un bon moment, échanger, rigoler, et déguster, comme à la maison !

Témoignages en or

C’est dans cette ambiance bon enfant que je m’installe pour manger mon sandwich. A côté de moi, un gros livret noir qui m’a tout l’air d’un livre d’or. Je ne me suis pas trompée : Canada, Corée, Espagne, Californie, Mexique, Chine et j’en passe… Un nombre impressionnant de réflexions, remerciements, dessins ou même chansons qui ont été écrits ici, pour Garby.
Bon nombre d’histoires se sont racontées au sein de cette modeste boutique bruxelloise. Tant de récits qui attestent le multiculturalisme du quartier. D’origine maghrébine, la quarantaine entamée, Garby a tout compris « Ce qui nous permet à nous, êtres-humains de grandir, c’est d’accepter la différence. »

Le sourire d’une mère

Devant ces tendres témoignages d’affection, je finis par refermer ce bouquin quand arrive mon sandwich. Quelque chose m’échappe… Comment être aussi souriant et heureux à une époque d’individualisme viral ? Garby me répond que quand on donne un sourire, il vous revient au centuple. Le secret, c’est de voir le positif dans chaque situation « Pourquoi parler des avions qui se crashent, quand on peut parler de ceux qui sont en l’air ? » et il confie : « Je pense que c’est un héritage de maman, elle était toujours souriante, quoi qu’il arrive. »

Passionné d’histoire et de philosophie, Garby étudiait pour devenir professeur de français-histoire. Finalement, il n’a pas choisi sa vie, c’est la vie qui l’a choisi – comme il dit. Il n’est pas devenu professeur pour enfant, mais professeur de bonheur avec un cœur d’enfant. « Victor Hugo a dit : “à quoi bon vivre vieux, si on ne peut profiter des plaisirs de la jeunesse ?” Il avait tout compris ! »

Flory-Anne Schrijnemakers

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2 Responses to “PORTRAIT. Tonton Garby, professeur de bonheur”

  1. elisabethevrard@hotmail.com' Elisabeth dit :

    Superbe ! C’est exactement ca ce type est en or et ton article très bien écrit !

  2. marc.sinnaeve@galilee.be' Marc Sinnaeve dit :

    Très bonne initiative que ce sujet… que je connais bien. Pour mon plus grand bonheur. Magnifique traitement.Merci à l’auteure.

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