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Transgenre
02
Nov
2016

Mélanie, 20 ans, nous raconte le parcours et les obstacles pour devenir une femme.

"Apprendre que devenir une fille est possible, c'est une libération !" Crédit photo : Vincent Gouriou

Mélanie, 20 ans, nous raconte le parcours et les obstacles pour devenir une femme.

02 Nov
2016

Transgenre, un combat au quotidien (1/2)

Elle est petite et mince, Mélanie. Après les présentations, je m’assois en face d’elle. De sa main fine, elle touche ses cheveux, jetant de petits regards à droite et à gauche, puis me fixant. Enfin, elle parle, doucement, de sa voix d’oiseau, elle raconte.

“C’est un long cheminement. J’ai commencé à me questionner à six ans. Je m’appelais Yoan, j’enviais déjà beaucoup les filles. Je me souviens que je ne me sentais pas comme les autres enfants, je me sentais différente, mais je n’avais pas les mots pour expliquer pourquoi. Je crois que j’avais peur de m’interroger. La première fois que j’ai mis les mots sur mon ressenti, j’avais dix ans. J’ai annoncé à ma cousine que je voulais être une fille. J’ai pris conscience de ma puberté vers onze ans. Je me sentais fille depuis mes dix ans et voilà que mon corps évoluait. J’ai vécu une puberté masculine, ça a été la pire année de ma vie.”

“J’ai commencé à économiser pour mon opération à treize ans”

“J’ai appris à douze ans que c’était possible par l’intermédiaire de la télévision. J’ai vu une émission sur une transgenre qui vivait sans complexe et qui était heureuse. Je me suis tout de suite dit : « C’est moi ! ». C’était ce que je voulais être, je me suis beaucoup renseignée sur Internet. J’ai commencé à économiser pour mon opération à treize ans. Je ne pourrais pas décrire tout ce que j’ai ressenti à partir de ce moment. Apprendre que devenir une fille est possible, c’est une libération ! Bien sûr beaucoup de doutes, des questions, des peurs arrivent au même moment. Comment l’annoncer à ma famille ? Vont-ils l’accepter ? Pourrai-je avoir des enfants ? À la télévision, j’ai vu la peur des transgenres. Aujourd’hui, j’ai toujours ces peurs mais je les vis. Avant, je ne les vivais pas ouvertement.”

« J’ai voulu en finir à quatorze ans »

“Cela faisait deux ans que je savais vouloir changer de sexe. Je ne pouvais plus le supporter. J’ai tenté de me suicider. Oui, j’ai voulu en finir à quatorze ans. Mais j’ai survécu. Ma meilleure amie de l’époque s’est suicidée quelques mois après. Elle, elle a réussi. Elle était l’une des rares au courant de ma situation. J’ai vu la peine, la douleur dans les yeux de ses proches. Ça a été un déclic pour moi. Je me rappelle m’être dit “Non, pas maintenant, je vais tout leur avouer, leur avouer à quel point je souffre.””

“L’annoncer à ma famille a été très, très compliqué… Certains ont plus de mal à l’accepter que d’autres. Avec ma sœur, ça a été naturel, on a toujours été proches. Mes parents se posaient des questions depuis mes quatre ans mais ils attendaient que je vienne de moi-même leur en parler. Ils pensaient que c’était passager. J’ai donc avoué à ma famille que je souhaitais changer de sexe. Enfin, je n’ai pas eu le courage de le dire moi-même, j’ai demandé à ma cousine de le dire à mes parents. Ils n’ont rien compris. Ils m’ont dit des mots très durs comme « Mais non, t’es juste homo, ce n’est pas ce que tu es ». Mon cousin de douze ans m’a même affirmé : « J’accepte que tu aimes les garçons mais pas que tu deviennes une fille. » Je me suis pris une claque. Personne n’avait vraiment compris, tous pensaient que j’étais inexpérimentée. À cette époque, j’étais très influencée par ma famille. Je me suis convaincue qu’ils avaient raison.”

« Je suis devenue une ombre »

“À mes seize ans, je déprimais toujours. Je ne me suis pas remise de la façon dont mes proches ont accueilli mon souhait de changer de sexe. Je suis devenue une ombre. Avant, j’avais juste mal. Mais là c’était plus que ça, j’avais honte de ce que j’étais, je me sentais incomprise. C’est aussi à cet âge que je suis tombée amoureuse pour la première fois. C’était un ami dont j’étais très proche, il y avait toujours eu une certaine ambiguïté entre nous. Il m’a redonné le sourire pendant quelques temps, jusqu’à ce que ça tourne mal. Je me souviens, on attendait avant de rentrer en cours, et là, il m’a touché la main, en public. C’était le premier geste affectif qu’un garçon me témoignait. Mais je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai paniqué et je suis partie très vite. Le lendemain, il sortait avec une fille. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à m’expliquer pourquoi je suis partie. Je pense que c’est parce que je n’assumais pas l’image que je renvoyais.”

“J’ai passé le reste de l’année à déprimer de nouveau. On ne s’est plus parlé après ça. Cet événement associé à des problèmes familiaux durant l’été m’ont poussée à renouveler ma tentative de suicide. La première était amatrice, cette fois c’était plus impulsif. Il faut me comprendre, absolument rien n’avait évolué depuis deux ans. Et à seize ans, mon corps devenait de plus en plus celui d’un homme. Pour oublier mon premier amour, je flirtais avec d’autres mecs mais eux me voyaient comme un gars homosexuel. Ils ne comprenaient pas. J’ai donc craqué, c’était un acte sans réflexion au préalable. Encore une fois j’ai survécu. C’était peut-être un signe, je n’en sais rien.”

La suite du portrait

Enora Le Notre (École de Journalisme de Cannes)

Cet article vous est proposé dans le cadre du Carrefour des Écoles, un projet d’échange entre plusieurs écoles de journalisme qui vise à mettre en valeur les productions d’étudiants du monde entier.

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