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Le quotidien de Patrick : seul face à son ordinateur, les doigts pianotant sur le clavier en vue du gros lot. Photo : Florian Ferrelli
22
Août
2016

Seul face à son ordinateur, les doigts pianotant sur le clavier en vue du gros lot. Plongée dans la vie de Patrick, addict aux concours.

Le concourisme, « c’est comme une drogue, mais inoffensive. Je ne peux que gagner et je ne perds jamais".

Seul face à son ordinateur, les doigts pianotant sur le clavier en vue du gros lot. Plongée dans la vie de Patrick, addict aux concours.

22 Août
2016

Concourisme : gagnant à tout prix

Soucieux de son image, il me fait comprendre qu’un nom d’emprunt le mettrait plus à l’aise. Patrick donc, retraité du secteur industriel depuis quelques années s’est reconverti en « concouriste » (oui, ce terme existe !). Il passe le plus clair de son temps à pianoter sur son clavier ou à parcourir les journaux à la recherche de tous les concours possibles. Rencontre d’un homme au mode de vie atypique. 

Après un coup de sonnette, Patrick, la soixantaine m’ouvre la porte de sa demeure. Monsieur Tout-le-monde… ou presque. Il est tout sourire, comme si des pinces à linge retenaient la peau de ses joues. Pas besoin de plus pour comprendre qu’il ne reçoit pas énormément de visites. Ses longues boucles poivre et sel qu’il tente en vain de remettre en place retombent sans cesse sur son visage creux, lui donnant une allure de saule pleureur. La démarche est maladroite ;  il m’expliquera plus tard que son genou l’a lâché il y a quelques années. Style débraillé, il est vêtu de son pantalon de pyjama et d’un pull en laine troué çà et là. Il s’installe alors et d’un air confiant et fier me demande ce que je souhaite savoir.

Mais lorsque je lui pose des questions sur son mode de vie, sa timidité se fait ressentir. En effet, ses réponses s’accompagnaient toujours de frottements frénétiques sur sa paupière droite. Tout en donnant l’impression d’assumer son style de vie hors du commun, il est conscient de son étrangeté. Mais jamais il ne fait mine d’être gêné ou honteux.

Patrick a remporté de nombreux lots au cours des années. À présent, ils envahissent les pièces de la maison. Photo : Florian Ferrelli

Patrick a remporté de nombreux lots au cours des années. À présent, ils envahissent les pièces de sa maison. Photo : F. Ferrelli.

Vivre au milieu des gros lots

Sa maison est à son image : désordonnée au possible. Partout sont entassés des lots et cartons en tous genres. Il me décrit, non sans fierté, les plus belles acquisitions qu’il a pu faire. Parmi les plus onéreuses, il mentionne les neuf voitures qu’il a gagnées (tout en me glissant qu’il n’a pas de permis de conduire) et les nombreux GSM qu’il n’utilise d’ailleurs pas non plus.

Discrètement, il confie qu’il a toujours rêvé de tout ces biens. Mais il a malheureusement été incapable de se les offrir vu le salaire qu’il percevait auparavant. Lui-même sait donc que son passé a des répercussions sur sa vie actuelle.

Plus fort que lui ! 

Tout en me parlant, son comportement compulsif prend le dessus sur lui. Il ne peut s’empêcher de feuilleter les pages du journal et ensuite de pianoter sur son clavier à vive allure. Il semble alors totalement comblé et épanouit. Comme si chaque pression sur les lettres du clavier lui procurait une dose énorme de satisfaction.

Parce qu’il s’agit d’une forme d’addiction, assez rare. Tout comme Patrick, ils ne seraient qu’une dizaine en Belgique à être atteints de ce type de trouble obsessionnel du comportement.

« À ce moment-là, je me sens vivre. J’ai l’impression de tout posséder. »

Conscient de son style de vie atypique, il ne tarde pas à dire de sa voix rauque, tout en se frottant la paupière de plus belle : « T’sais la plupart des gens sont jaloux, se lèvent tôt le matin et rentrent tard le soir, tout ça pour trois fois rien ! Moi, je me lève à l’heure que j’veux et je remplis les questionnaires de concours. À ce moment-là, je me sens vivre. J’ai l’impression de tout posséder ».

Bien que le comportement spécial de Patrick reste difficile à comprendre, il est impossible de ne pas ressentir d’empathie pour lui. Effectivement, « C’est comme une drogue, mais inoffensive. Je ne peux que gagner et je ne perds jamais. À la fin de la journée, je n’aurai pas dépensé d’argent, ni fait de mal à quelqu’un, ni même abîmé ma santé. Le truc, c’est que je ne vois pas de mauvais côtés à cette pratique » témoigne-t-il. Bien que Patrick semble étrange et peu sûr de lui au premier abord, une onde très agréable se dégage de lui lorsqu’on lui accorde un minimum de temps. C’est sur cette impression positive que je quitte Patrick, qui doit déjà retourner à ses concours.

Florian Ferelli (étudiant de Bloc2)

 

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