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12
Déc
2016

A l’heure où l’immédiateté domine le monde journalistique, peut-on encore se fier aux sondages politiques ? Analyse.

Photo : Lalmch (CC0 Public Domain)

A l’heure où l’immédiateté domine le monde journalistique, peut-on encore se fier aux sondages politiques ? Analyse.

12 Déc
2016

Peut-on encore faire confiance aux sondages politiques ?

Cela fait maintenant plusieurs mois que les instituts de sondage en prennent pour leur grade. Presque tous avaient annoncé la victoire d’Hillary Clinton aux États-Unis, prédit le rejet du Brexit ou encore annoncé une bataille féroce entre Sarkozy et Juppé aux primaires de la droite française. Résultat ? Ils avaient tort sur toute la ligne. Peut-on dès lors encore faire confiance aux sondages politiques ?

Aujourd’hui, les médias sont extrêmement friands de chiffres et de sondages, car ceux-ci sont peu coûteux et assurent une forte audience, surtout en période électorale. Cependant, dans une société en perpétuelle recherche de contrôle où le vote est devenu extrêmement volatil, est-il réellement possible de prédire le résultat d’une élection ? Peut-on certifier que tel ou tel candidat est favori ?

Mise en garde

Les sondages indiquent souvent la juste tendance de l’opinion publique. Ceux-ci doivent néanmoins être interprétés et analysés prudemment, car bon nombre d’éléments peuvent influencer les résultats finaux. Nicolas Baygert, Docteur en information et communication et expert en communication politique, nous indique les quatre éléments principaux auxquels il faut prêter attention :

  1.  Un sondage représente toujours la réalité d’un moment précis. D’un jour à l’autre, en fonction de la conjoncture, l’opinion publique peut être très variable. Il est dès lors important de ne pas sortir un sondage de son contexte.
  2.  Il est important de tenir compte de la méthode de recensement. Par exemple, une enquête réalisée en face à face sera considérée plus fiable qu’une enquête par téléphone, qui elle même sera considérée plus fiable qu’une enquête via internet. En effet, les gens ont plus de retenue lorsqu’ils ont un interlocuteur face à eux, et ne se lâchent pas autant qu’ils pourraient le faire sur le net.
  3.  Il faut distinguer deux types de sondages. Premièrement, ceux qui sont aléatoires, sans aucune sélection préalable, où tout citoyen peut participer. Deuxièmement, ceux qui sont réalisés par choix raisonnés, où l’on va sélectionner les personnes sondées afin d’avoir une bonne représentativité du monde étudié. La deuxième méthode sera considérée comme plus fiable, car plus représentative.
  4. Il faut toujours tenir compte d’une marge d’erreur. Celle-ci se situe aux alentours de 3%. Si la fluctuation est inférieure à 3%, il est insensé d’affirmer que tel ou tel politique a gagné ou perdu en popularité. La différence peut simplement être attribuée au hasard de l’échantillonnage.

Tous ces éléments pris en compte devraient donc nous indiquer la fiabilité d’un sondage.

Attention aux conclusions abusives

Dès lors, on pourrait se dire qu’avec une bonne lecture et une bonne interprétation, les médias devraient être aptes à nous présenter des données fiables. Mais voilà, bien trop souvent, ils affirment, comme si c’était la vérité, que tel ou tel politique a gagné en popularité lorsque le sondage indique un seul point de plus par rapport au sondage précédent, ou encore, que tel ou tel politique est favori pour l’élection alors que celui-ci n’a que 2% d’avance sur son rival, sachant pertinemment que l’écart est inférieur à la marge d’erreur ! Un exemple pertinent, celui du journal La Libre qui parle de « tassements du PS (-0,2%) et du MR (-0,4%) ». Or cette différence de résultats peut simplement être due au hasard, puisqu’une marge d’erreur possible se trouve aux alentours de 3%.

Les médias devraient donc être extrêmement prudents avant de tirer des conclusions hâtives vis-à-vis d’une enquête. Malheureusement, dans un monde médiatique obnubilé par l’immédiateté et le buzz, les journalistes sont poussés à publier des informations approximatives, quitte à perdre en crédibilité.

Le cas de la Belgique

En Belgique, seules 29% des personnes interrogées estiment que les sondages sont fiables, un bien maigre score. C’est en tout cas ce qui ressort du baromètre RTBF/La Libre réalisé par Dedicated. (Et oui, c’est un peu osé d’utiliser un sondage quand on critique ceux-ci, mais c’est parfois la seule source d’information sur laquelle on peut se baser).

Marc Dumoulin, directeur de la société Dedicated, estime néanmoins dans les colonnes de la Libre, que les sondages politiques en Belgique sont plus fiables que nombre de sondages réalisés à l’étranger qui permettent de choisir entre seulement deux options : dans ce cas, la marge d’erreur est plus importante encore. Or, grâce au système belge, rares sont les occasions où le citoyen n’a que deux possibilités face à lui. Marc Dumoulin affirme par ailleurs qu’il n’y a eu qu’un seul cas, dans l’histoire de sa société, où il a pu constater un fort décalage entre les sondages et les résultats des élections. C’était en 2009, lorsque le PS perdait systématiquement 8% à 9% d’intentions électorales dans les sondages. Michel Daerden a donc demandé à chaque socialiste de descendre dans la rue pour remobiliser l’électorat. En un mois, le PS avait comblé son retard.  Quand on vous disait que les sondages représentent toujours la réalité à un moment précis…

Les sondages ont donc perdu la confiance de toute une partie de la population. Ceux-ci peuvent, il est vrai, prédire l’avenir avec justesse, mais aussi, et bien trop souvent, se planter dans toute leur splendeur. Alain Garrigou, disait dans le magazine society : « Les sondages, c’est comme les bulletins météo : les gens devraient vraiment s’en méfier ». Les sondages ne sont donc pas à bannir, mais, tant les journalistes que les citoyens devraient être plus attentifs au décryptage de ceux-ci afin d’en tirer les bonnes conclusions.

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