Une vitrine d'un magasin de chocolat propose des assortiments de 6 boites pour 9,90€
05
Déc
2018

Les "finest belgian chocolates" bas de gamme laissent un goût amer en bouche : celui de se faire avoir.

Boutique de chocolats aux abords de la Grande Place de Bruxelles. (Photo : L. Thouvenin)

Les "finest belgian chocolates" bas de gamme laissent un goût amer en bouche : celui de se faire avoir.

05 Déc
2018

L’illusion du Belgian Chocolate

Les marques de chocolat comme Belgian’s Gold, Hamlet ou Cupido ne vous disent peut-être rien, mais elles sont présentes dans presque toutes les boutiques de souvenirs autour de la Grand-Place. Elles revendiquent fièrement leur origine belge sur l’emballage de leurs produits. Bas de gamme, les boites sont vendues à des prix compétitifs. Peut-on vraiment les qualifier de chocolat belge ?

Une origine certifiée ?

La loi sur la protection des consommateurs prévoit l’utilisation du nom ‘Belgique’, de son drapeau ou d’une icône du pays uniquement si le produit est ‘made in Belgium’. Les étiquetages ne peuvent pas être trompeurs. En principe, pour pouvoir porter l’appellation ‘chocolat belge’, le produit devrait donc être fabriqué en Belgique et respecter l’arrêté royal relatif aux produits de cacao et de chocolat destinés à l’alimentation humaine, qui cadre entre autres la teneur minimale en cacao.

À la demande de l’Association Royale Belge des Industries du Chocolat, de la Praline, du Biscuit et de la Confiserie (Choprabisco), l’inspection économique a mené un contrôle dans les boutiques en 2015. Après avoir vérifié les étiquettes, le service fédéral a retiré un seul produit de la vente dans deux magasins. La loi semble donc respectée dans l’ensemble. Ces contrôles ne sont malheureusement pas automatiques et ne peuvent être effectués qu’une fois les produits en vente.

Pas de label

Le chocolat belge pâtit toutefois d’un manque de précision juridique puisqu’en 2018, il n’existe toujours pas de label spécifique au chocolat ou d’appellation contrôlée. Choprabisco et les chocolatiers réfléchissent à un projet d’indication géographique protégée, selon son secrétaire général, Guy Gallet.

Pour pallier le manque de clarté sur l’origine des produits, l’association a mis en place le Belgian Chocolate Code en 2008, qui n’a toutefois pas de valeur juridique. Les signataires volontaires peuvent s’en retirer à tout moment. Le code définit les conditions d’utilisation des termes « chocolat belge » et « avec du chocolat belge » (produit à l’étranger) sur le devant du paquet. Pour que le chocolat, comme ingrédient de base, soit considéré comme entièrement belge, le mélange, le raffinage et le conchage (étape d’affinage qui permet, entre autres, l’intégration du beurre de cacao) doivent se faire en Belgique. Si ce n’est pas le cas, aucune mention de chocolat belge ne peut être utilisée.

 

Des pratiques parfois trompeuses

Les magasins du centre proposent souvent des assortiments de plusieurs boites de chocolat : truffes, pralines, fruits de mer… Ces ensembles de six, dix, parfois douze paquets peuvent contenir plusieurs marques. Le consommateur attentif remarquera, dans certains lots, des boites qui ne portent pas les couleurs belges. Certains produits allemands, français ou tout simplement made in EU se glissent au milieu du reste.

La pratique n’est pas trompeuse si rien n’indique que le tout est fabriqué en Belgique. Cependant, plusieurs vendeurs n’hésitent pas à mentir et proposent intentionnellement des assortiments ‘100 % belges’ qu’ils n’en méritent pas le nom. Certaines boutiques enrobent les lots aux origines diverses avec un ruban sur lequel est dessiné un drapeau belge. Une tromperie sur la consommation au regard de la loi. Rentré au pays, le touriste qui pense offrir à ses proches un chocolat supérieur risque parfois d’être déçu.

 

Deux lots de 6 boites contiennent chacun deux paquets de truffes qui ne sont pas belges. Ils sont pourtant ficelés avec un ruban affichant un drapeau belge.

Dans ces assortiments, les boites de truffes au milieu ne sont pas belges. Photo : Lore Thouvenin

Selon Guy Gallet, des mesures sont néanmoins mises en œuvre pour promouvoir l’artisanat de qualité et informer les touristes. Visit.brussels, l’agence bruxelloise du tourisme, propose une rubrique consacrée à l’or noir des Bruxellois. Leur site internet ne renseigne pas ces « magasins bas de gamme ». Olivier Marette, chef du département gastronomie de l’agence, affirme vouloir « valoriser les “bons” acteurs » et « mettre en avant l’offre qualitative ». Les magasins cités sont sélectionnés sur un critère simple : « pas de revendeurs, juste des boutiques de gens qui vendent leur propre chocolat ». Un critère important certes, mais qui ne nous donne qu’une maigre indication sur la qualité du chocolat en question.

L’huile de palme, un indicateur

Si le chocolat belge est synonyme de qualité dans l’imaginaire collectif, la réalité est différente. Rien ne permet de garantir la qualité des formules comme finest belgian chocolate, belgian recipes ou encore belgian quality.

L’arrêté royal relatif aux produits de cacao et de chocolat destinés à l’alimentation humaine est une transposition en droit belge d’une directive européenne. Celle-ci donne des possibilités de personnalisation pays par pays, mais restreint aussi certains aspects. Le droit européen ne permet notamment pas d’interdire l’utilisation d’arômes qui imitent le chocolat ou la matière grasse lactique dans le chocolat fourré et les pralines.

L’utilisation de 5 % de matière grasse végétale autre que le beurre de cacao est légale. De ce fait, de nombreux produits contiennent de l’huile de palme. L’emploi massif du beurre de cacao devient alors un des critères qualitatifs, relativement facile à contrôler par le consommateur. Les chocolatiers du pays s’en félicitent.

L’absence d’un label et d’un cadre législatif plus contraignant compliquent la tâche pour le consommateur. Ces lacunes ne permettent pas d’évaluer précisément la qualité des chocolats, toutes marques confondues. Ni la loi, ni le Code de Choprabisco ne mentionnent les origines du cacao ou des techniques de fabrication du chocolat. À part le prix et l’utilisation de l’huile de palme, rien ne permet vraiment de différencier le bas, le moyen et le haut de gamme. Reste à vous fiez à vos papilles et à déplorer le manque de certification pour que notre or noir atteigne la qualité qui fait sa renommée.

Un actionnariat de moins en moins belge

Le rachat de Galler par les Quatari a récemment fait grand bruit. Cependant, un actionnariat étranger n’affecte pas la qualité des produits des chocolatiers. Les nouveaux patrons ne pourraient plus bénéficier de l’image de la marque en cas de délocalisation. « Il n’est pas essentiel de se focaliser là-dessus : la nationalité du capital n’a rien à voir avec la nationalité du produit. Faisons la comparaison avec le vin : des Belges détiennent des châteaux en France, ces vins n’en sont pas moins français. Ce qui est important, c’est de garder l’emploi, la valeur ajoutée, le savoir-faire, l’expertise, l’innovation, la recherche et le développement », tempère Guy Gallet, qui affirme que le Belge privilégie souvent les enseignes des grandes marques ou l’artisan de sa région. Mais le secteur est néanmoins inquiet. Pour les artisans, le chocolat étant difficile à tracer, rien n’indique que le savoir-faire est préservé, ni que la qualité est au rendez-vous.

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