Photo : Alice Vandenbroucke
01
Mai
2016

ICI MOSCOU. Retour sur notre expérience journalistique moscovite et sur notre choc face à la manière russe de concevoir un reportage TV.

La façade de l'orphelinat qui sera au centre de notre reportage télévisé.

ICI MOSCOU. Retour sur notre expérience journalistique moscovite et sur notre choc face à la manière russe de concevoir un reportage TV.

01 Mai
2016

Making-of de notre reportage sur un orphelinat à Moscou

Le programme international de journalisme à l’Université d’État de Moscou nous a offert cette chance unique de découvrir le paysage médiatique russe. Dans un pays si critiqué par les journaux occidentaux, nous avions l’occasion de nous construire notre propre opinion. Dès les premiers jours, Angelina, une amie moscovite, nous fait savoir qu’elle ne fait pas du tout confiance en la télévision russe. « Je pense que la plupart des russes savent qu’il ne faut pas croire tout ce qui se dit à la télévision. On sait qu’elle est contrôlée par l’Etat. En revanche, la presse écrite a beaucoup plus de crédibilité. Par exemple, si l’État rachète un journal, il y a plus de chances que la rédaction démissionne pour garder son indépendance. Les personnes font beaucoup plus confiance à la presse papier et à celle en ligne », confie l’étudiante en mathématiques.

Sceptiques, Alice et moi-même voulions en savoir davantage sur la réalisation d’un reportage « à la russe ». Nous nous sommes alors inscrites naturellement à l’élaboration d’un TV Show en compagnie d’autres étudiants de l’université. À peine installés sur les bancs du plateau télévisé, les futurs journalistes nous exposent leurs projets : “La nourriture russe”, “les symboles nationaux russes” ou encore “les différents moyens de faire du tourisme à Moscou”… Des sujets qui nous laissent perplexes. En Belgique, nous avons pris l’habitude de traiter des thématiques plus “sérieuses”. Arrivent alors trois jeunes filles, Natasha, Vika et Dasha, qui nous exposent un projet plus crédible à nos yeux : les orphelinats en Russie. « Peu de centres dans le pays sont en bonnes conditions. Généralement, ils sont très mal perçus. Nous aimerions filmer un orphelinat d’Etat faisant office d’exception. » expliquent-elles. Toutes les deux, nous étions conquises par le sujet, nous semblant moins anecdotique que les autres.

Dès la fin du cours, nous nous concertons avec nos groupes respectifs. Un premier fait interpellant se produit. Après questionnement, nous constatons que nos collègues ne connaissent pas plus le sujet que nous. Mais, elles veulent déjà écrire un script. On s’interroge du regard : « Comment est-ce possible d’écrire un scénario sans connaître le sujet, ni même avoir contacté au préalable les personnes ressources ? » Mais, on joue le jeu.  Le deuxième choc survient en discutant sur ce que l’on va montrer dans le reportage. Nous avons dû redéfinir chacun à notre tour la notion de reportage et la façon dont nous l’envisagions. En Russie, pas de place pour l’improvisation. Tout reste très théorique et pointilleux.

Acteur ou journaliste ?

Nous allions donc réaliser un grand angle : un reportage dans lequel on traite en profondeur le sujet. Pour ce faire, il nous faut des moments de vie où nous laissons la caméra tourner sans interventions de notre part, des interviews d’experts, des témoignages, un personnage fil rouge et… un face caméra. Expliquer une situation face à l’objectif pourquoi pas, mais jouer un rôle, ça c’est autre chose. À cet instant, nous ne comprenons pas. Où est la place du journaliste ? S’effacer derrière la caméra au profit du sujet a toujours été notre but premier et les étudiantes russes nous demandent de devenir actrices dans notre propre reportage.

Nous négocions tant bien que mal pour éviter de se mettre en scène. En vain !  Le professeur de vidéo se justifie en argumentant que le public a besoin de voir le journaliste en situation réelle pour s’identifier. Cette pratique pourrait se défendre dans certain cas. Comme par exemple pour l’émission de la RTBF “On n’est pas des pigeons” où le journaliste essaie des produits ou dénonce une arnaque. Mais c’est plus délicat pour un orphelinat.

Au fur et à mesure de la préparation du tournage, le script ne cesse de changer. Arrive enfin le jour J où nous découvrons cet orphelinat. La barrière de la langue ne permettait malheureusement pas de participer aux interviews

Voici la vidéo que nous avons réalisé en Russie (le reportage est en anglais) :

Voix-off avant le montage

Le tournage terminé, nous nous réjouissions de faire le montage. C’est la partie la plus amusante, celle où nous ajustons les pièces du puzzle pour en faire une histoire. Fait surprenant encore, les étudiants russes disposent d’un monteur professionnel à l’école. De quoi effacer notre plaisir, mais nous insistons pour le réaliser nous-même.

Avant de commencer le montage, les filles écrivent la voix-off. Là encore, nous sommes ébahies. En Belgique, nous avons l’habitude de monter avant d’écrire la voix-off. Leur méthode n’est toutefois pas si mauvaise. Elle permet d’être plus rapide dans le montage, puisque nous savons exactement quelles images rechercher.

Après l’écriture de la voix-off, nous n’étions pas convaincues. C’était un peu trop cliché ou trop « parfait ». En montrant cet orphelinat, sous ses bons aspects, nous ne remettions pas en cause le système social russe. Pourtant, de nombreux articles de la presse occidentale décrivent les orphelinats d’États en Russie comme des institutions fortement délaissées. À travers ce reportage, nous aurions aimé soulever certaines questions plus délicates. L’école n’a simplement pas voulu que l’on aborde ces différents problèmes.

Malgré l’étonnement et de moments de longues négociations, nous avons appris énormément sur les médias russes à travers les méthodes de ces futures journalistes.

Notre avis n’en reste pas moins négligé. Pourtant, d’autres étudiants de l’IHECS qui se sont dirigés vers des projets en journalisme presse écrite et web n’ont pas subi une telle limite dans leur travail. Ils ont pu aborder la censure et les questions plus délicates en Russie à leur manière, sans restrictions. Nous pensons donc, par notre expérience, que le monde des médias est en évolution dans le pays. Mais, qu’il reste encore un long chemin à parcourir pour la télévision. 

 

Voici la vidéo que nous aurions voulu vous montrer finalement :

 

SEMAINE SPÉCIALE MOSCOU. Dans le cadre d’un échange à l’Université d’État Lomonosov de Moscou, 23 étudiants de l’IHECS ont intégré la faculté de journalisme pour une durée de deux semaines. Il s’agit de suivre un programme international sur le journalisme et ses enjeux en Russie.

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