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14
Avr
2017

Les outils numériques permettraient de faire évoluer notre démocratie vers une forme plus participative, ouverte et transparente. La réalité est pourtant plus mitigée.

Les outils numériques permettraient de faire évoluer notre démocratie vers une forme plus participative, ouverte et transparente. La réalité est pourtant plus mitigée.

14 Avr
2017

Les outils numériques, un nouveau souffle pour la démocratie ?

Pétitions en ligne, communautés sur les réseaux sociaux,… Il suffit aujourd’hui d’un seul clic pour se rallier à une cause et exprimer son opinion. Pourtant, les chercheurs sont unanimes : l’engagement politique des citoyens semble au plus bas. Partout en Europe, on constate un recul des adhésions partisanes, de la participation électorale et d’autres formes de mobilisation politique. La défiance envers les dirigeants et les institutions politiques ne cesse de croître. Notre démocratie, en tant que système représentatif, arrive à bout de souffle.

L’utilisation d’Internet en tant qu’espace d’innovation démocratique et d’expression citoyenne suscitait d’énormes attentes. Les outils numériques permettraient de faire évoluer notre démocratie vers une forme plus ouverte et transparente. Vincent Jacquet est doctorant en sciences politiques à l’UCL et s’intéresse de près aux processus de démocratie participative et aux innovations démocratiques. Il confirme : « Plusieurs mécanismes se développent pour associer le citoyen de façon plus ténue à la discussion, voire à la prise de décision. Là-dedans, Internet peut jouer un certain rôle puisque ça ouvre de nouvelles possibilités pratiques pour que le citoyen ait davantage son mot à dire. »

S’informer avant d’agir

Au-delà de leur puissant pouvoir de mobilisation autour de causes communes, les nouvelles technologies ont radicalement modifié le rapport des citoyens à l’information. Elles offrent aujourd’hui une nouvelle visibilité sur ce qu’il se passe à l’intérieur des institutions politiques traditionnelles.

Le mouvement d’open data, bien qu’ayant ses limites, s’inscrit dans cette démarche en rendant publique une série de données et de documents produits par les institutions. Que ce soit au niveau régional, fédéral ou européen.

Infographie : EU Integrity Watch – Aperçu des termes les plus courants qui apparaissent dans les sujets de réunion de lobbying européen.

Vincent Jacquet souligne le paradoxe actuel : « On n’a jamais eu autant d’informations, en tout cas de façade, mais ça ne veut pas dire que tout est transparent. Si on prend le cas de l’U.E , il y a énormément de communication grâce aux nouvelles technologies. Mais avec le reproche d’avoir également des négociations souterraines avec des lobbyistes, des coalitions entre le public et le privé avec des jeux d’influence. Et le citoyen face à ça, malgré le flux d’informations qui vient à lui, a l’impression de ne plus rien comprendre et que le système reste opaque. »

En réaction à ce manque de transparence, des plateformes telles que UE integrity watch voient le jour. Leur objectif est d’informer les citoyens sur le lobbying et sur les enjeux derrière les décisions prises par les corps européens.

Les outils numériques rendent aussi possible l’interpellation de nos élus sur différentes questions, grâce à des plateformes telles que transparencia.

Une participation citoyenne sans réel élan

La force d’Internet, c’est aussi de porter la voix citoyenne, via des processus de participation politique et de délibération en ligne. Plusieurs petites formations tentent de mettre en avant les processus de décision collaborative. C’est le cas par exemple des sections du Parti Pirate, qui utilisent des forums, une plateforme de prise de décision, un loomio et un pad, où chacun est libre d’amener une proposition que les autres consultent et critiquent, afin d’élaborer un programme commun.

Ce type de projets participatifs a davantage d’impact lorsqu’ils émanent des pouvoirs publics eux-mêmes. Ils sont alors intégrés dans le processus d’action publique, et les élus sont chargés de rendre compte aux citoyens de ce qu’ils ont fait par rapport aux recommandations. Certains partis politiques traditionnels s’inscrivent dans ce mouvement. Ainsi, Ecolo a récemment lancé son Ecolab, dans une volonté de construire son programme avec des citoyens. Une première phase en ligne permettait à chacun de diffuser ses idées, avant une discussion en face-à-face avec les citoyens.

Vincent Jacquet souligne une première barrière à la participation citoyenne : « Lorsque ces initiatives sont organisées par des partis politiques, ce ne sont souvent que les adhérents qui y participent. » Il poursuit en soulevant un second problème : « C’est toujours dans une idée d’agrégation : il y a la possibilité de donner son avis en ligne, mais on n’est pas dans une logique de délibération. » Ce qui est certain, c’est que pour les participants, ces processus renforcent l’engagement politique et la politisation des citoyens.

La question se pose alors de savoir s’il existe réellement un engouement face à cette ouverture citoyenne. Vincent Jacquet affirme : « Dans la pratique, seulement une petite minorité accepte d’y participer. » Même si on remarque que cette minorité grandit. « Si on va chercher les gens pour participer aux dispositifs, certains répondent à l’appel et on arrive à les mettre en place. Mais on ne peut pas parler d’un élan envers ceux-ci. »

De ses travaux, le chercheur a tiré le constat que seuls 3% des personnes sélectionnées répondaient positivement à l’appel pour des projets participatifs. Il identifie deux raisons à cette défection : « D’une part, beaucoup de gens pensent que la politique, c’est l’affaire d’élus. Ils ne s’en sentent pas capables, ont peur de parler en public, ont l’impression qu’ils ne sont pas légitimes et qu’il vaut mieux demander aux experts. D’autre part, intuitivement, ils sentent bien que ces dispositifs n’ont pas un grand pouvoir. »

Une nouvelle vision de la citoyenneté

Les outils promouvant des solutions numériques pour la démocratie sont là, même si leur potentiel n’est pas encore pleinement exploité aujourd’hui. Quelle piste de solution peut-on alors envisager pour que les citoyens s’en accaparent et transforment notre démocratie ?

Pour le politologue, il s’agit de repenser la mise en place des dispositifs, d’offrir une meilleure visibilité aux projets, de multiplier les appels et de mettre en place des dispositions pratiques pour faciliter la participation des citoyens. Mais surtout, il conviendrait plus largement de concevoir la participation citoyenne au sein d’enjeux globaux. Nous ne sommes pas habitués, au sein de nos sociétés actuelles, à prendre part au processus politique. Dès lors, il s’agit de « remettre complètement en question la façon dont les citoyens se représentent leur rôle de citoyen et le rôle qu’ils souhaitent avoir dans l’espace politique. Ça passe par une réflexion gigantesque et fondamentale sur l’école, l’éducation, apprendre à vivre avec les autres, comment s’organiser pour s’auto-gouverner. »

Cet énorme chantier va de pair avec une évolution de l’image que l’on donne de la politique au sein des médias : « Si on insiste continuellement sur l’idée que la politique, c’est avant tout une course de chevaux en essayant de savoir qui va arriver premier en fonction de compétences purement individuelles, extrêmement personnalisées, sur le style de tel ou tel candidat…  On est à l’opposé d’une vision d’une citoyenneté plus active. »

Oriane Renette

Dossier spécial “démocratie participative”

La démocratie participative peut-elle offrir une piste sérieuse de renouveau politique ? Qui touche-t-elle ? Que proposent, d’une part, les nouveaux acteurs et, d’autre part, les partis traditionnels comme réflexions ? Le Bruxelles Bondy Blog répond à toutes ces questions.

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