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Mannequin habillée avec les vêtements de Pauline Bertrand
12
Nov
2015

Ne la qualifiez pas d'artiste, mais bien de "créatrice". Pauline Bertrand est l'un des espoirs de la mode belge révélée lors des Brussels Fashion Days

Photo : Rosaria D'aquino

Ne la qualifiez pas d'artiste, mais bien de "créatrice". Pauline Bertrand est l'un des espoirs de la mode belge révélée lors des Brussels Fashion Days

12 Nov
2015

Pauline Bertrand, portrait du stylisme belge de demain

« Je ne suis pas une artiste, je suis une créatrice. C’est autre chose ! » Pauline Bertrand, jeune styliste audacieuse et joyeusement chaotique de 22 ans vient tout juste de participer aux Brussels Fashion Days et son ascension dans le monde de la mode n’est sans doute pas finie.

Elle vient à peine de s’asseoir à table et son pied martèle déjà nerveusement le sol. « Je ne suis pas médiatique » concède-t-elle. Visiblement mal à l’aise de se prêter au jeu de l’interview, son débit est rapide. Cependant, il lui faudra à peine deux minutes pour que la raison laisse place au cœur et qu’elle se sente en terrain connu, celui de la création.

Pauline est une passionnée, éprise de mode depuis qu’elle sait en parler, elle fonctionne au coup de cœur et son parcours est le reflet de ses envies : « J’ai toujours été attirée par la mode. Suivre des études de stylisme, c’était comme réaliser un rêve. J’ai donc entamé un cursus à Francisco Ferrer, école nichée au centre de Bruxelles, mais mon amour pour l’art m’a également poussé à suivre des études d’histoire de l’art. J’étais comblée, je réunissais l’étude de mes deux passions et je réussissais. Cependant, en deuxième année ce n’était plus possible pour moi de poursuivre deux enseignements. A regret, j’ai donc été contrainte d’abandonner l’histoire de l’art. »

“Art et science ne sont pas antinomiques”

Heureusement, cette sensibilité ne l’a jamais quittée. « En 1ère année, j’ai créé une robe d’inspiration gréco-romaine. Je me suis également inspirée des sols que j’avais pu admirer lors d’un voyage en Islande pour une autre création. » La jeune styliste se plait à toucher à tout, à expérimenter des univers et des horizons divergents et à s’en nourrir. « Selon moi, les secteurs artistiques et scientifiques ne sont pas antinomiques.  L’art et les sciences font partie intégrante de notre histoire et ces influences sont indispensables à mon développement personnel et à l’élaboration de mes collections. » Les références à l’art sont nombreuses dans les créations de Pauline. Elle veut d’ailleurs toucher un public qui puisse reconnaître ces connotations artistiques.

L’influence de l’art brut

Elle parle aussi vite qu’elle pense et il est parfois difficile de la suivre au fil des idées qui lui passent par la tête. Mais entre deux respirations, elle se livre sur ses influences lors de sa dernière collection. « Je me suis intéressée à l’art brut. C’est un art indemne du regard de la société extérieure ». Souvent utilisé lors de pratiques thérapeutiques avec les personnes souffrant de maladies mentales, l’art brut confronte chacun à  un ressenti. « Ce qui est intéressant avec les malades mentaux, c’est qu’ils sont réellement dans leur monde. Ils sont imperméables aux influences extérieures. Ils sont capables de créer des choses qui viennent entièrement d’eux. »

Pauline clôture le Brussels Fashion Days entourée de ses mannequins   © Catwalkpictures.com

Pauline clôture le Brussels Fashion Days entourée de ses mannequins © Catwalkpictures.com

Paradoxalement, Pauline, elle s’est laissée submerger par l’influence de cet art afin de l’exploiter dans ses motifs. « Je suis une inconditionnelle des motifs. J’ai donc fait appel à un jeune artiste ‘Gil’ pour réaliser ceux de ma dernière collection. » Cette collaboration permettait à la jeune styliste d’entrelacer l’art et la mode. « Gil s’est adapté aux couleurs de ma collection et a crée un monde de personnages loufoques, de monstres, et d’autres motifs afin d’en créer un imprimé. » Pauline a également rajouté sa patte en y intégrant des photos qu’elle avait prises à Paris en découvrant une station de métro qui avait brûlé. « C’était magnifique, ces affiches calcinées provoquaient un effet dingue ! ».

Mais il n’y a pas que dans les motifs que Pauline a décidé d’exploiter l’art brut, elle s’est aussi amusée à utiliser des matériaux de récup’ comme base de ses collections. Elle a par exemple utilisé des tuyaux achetés dans un magasin d’électronique et de l’antidérapant pour réaliser des mailles. « Ce qui est génial, c’est de sortir des sentiers battus et d’implanter des matériaux extérieurs dans l’univers de la mode. »

« Ce que je vais faire demain ? C’est vraiment la question qui tue »

La jeune femme a été sélectionnée par les représentants de chez MAD afin de participer à l’édition 2015 des Brussels Fashion Days qui s’est déroulée dans le centre de la capitale. « J’ai eu beaucoup de retours positifs, tant de la part du personnel encadrant que des professionnels et du public. On m’a souvent dit que j’avais osé.»

Aujourd’hui, la jeune créatrice a repris des études de biologie, mais si ça ne tenait qu’à elle, elle cumulerait encore plusieurs études. En ce qui concerne la mode, Pauline ne nous dévoilera rien de ses futurs projets. Néanmoins, il y a fort à parier que c’est dans ce milieu qu’elle va bientôt se réaliser. Si elle est la première à en douter, les connaisseurs, eux, en sont convaincus. « On me demande souvent de commercialiser ma collection. Ma veste en fourrure a d’ailleurs un véritable succès, mais si je devais la vendre, elle coûterait environ 1400 euros. » Tout le monde ne peut pas se permettre ce genre de folie et Pauline en est consciente.

La clientèle qu’elle aimerait viser aurait un profil plutôt aisé, amateur d’art et de pièces uniques. S’il n’est pas possible de commercialiser ses créations à grande échelle en raison des matériaux utilisés, elle se voit tout de même réaliser quelques pièces coup de cœur pour le public. « Aujourd’hui, le client est le plus gros frein. Il aime le pratique et le prêt-à-porter basique. Ce n’est pas une critique, je peux comprendre ce comportement, mais ça m’attriste. »

La créatrice aimerait que le public ose plus, qu’il soit plus à l’écoute de ses envies et non des dictats du marché. « Tu n’achèteras pas mes vêtements car ils sont pratiques, mais parce qu’ils t’attirent et tu les porteras quitte à en souffrir ».

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