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Douglas Quintet
18
Oct
2015

Quand Flagey invite Douglas, les solos deviennent des histoires qui touchent et passionnent. Plongée au cœur du Hello Jazz Festival.

Dave Douglas à la trompette, entouré de son quintet (Photo : BBB)

Quand Flagey invite Douglas, les solos deviennent des histoires qui touchent et passionnent. Plongée au cœur du Hello Jazz Festival.

18 Oct
2015

Sous la fine pluie de notes du quintet de Dave Douglas

Comme une fine pluie d’été. Comme un flux musical doux, par vagues. La trompette et le saxophone rejoignent le piano, l’appuient de notes tenues, légèrement dissonantes. Le son rond de la contrebasse accompagné de gouttelettes de cymbale coupées par les claquements de la caisse claire plonge dans le mélange. Le volume augmente, la tension aussi. Le public reste coi.

Les cinq musiciens maîtrisent l’espace sonore du “Studio 4” de Flagey, tantôt le vident tantôt l’emplissent, leurs talents respectifs au service du morceau exécuté. Comme une bête vivante, ce dernier grandit, se débat, pousse enfin un cri, éclate en un solo. C’est le saxophone. Porté par le groupe, il virevolte, accélère, expulse des volées de notes à chaque respiration. Il passera la main à la trompette, au piano puis à la contrebasse et enfin à la batterie. Le dernier solo laisse retomber la tension lentement, s’achève en réintroduisant la mélodie du début. Les instruments s’apaisent, le public aussi. Le groupe laisse échapper un soupir : deux notes, à l’unisson. Une. Une autre. Silence. Deux dernières. Applaudissements.

Un groupe soudé

Linda Oh (Contrebasse), Matt Mitchells (piano), Rudy Royston (Batterie), Jon Irabagon (saxophone) forment le quintet créé par Dave Douglas (trompette). Dans une mouvance purement jazz moderne depuis l’album “Be Still” (orienté folk), la formation a pris en assurance et joue sur scène comme un seul homme, un seul instrument. En résulte une impression très organique d’une entité scénique, complète, formée de musiciens hors pair possédant une technique, une clarté et une justesse surprenantes.

Douglas pense le jazz comme musique progressive. Depuis des années déjà, inspiré par Booker Little,  il explore plus loin que la base “thème-solo-thème” imposée par le jazz classique, “frustrante” selon lui. A partir d’idées, de thèmes assemblés, de rythmes complexes et d’harmonisation saxophone/trompette aux tensions à la limite de la dissonance, il compose les morceaux de son dernier album “Brazen Heart”, joués sur scène ce vendredi 16 octobre.

Un voyage vers le cœur de Douglas

Douglas et Irabagon

Dave Douglas, jouant aux côtés de son saxophoniste Jon Irabagon

Pour une oreille inaccoutumée qui viendrait se perdre dans le monde sonore complexe de Douglas, l’expérience peut se révéler cacophonique. La trompette joue dans un sens, le saxophone dans l’autre, le piano se borne à des accords répétés tandis que la batterie claque de-ci de-là sans structure apparente, les notes s’envolent et sans avoir pu identifier un thème répété l’ensemble passe à la partie suivante.

Faut-il tendre l’oreille plus finement pour comprendre ? Au contraire. La musique du quintet se comprend en terme d’émotions partagées avec le public. Douce, la musique donne la sérénité, elle s’emballe et transmet sa torpeur, de la colère, de la peine, puis se calme en une tranquille mélancolie. Les jeux de lumière et de couleurs amplifient ces émotions. Du bleu au rouge, stagnant au jaune pour une passe indécise, elles correspondent savamment aux humeurs exprimées par les musiciens et les compositions de Douglas.

Vers la fin de la représentation, Douglas remercie le public et donne lui même les clefs de compréhension de sa musique. “Merci à tous d’avoir partagé ces moments avec nous. Le répertoire de ce soir était tiré de l’album “Brazen Heart” qui parle de comment la musique peut aider à traverser certains moments difficiles de la vie.” Sans plus de détails, il explique ensuite comment il tournera cette année sur Terre et l’année prochaine sur Mars. De quoi détendre le public avant de terminer son set.

Quand Douglas écrit “Brazen Heart”, il vient de perdre son frère, emporté par le cancer. “Be Still”, déjà, se voulait preuve que la musique aide à transcender la mort et les phases du deuil. Sur scène, Douglas se laisse partir. Il se donne au public autant qu’à lui même et quand il fait une pause pour le remercier, sa sincérité ne fait pas de doute. Souvent au cours du set, il s’appuie sur le piano, ferme les yeux et écoute ses musiciens. Alors, même ses lunettes de soleil fantaisistes à bords jaunes ne trompent personne, il est ému.

Si le jazz raconte des histoires qui vont droit au cœur, Dave Douglas s’applique à transporter le public dans la sienne. Avec justesse et maîtrise.

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One Response to “Sous la fine pluie de notes du quintet de Dave Douglas”

  1. duboisfrance@hotmail.be' France Dubois dit :

    Belle plume, belle sensibilité, belle intelligence émotionnelle. Beau décodage et bel article donc.
    Si le Jazz raconte des histoires qui vont droit au coeur, ces deux Alexandre en ont bien pris de la graine !

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