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Manifestation nationale du 6 novembre
19
Déc
2014

Le droit de grève contre le droit du travail ? La question divise la population. Analyses.

Lors de la manifestation nationale du 6 novembre 2014. Photo : BBB

Le droit de grève contre le droit du travail ? La question divise la population. Analyses.

19 Déc
2014

Un mouvement de grève qui divise

Les récents mouvements de grève organisés sur l’ensemble du territoire ont, en plus d’alimenter l’actualité, fait naître un sentiment de colère au sein de la population. Face aux grévistes, ceux qui ont fait le choix de travailler refusent d’être pris en otage. Plusieurs organisations se sont mobilisées pour rappeler leur droit à aller travailler alors que des députés MR à la Chambre ont été jusqu’à imaginer une proposition de  loi allant dans ce sens. A quelques semaines de la fin de l’année, la Belgique est plus divisée que jamais. Ambiance.

Ring de Bruxelles à hauteur d’Anderlecht, le 5 décembre dernier. Ce qui devait être une matinée normale pour les automobilistes empruntant ce grand axe routier de la capitale s’est rapidement transformée en cauchemar. En cause, des grévistes qui, dans le but de protester contre le nouveau gouvernement, bloquent les routes. Rapidement, le ton monte, des noms d’oiseaux sont échangés et certains forcent les barrages, manquant de peu de renverser des syndicalistes. Cette scène impressionnante qui s’est répétée un peu partout en Belgique résume assez bien la situation actuelle : le pays est actuellement divisé. Entre les grévistes et ceux qui veulent aller travailler, la tension est à son comble.

« Pas là pour se faire des ennemis »

Le conflit avec leurs semblables, les syndicalistes à l’origine des grèves ne l’ont en tout cas pas voulu. Au contraire. « Nous ne sommes pas sortis dans le froid pendant tout une journée pour se faire des ennemis », explique Christophe Van Calster, délégué syndical chez Bruxelles-Propreté. « Les médias extrapolent beaucoup.  Nous n’avons empêché personne d’aller au travail. Ce que nous faisons, c’est leur prendre cinq minutes de leur temps pour les sensibiliser par rapport à la situation. Nous les ralentissons pour qu’ils prennent conscience de nos actions ». Un filtrage qui passe mal auprès de certains automobilistes. « Je peux comprendre que cela puisse agacer mais cette action est nécessaire face à la politique du gouvernement. Si nous ne nous révoltons pas et restons les bras croisés, quel avenir nous attend ? ». Et quand on lui demande s’il n’existe pas de manière plus efficace de faire grève, la réponse de Christophe Van Calster est claire:. « Aller manifester dans le froid à la fenêtre des bâtiments du gouvernement alors que eux sont au chaud ne m’intéresse pas. Cela risque plus de nous frustrer qu’autre chose. Il faut paralyser les activités et la manière la plus efficace reste de filtrer les routes et les transports ».

Paralysie, pression et intimidation

Christophe Van Calster l’assure, il n’y a une aucune forme d’intimidation auprès des citoyens de la part des syndicalistes. « Je ne crois pas qu’un syndicaliste puisse exercer la moindre pression sur un citoyen. Ça irait à l’encontre des principes pour lesquels nous sommes descendus dans la rue. Et puis, se mettre des gens à dos serait ridicule puisque notre objectif est justement de rallier les citoyens à cette cause». Il y a pourtant eu des endroits où les syndicalistes n’ont pas laissé le choix aux non-grévistes. C’était le cas à l’ULB. Les syndicalistes de l’université bruxelloise n’ont pas hésité à interrompre les cours et demander aux étudiants et professeurs de quitter les lieux. Une attitude très mal perçue par le Cercle des étudiants libéraux. « Prendre des étudiants en otage n’apportera rien aux mouvements de grève », explique, agacée, la présidente du Cercle Catherine Cools. « Le Cercle des étudiants libéraux invite les grévistes et les étudiants qui souhaitent leur être solidaire à aller exercer leur droit de grève et à aller adresser leurs reproches sous les fenêtres des personnes à qui ils adressent leurs revendications ».

« Les dynamiques sociales collectives sont indispensables »

En cette période de Fêtes, la Belgique semble donc plus divisée que jamais. Un constat alarmant mais logique vu la politique du gouvernement selon Corinne Gobin, sociologue et professeur en Sciences Politiques à l’ULB. « Cette désolidarisation découle d’une mauvaise compréhension de ce qu’est une société et ses dynamiques sociales. Cela est notamment dû au néo-libéralisme qui pense en termes individuels alors qu’une société est nécessairement un réseau complexe d’interdépendances et d’inter-solidarités. On a réussi à nous faire oublier que l’homme est un être social ; sans la société, il n’existe pas. Dire que chaque individu a le droit de faire ce qu’il veut : s’enrichir sans limites, installer sa maison là où il veut, aller travailler alors que son collectif salarial est en grève…est infantil. En tant qu’adultes, nous sommes tous traversés par des responsabilités sociales».

Corinne Gobin rappelle enfin l’importance du mouvement syndical. « Sur le plan de la dynamique d’un mouvement syndical, réussir à mobiliser de nombreux salariés à faire la grève dans le contexte actuel en Belgique est une belle réussite. C’est la preuve qu’il y a encore une conscience collective de la nécessité d’être solidaire pour faire fonctionner une société de façon démocratique. Prenez, par exemple, les pays où il n’y a pas de droit syndical : la très grande majorité de la population vit dans une extrême pauvreté, à la limite de l’esclavage… Le syndicalisme est un des verrous démocratiques-clé pour empêcher une société de sombrer dans la tyrannie. »

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