Marie-Hélène Ska, lors du congrès sur la participation des travailleurs, à Ostende.
01
Juil
2015

Première femme à la tête de la CSC, elle parvient à incarner le monde syndical reconnu pour être dur et passionnel.

Première femme à la tête de la CSC, elle parvient à incarner le monde syndical reconnu pour être dur et passionnel.

01 Juil
2015

PORTRAIT. Marie-Hélène Ska. Une main de fer dans un gant de velours

Engagée au sein du syndicat chrétien depuis près de 25 ans, Marie-Hélène Ska défend les droits des travailleurs avec une conviction légendaire. Récemment, la secrétaire générale de la CSC n’a pas épargné son homologue de la FGTB Marc Goblet, en dénonçant son copinage avec le PS. Portrait d’une syndicaliste qui ne fricote pas avec les politiques.

Les 23 et 24 avril 2015 s’est tenu le congrès statuaire de la CSC (confédération des syndicats chrétiens), un rassemblement d’une grande envergure organisé tous les quatre ans. Près de 900 congressistes étaient réunis au sein du Kursaal d’Ostende afin de concerter sur un thème central : la participation des travailleurs. Autour de la table, les membres du bureau journalier de la CSC, son directeur flamand Marc Leemans et son récent bras droit : Marie-Hélène Ska. L’écoute attentive et le regard déterminé, elle occupe depuis un an et avec brio sa place sur le banc des dirigeants.

À 45 ans et mère de famille, Marie-Hélène Ska représente depuis le 17 mars dernier le nouveau visage de la CSC, succédant à Claude Rolin devenu député cdH européen. Depuis, sous les directives de cette femme rigoureuse et exigeante, les affaires semblent être rondement menées au sein de l’organisation. Pendant quinze ans attachée au service d’études en charge des matières emploi, formation et enseignement, puis occupant le poste de secrétaire nationale de 2009 à 2014, Marie-Hélène Ska a su gravir les échelons de la scène syndicale tout en se forgeant un tempérament hors du commun. « C’est une main de fer dans un gant de velours. Moi je n’en connais pas beaucoup des femmes comme ça, c’est une personnalité très particulière » confie l’un de ses proches. Au fil des années, elle est parvenue à s’imposer et à se faire respecter dans un milieu proche du monde politique, réputé pour être brutal et encore très masculin.

Dans ce métier, il est “normal d’être en contact avec les politiques”

Tout comme dans le monde politique, le rapport de force et l’art du compromis sont de rigueur dans l’univers syndical. Pour la plupart des collaborateurs de Mme Ska, c’est en raison de cet environnement rude et parfois machiste que lui est attribué un caractère fort et obstiné. « C’est une vraie syndicaliste. Et les personnalités syndicales sont des personnalités parfois un peu brut de décoffrage. » confirme un proche collaborateur. Ce lundi 30 mars, la syndicaliste n’avait pas mâché ses mots au sujet de l’indépendance politique des syndicats, reprochant à Marc Goblet d’être trop proche du PS. Malgré les coudoiements inévitables entre politiques et dirigeants syndicaux, à la CSC le mot d’ordre est clair. « Nous sommes indépendants de l’église, indépendants de l’État, et j’ajoute toujours que nous sommes indépendants de la politique. » affirme le directeur de la CSC, Marc Leemans. Pour Marc Goblet, secrétaire général à la FGTB, afficher publiquement son opinion politique n’enlève rien à l’indépendance syndicale. « Sauf tout le respect que j’ai pour elle, je n’ai aucune leçon d’indépendance à recevoir de Mme Ska. Dans le métier qu’on fait, il est tout de même normal d’avoir des contacts avec les politiques ! »

Des convictions de gauche

Quant à savoir si la secrétaire générale du syndicat chrétien est plus proche d’un parti plutôt qu’un autre, elle est la première à s’en défendre. « Oui, le monde politique et le monde syndical sont très proches. Mais les valeurs qui sont les nôtres ne sont pas celles des politiques. » déclare-t-elle. « Je pense que c’est une femme qui a des convictions de gauche, mais elle ne s’afficherait jamais avec un politique. Elle s’est d’ailleurs défendue d’être sympathisante Ecolo ou cdH, comme ça lui a déjà été reproché » explique un proche collaborateur.

Claude Rolin, ancien secrétaire général à la CSC le confirme : « On se garde toujours de faire de la politique, bien que l’on soit toujours à la frontière entre les deux. » Marie-Hélène Ska sait donc parfaitement faire la différence entre son rôle de syndicaliste et celui des politiques qu’elle estime très différent.

Et si son prédécesseur Claude Rolin, a quitté l’organisation syndicale pour s’engager dans la sphère politique, elle prétend ne pas vouloir suivre l’exemple. « Elle pourrait tout à fait monter dans les hautes sphères car elle a les épaules pour » commente Marc Leemans. Mais ni elle, ni ses proches ne l’imaginent s’engager un jour dans la politique. « Il y a une force de conviction dans le syndicalisme qui lui plaît davantage que ce que l’on peut retrouver en politique » explique l’un de ses proches, « elle a besoin d’être en contact avec la base, sur le terrain et proche des gens, beaucoup plus que ne le sont les politiques. »

Marie-Hélène Ska, aux côtés de Marc Leemans pendant la dernière séance du congrès.

Marie-Hélène Ska, aux côtés de Marc Leemans pendant la dernière séance du congrès.

Un sens prononcé des négociations

Une personnalité forte, parfois têtue et souvent directe, voici comment Marie-Hélène Ska est décrite par son entourage. À peine sortie de l’université où elle avait déjà commencé à se forger une conscience très militante, elle intègre le milieu syndical où elle se construira progressivement sa farouche carapace. Réputée pour exceller dans les nombreuses fonctions qu’elle occupe, la secrétaire générale du syndicat chrétien est surtout appréciée pour ses capacités en négociations. Beaucoup lui reconnaissent en effet une excellente connaissance des dossiers grâce à laquelle elle ne laisse rien au hasard. C’est avec un esprit technique et réfléchi qu’elle parvient à tirer son épingle du jeu quand il s’agit de décrocher certains accords. « Dans les négociations, au sein du groupe des dix et avec les travailleurs, elle a historiquement toujours été très bonne » affirme un proche collaborateur.

Même Marc Goblet, son détracteur à la FGTB, lui reconnaît une aisance plus prononcée au sein du groupe des dix : « Elle sait beaucoup mieux s’adapter que moi avec les gens de la FEB ». Philippe Godfroid, directeur de l’UCM qui occupe le banc opposé lors des réunions du groupe des dix le confirme : « Elle a un sens très prononcé des négociations, beaucoup plus que d’autres. C’est un excellent partenaire social ».

Ne pas jouer l’homme quand on est une femme

Première femme à la tête de la CSC, elle parvient sans difficultés à incarner le monde syndical reconnu pour être un environnement dur et passionnel. « Les milieux syndicaux sont des milieux où il y a beaucoup d’émotion et où les gens ont besoin de s’affirmer, de s’épancher. Si l’on cherche une épaule pour pleurer, ce n’est certainement pas chez elle qu’il faut aller » commente l’un de ses proches collaborateurs.

Numéro deux d’une organisation syndicale de 3500 travailleurs, le fait d’être une femme est loin de la troubler. Favorite sur la liste des remplaçants au poste de secrétaire générale en mars dernier, cette caractéristique a tout de même représenté un signal fort pour la CSC. « Le fait qu’elle soit une femme, c’est très bien. Mais si Marie- Hélène avait été un homme, ça n’aurait rien changé ! » déclare Claude Rolin. « Dans ses précédentes fonctions, elle a prouvé qu’elle pouvait assumer la fonction de secrétaire générale. Ça ne pouvait être qu’elle compte tenu des capacités que tout le monde lui reconnaissait. » Pour elle, être une femme ne présente donc aucune difficulté supplémentaire : « Il suffit de ne pas vouloir jouer à faire l’homme quand on est une femme, il faut rester ce qu’on est » dit-elle. La parité du genre est d’ailleurs fièrement proclamée au sein du bureau journalier de la CSC.

Cependant, beaucoup s’entendent à dire que le milieu syndical reste historiquement très machiste. « L’image du syndicaliste, c’est un mec de plus de 50 ans, travailleur dans l’industrie ; c’est un fait historique. L’histoire du syndicalisme est beaucoup trop masculine, trop peu respectueuse de l’égalité des genres » déclare Claude Rolin.

Marie-Hélène Ska sait néanmoins assumer son poste de dirigeante syndicale, tout en gérant son rôle de maman. Quant à sa vie privée, elle met un point d’honneur à préserver son jardin secret en restant d’une discrétion remarquable. « Vous savez, quand on s’engage à la CSC ce n’est pas pour faire la Une de Paris Match ! »

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2 Responses to “PORTRAIT. Marie-Hélène Ska. Une main de fer dans un gant de velours”

  1. labberobert@hotmail.com' Labbé Robert dit :

    Merci Marie-Hélène, je suis délégué et je sais que je oeux compter sur un soutient inconditionnel de mes instances.
    Bonne continuation et sache que nous serons tous toujours là pour te soutenir

    Robert

  2. paulequevrain@hotmail.be' Paule dit :

    Très beau portrait où je reconnais bien ce que je connais, en tant que militante, de M-H Ska!

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