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07
Nov
2015

Une discrimination selon la communauté homosexuelle persiste en Belgique. Maggie De Block cherche des solutions.

En France, seuls les homosexuels n’ayant eu aucune relation sexuelle pendant un an pourront donner leur sang.

Une discrimination selon la communauté homosexuelle persiste en Belgique. Maggie De Block cherche des solutions.

07 Nov
2015

Le don du sang toujours interdit aux homosexuels en Belgique

Chaque semaine, la Croix-Rouge a besoin de plus de 4.200 donneurs de sang en Belgique. Pourtant, le gouvernement fédéral maintient ses restrictions. Les conditions d’accès des donneurs sont drastiquement contrôlées. La sécurité et la santé des receveurs s’en trouvent renforcées. Seulement, ces restrictions peuvent, dans certains cas, engendrer des discriminations. L’exemple est tout trouvé : les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes. Ceux-ci ne peuvent pas donner leur sang.

Le sujet revient sur le tapis en Belgique, car nos voisins français viennent de légaliser le don de sang par les homosexuels. Légaliser, pas entièrement. Il ne s’agit pour l’instant que d’un assouplissement. Seuls les homosexuels n’ayant eu aucune relation sexuelle pendant un an pourront donner leur sang. Vous avez bien lu : aucune.

A titre de comparaison, les hétérosexuels belges et français ne sont pas, eux, invités à l’abstinence. La seule condition au don de sang pour eux est de n’avoir pas changé de partenaire depuis au moins quatre mois.

La nouvelle provoque l’indignation de nombre d’homosexuels en France. Mais Simon Labouyrie, militant pour la cause homosexuelle au sein du parti socialiste français, estime « qu’il s’agissait d’une nécessité en France. » Pour lui, la décision française n’est pas timide. Il s’agit simplement d’une ouverture prudente de la loi. Prudente, « et intelligente. Ce qui me rassure, c’est qu’il y a un calendrier qui est mis en place. On avance clairement. On va avoir un mécanisme scientifique qui va servir de preuve. » En 2017, si les résultats scientifiques produisent un résultat concluant, le don du sang par la communauté homosexuelle devrait être entièrement autorisé.

Simon Labouyrie conçoit que « certains soient frustrés par cette loi. Je comprends les réactions indignées. L’ouverture de la législation peut paraître restrictive. Mais elle ne l’est pas, dans le fond. Il faut aller plus loin. Mais il n’y aura de la frustration que pendant un an. Après, on sera réellement fixé et tout le monde pourra donner. »

Maggie De Block fait bondir Ex Aequo

En Belgique, la situation reste complexe. Pour l’instant, les homosexuels n’ont pas accès au don du sang. Interdiction totale. Pourtant, en avril 2015, la ministre belge de la Santé, Maggie De Block, a mandaté des experts. Ceux-ci sont censés déterminer dans quelles mesures une ouverture du don du sang aux homosexuels est possible. Le plan d’action de ce groupe de spécialistes se déroule en deux phases. La première phase est scientifique. Il s’agit de tenter d’expliquer, preuves matérielles à l’appui, les critères d’exclusion du don sanguin des hommes sexuellement actifs avec d’autres hommes. La seconde phase se concentre sur les préoccupations sociétales de la problématique.

Pour l’instant, l’audition de ces spécialistes n’a pas encore rendu son verdict. Néanmoins, Olivier Bertrand, porte-parole de la Croix-Rouge, confirme : « Même si notre organisation n’est pas partie prenante dans cette prise de décision, on est au courant. On sait que cela bouge vraiment en coulisses. Maggie De Block veut un dénouement dans ce dossier ».

La proposition est belle. Pourtant, elle indigne Safia Soltani, responsable de projet pour Ex Æquo, une association qui se bat pour sensibiliser, accompagner et défendre la communauté homosexuelle en Belgique. Plus encore, l’ASBL a un rôle important dans la lutte contre la propagation du VIH dans la communauté gay. Pour Safia Soltani « il faut prendre le problème à la base. Il faut combattre la cause première de l’interdiction au don du sang. » Et cette cause première, c’est le SIDA. Il faut donc combattre la propagation du virus. Elle poursuit : « Maggie De Block est  hypocrite. D’un côté, elle veut ouvrir le don du sang aux homosexuels. D’un autre côté, elle met des barrières. Elle ne fait rien pour combattre réellement le SIDA. On propose chez nous un dépistage démédicalisé et délocalisé. On recevait 44.000 euros de l’INAMI. » Pour l’année 2015, cette subvention a été annulée, tout simplement. Selon Safia Soltani, le cabinet de Maggie De Block « a fait pression sur l’INAMI pour supprimer cette donation ».

don du sang en toute sécurité

Affiche fournie lors de l’entretien précédant la prise de sang. Les candidats doivent également remplir un questionnaire très détaillé. © Rodrigue Jamin

Toujours plus d’homosexuels contaminés par le virus HIV

Cette interdiction du don a été créée à la suite de l’explosion du SIDA dans les années 80 et aux affaires de sang contaminé qui ont fait scandale à l’époque. La loi réglementant le don du sang a été promulguée en juillet 1994. La Croix-Rouge, dans ses prélèvements, « ne fait qu’appliquer les restrictions imposées par l’État, confie Olivier Bertrand. Notre rôle, c’est d’effectuer la prise de sang avec la plus grande précaution possible. On doit être extrêmement prudent. La sécurité et la santé des receveurs en dépendent ».

Les chiffres continuent de le prouver, la communauté homosexuelle est continuellement touchée par le virus. En Belgique, les derniers chiffres datent de 2013. Il y a eu 1150 nouveaux cas. 51% d’entre eux touchent des homosexuels. Proportionnellement, c’est énorme.

Thibaut, volontaire chez Ex Æquo, a une approche intéressante. Pour lui, « les gays ne sont pas stupides. On est bien conscient qu’on est une communauté à risque. Quand on sait qu’on prend des risques dans sa sexualité, qu’on a un multi partenariat fréquent, on ne va pas aller donner son sang. Nous sommes bien plus responsables. »

Safia Soltani est encore plus claire : « La communauté homosexuelle se fout de ce débat. Il y a d’autres avancées plus importantes à faire ». Julien, la trentaine et homosexuel, confirme ces propos : « Se faire casse la gueule en rue ou insulter, c’est à mon sens plus important que de ne pas pouvoir donner son sang ». Il nuance néanmoins. Pour lui, le principe de précaution appliqué « est compréhensible. Cela dit, pour les gays comme moi, qui sont ‘clean’ et qui n’ont pas de comportements à risques, c’est difficile à accepter. La généralisation de cas particuliers n’est jamais très bonne ».

Ex Æquo craint de voir la lutte contre le Sida à nouveau reléguée dans « les choses dont on s’occupera plus tard ». La Belgique détient un des plus mauvais scores en Europe. Le débat est donc peut-être ailleurs que dans l’attribution du don de sang aux homosexuels.

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