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16
Mar
2018

Ils choisissent de créer leur média, mais ces journalistes start-uppers répondent-ils à une demande du public ?

Ils choisissent de créer leur média, mais ces journalistes start-uppers répondent-ils à une demande du public ?

16 Mar
2018

Les créations de médias, délire de journaliste ou réel besoin ?

L’innovation est à la mode. Tous les jours, de nouvelles start-up aux multiples idées voient le jour. Si le journalisme est le miroir de la société ; il suit naturellement le mouvement.

« Nous vivons une période particulière, des médias naissent tous les jours » indique Jean-Louis Rioual, directeur du club de presse de Lyon. Depuis une dizaine d’années, le journalisme évolue : les professionnels ne veulent plus nécessairement travailler pour des médias classiques, dits « en crise », mais sont de plus en plus désireux de créer leur propre contenu, un média qui leur ressemble, qui leur parle.

Medipart, Brut, ebdo, Médor, Media’Pi… les exemples sont nombreux. La question que je me suis alors posée est la suivante : ces journalistes répondent-ils à un besoin du citoyen ? Ou est-ce qu’ils s’auto-complaisent dans une recherche d’innovation pour parler de ce qui les intéresse ?

Pour répondre à cette question, je me suis dirigée vers le travail de fin d’études de Zoé Fauconnier : « Les revues journalistiques : un public à la recherche de nouveaux modèles médiatiques ». Selon elle, la création journalistique répond à un besoin du citoyen. L’étude souligne un manque croissant de confiance envers les médias traditionnels. La population prônerait un retour à une presse plus « précise et d’investigation », où l’intention du journaliste et son intérêt pour le sujet sont clairement marqués. Selon Zoé Fauconnier, les nouveaux médias correspondraient indéniablement à une nouvelle demande du public.

Les jeunes se détournent des médias traditionnels

Constance le Masson, elle, s’intéresse à la génération Y et se demande si celle-ci se retrouve dans l’offre médiatique existante. D’après son mémoire de fin d’études, 80% des jeunes sondés déclarent que les médias traditionnels doivent se renouveler. Les jeunes ne se retrouveraient plus dans les médias plus classiques. Ceci légitimerait la démarche des journalistes start-uppers de créer leur média.

Rencontré lors des Assises du journalisme de Tours, Guillaume Benech, à seulement 18 ans, a créé un média de jeunes pour les jeunes, l’Petit mardi. Ce média compte aujourd’hui approximativement 110 000 lecteurs. « On ne monte pas un projet si ça nous ne intéresse pas, mais il y a aussi un besoin qui est actuel aujourd’hui » affirme-t-il.

Un média pour toucher une communauté

Même écho du côté de la fondatrice et rédactrice en chef de KOÏ, Julie Hamaïde. KÖI est un média qui se consacre à la culture asiatique, cependant, Julie insiste sur le fait que KOÏ n’a pas été créé uniquement pour cette communauté, bien qu’il vise avant tout à répondre au besoin de cette dernière : “C’est un magazine qui répond à un besoin, ce n’est pas toute la population française qui en avait besoin, mais il y a une partie de la population qui trouve que le magazine est utile

Noémie Churlet de Média’Pi a voulu répondre à un besoin très spécifique : celui de la communauté sourde et malentendante. Elle crée en 2017 un média qui rend l’info accessible à tous, et qui fournit des informations sur cette communauté aux personnes entendantes ou pas.

Une envie commune se dégage de ces différentes rencontres : le désir de partage, d’apporter quelque chose de nouveau au public. J’en ressors avec une impression toute subjective : il est impossible d’affirmer que les journalistes répondent d’abord aux besoins du citoyen ou, au contraire, qu’ils font passer leurs aspirations en premier lieu. Je pense que c’est une sorte de donnant-donnant : les citoyens étant demandeurs de contenus innovants, le journaliste y voit une opportunité de partager ce qui l’intéresse.

Un constat, c’est que tous les médias qui présentent leurs nouveaux contenus lors des Assises semblent avoir trouvé leur public. Pour certains, ce public est plus large que pour d’autres, mais chaque initiative semble être parvenue à fédérer une communauté. Un nouveau projet médiatique qui propose des informations spécialisées et du contenu personnalisé pour une audience spécifique bien délimitée trouvera sa place dans le paysage. Cela étant dit, le chemin est semé d’embûches, comme l’a rappelé chaque créateur de média rencontré. Tous s’accordent à dire que la rentabilité financière des nouveaux médias reste un objectif difficile à atteindre.

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