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16
Mai
2017

Les médias essuient de plus en plus de critiques. Mais quelles sont les solutions ? Quelles sont les alternatives ?

Les médias essuient de plus en plus de critiques. Mais quelles sont les solutions ? Quelles sont les alternatives ?

16 Mai
2017

Les médias en crise de foi

Crédit : Morgan Dubuisson

La presse traditionnelle est supposée être la voix de la démocratie. Pourtant plus d’un tiers des Belges ne lui fait plus confiance. Elle doit reconquérir un public qui ne se retrouve plus dans ce qui lui est proposé et se montre de plus en plus critique, en plus d’être parfois ignoré. Parallèlement, des démarches journalistiques alternatives sont mises en oeuvre pour répondre aux reproches adressés aux médias conventionnels.

Quand les jeunes mettent les médias à l’amende

Les arguments avancés par ces jeunes, originaires de Belgique et de France, ne représentent pas la voix de la majorité. Cependant, il est intéressant de remarquer la répétition de certains schémas. Les différences dans leurs discours sont signifiantes, elles aussi, et montrent les attentes singulières que peut avoir le public vis-à-vis des médias traditionnels.

 Daisy Rassart – traductrice freelance

“Ayant vécu en Chine, j’ai eu une vision différente de la manipulation d’information. J’ai vécu au sein d’un peuple qu’on garde volontairement dans l’ignorance, avec une censure omniprésente, et les médias jouent un rôle important là dedans. (…)

Il n’y a rien à faire, ce que recherche un média, c’est être lu, écouté. En Belgique, on essaie souvent de choquer, de faire peur. En Chine, c’est plutôt le contraire, on essaie de rassurer les gens dans leur quotidien, par rapport à la grandeur de la Chine. Pour moi, le média idéal est un média intellectuellement honnête, dirigé par une équipe qui souhaite élever son public, qui travaille avec rigueur et tente d’aiguiser son jugement, tout en essayant d’être impartial dans ce qu’il transmet. Après tout, un média, c’est censé informer, non ?”

Chris Quiévy – chercheur d’emploi

“Les médias ne sont pas neutres : ils dépendent tous de leurs patrons qui, eux, pensent à des intérêts privés. Quand tu détiens un média populaire, tu as la force de diriger une partie du peuple et d’immiscer dans la tête des gens des courants de pensée que t’as préalablement calculé à l’avance. (…) Je pense qu’un média idéal devrait être financé par les dons du peuple, un genre de cotisation mensuelle équitable pour tous. Je pense qu’il devrait aussi viser à faire progresser un individu, lui montrer des choses, lui apprendre des choses vraiment intéressantes et pas toujours le matraqué de buzz et de sensationnalisme. Au fond, j’aime à penser que oui, on aime tous apprendre des choses et se sentir moins cons en allant dormir…”

Maureen Bon – étudiante

“Je suis méfiante parce qu’ils ne sont pas tous détenteurs de la vérité, ils manquent d’indépendance. (…) Ça s’explique par le lobbying. Notamment par le fait que dans le CSA, certaines personnes sont désignées par le gouvernement. Du coup, ils ne risquent pas d’être toujours impartiaux. La présidentielle française de cette année en est un parfait exemple. Ils ont choisi un candidat et ont pris parti au second tour, alors que ce n’est pas leur rôle.

(…) Il faudrait des médias un peu déshumanisés qui recherchent avant tout l’information et la vérité. Des médias pédagogues, qui expliquent et vulgarisent ce qui n’est pas forcément compréhensible par tous.”

Le journalisme conventionnel en mutation

Si la baisse de confiance dans les médias est indéniable, elle ne s’accompagne pas d’une désertion de l’audience. Les chaînes d’information en continu et les pendants numériques des journaux traditionnels ont stabilisé, voire fait progresser leur popularité.

Cependant, les médias traditionnels se remettent en question suite à une fracture entre ce qu’ils proposent et ce que le public attend : “D’un côté, il y a ceux qui se tournent vers les médias traditionnels, au moins en cas de gros événements. De l’autre, une partie qui n’écoute plus, ne regarde plus, ne lit plus ces médias, et que ces derniers ne savent plus comment atteindre” indiquait Jean-Marc Four, directeur de la rédaction de France Inter, lors d’une conférence de presse organisée sur la révélation de l’enquête de Kantar Public du quotidien La Croix.

Suite à cette crise de foi, ils doivent trouver des réponses pertinentes afin de regagner du crédit auprès d’une partie du public déçu. Pour relever ce défi de taille, les rédactions tentent des manœuvres variées : parmi ces stratégies, certains, comme la directrice de l’information de l’Agence France-Presse Michèle Léridon, veulent mettre en avant l’éducation aux médias, à l’exemple du journal Le Monde qui intervient dans les écoles. Elle veut montrer davantage les coulisses de la production d’information. On voit aussi de plus en plus de rédactions utiliser le fact-checking pour contrer la propagation de « fake-news » et varier le storytelling par une diversification des outils (via Snapchat, le mobile-journalisme, les directs sur Facebook, etc.).

« Moi, j’ai envie de croire qu’il y a même plus de 35% qui sont prêts à basculer. »

Les arguments présentés plus haut, récoltés auprès de jeunes ayant une vision bien précise de la presse et de ses possibles dérives, trouvent écho dans des initiatives parallèles. Des médias alternatifs naissent en réponse à ces positionnements et offrent une perspective différente du journalisme. Certains d’entre eux, Zin TV, Kairos et El Salto étaient présents lors d’un débat le 11 mai, au Pianofabriek de Saint-Gilles, autour du thème : “Médias alternatifs et contre-pouvoir.”

L’affiche de Kairos, exposée dans le métro bruxellois, en décembre 2016. Crédit : Teresa Arroyo Corcobado

Alexandre Penasse, un des rédacteurs en chef de Kairos, se posait justement le même type de question avant de créer son média alternatif : “Qu’est-ce qu’on peut faire pour changer les choses ? Comment peut-on agir ? En discutant, il s’est avéré que c’était de faire un journal. (…) Un journal pour une société décente.”

Le journal a été fondé cinq ans auparavant et pendant ces cinq années, ils étaient dans une situation précaire, à travailler sur le côté. L’idée de départ : en faire un média anti-productiviste. Parce que, pour eux, dans la société d’aujourd’hui, tout est produit et ça vaut également pour l’information. « Moi, j’ai envie de croire qu’il y a même plus de 35% qui sont prêts à basculer » a répondu Alexandre Penasse, confronté aux chiffres récoltés par Kantar Public pour La Croix.

Pour subsister, Kairos a besoin de 20.000 euros par parution. Ils n’acceptent pas de publicité sur leur site pour “conserver un maximum d’indépendance”. En revanche, ils sont subsidiés par la Communauté française, ce que certains jugent contradictoire.

Ronnie Ramirez, membre de Zin TV et un de ses fondateurs, veut redonner la parole aux citoyens, aux oubliés de l’information. Il annonçait lors du débat : “celui qui détient la télévision détient la politique. C’est plus que jamais une évidence. En face, si les citoyens et les associations ne s’approprient pas les règles de la communication, ils sont condamnés à rester muets. Et ça vaut aussi pour les médias alternatifs.”

Le véritable défi de ces nouvelles initiatives est de sortir de la précarité tout en conservant leur identité. Un concept important pour Ronnie Ramirez qui désire “revaloriser un métier, un média”. Zin TV se calque davantage sur un modèle de démocratie participative. Ils intègrent notamment les mouvements sociaux dans leur démarche journalistique.

La guerre des médias (point de vue)

“Le problème c’est que les médias qui veulent faire autre chose sont vite traités d’amateurs” annonçait Alexandre Penasse lors du débat “Médias alternatifs et contre-pouvoirs”. Crédit : Morgan Dubuisson

Cependant, d’après les intervenants de ce débat, il y a une certaine tension entre les médias conventionnels et les médias alternatifs. Ces derniers sont souvent estimés comme des amateurs et observés d’un oeil critique par leurs confrères.

Au-delà de la guerre idéologique qui les oppose, le journalisme peut accueillir une variété de formes différentes et, au vu de la scission du public, les deux branches remplissent des rôles différents et complémentaires, qui correspondent aux attentes diverses du spectateur.

Après tout, sans média traditionnel, il ne peut exister de médias alternatifs, ne serait-ce que par l’absence d’un modèle auquel ils peuvent s’opposer. Ce sont deux mondes qui avancent en parallèle, s’interrogent sans cesse sur l’essence même de leur fonction et se reconstruisent, aujourd’hui, à travers des questions existentielles. Ils subsistent, l’un étant la réponse au problème de l’autre. Ils ne regardent pas dans la même direction, mais se complètent et s’enrichissent par le paradoxe.

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