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Femmes qui défilent à l'occasion du 8 Mars au Dungu, province de la RD Congo
08
Mar
2017

Billet d’humeur à l’occasion de la journée internationale des droits des Femmes. A lire avec attention, humour décalé et sans ronchonner.

Femmes qui défilent à l'occasion du 8 Mars au Dungu, province de la RD Congo (Photo : MONUSCO/Lassana Dabo, CC BY-SA 2.0)

Billet d’humeur à l’occasion de la journée internationale des droits des Femmes. A lire avec attention, humour décalé et sans ronchonner.

08 Mar
2017

Pourquoi le 8 mars n’est pas un jour férié ?

Aujourd’hui est une journée spéciale. Plus spéciale dans certains pays que dans d’autres. En Russie, le 8 mars est carrément un jour férié : c’est l’occasion pour les hommes de s’occuper des tâches ménagères habituellement orchestrées par les demoiselles : je vous parle de cuisine, repassage, rangement, soins des enfants, etc. Le mari offre aussi des fleurs à son épouse… Je continue ou vous avez assez de clichés ?

Je vous annonce directement la couleur : on n’est pas là pour plaisanter (et bim !) C’est un sujet sérieux, même si j’essaye de vous parler avec légèreté en ce jour dédié, non pas aux femmes, mais aux droits des Femmes (les mots ou lettres soulignés, c’est pour que vous en saisissiez l’importance).

Comment parler du sujet sans avoir l’air d’une emmerdeuse, comme toute bonne féministe qui se respecte ? (oh non encore un stéréotype, arrête ça Zozo !) Et oui, tout le monde se trompe, même sur le site de l’ONU où l’on peut lire : « Journée internationale des Femmes 2017 ».

Non mais Allô ? (Pour plagier la plus grande féministe de tous les temps). Si même l’ONU s’y met, on n’est pas sorti de l’auberge. En parlant de Journée internationale de la Femme ou des Femmes, on passerait à côté de l’enjeu réel de la journée qui est une journée de manifestations et de luttes pour leurs droits.

Une lutte pour quoi ?

Comment faire comprendre à quelqu’un qu’on ne le félicite pas pour ce qu’il est – comme le jour de la fête des grands-parents où on court tous embrasser papy et mamy et emporter une ou deux galettes que Mamy aurait faites en trop – mais pour ce qu’il a accompli. Cette journée est en effet dédiée aux femmes pour les combats qu’elles ont menés jusqu’à aujourd’hui.

La journée internationale des droits des Femmes, reconnue officiellement en 1977 par l’ONU, c’est ça en fait : se replonger dans le passé et voir ce qui a évolué depuis. Se replonger le 8 mars 1917, quand les ouvrières de Saint-Petersbourg (eh oui l’origine prend tout son sens en Russie, d’où le jour férié) ont fait grève pour réclamer du pain et le retour de leurs maris en guerre.

Quand on observe aujourd’hui les changements qui ont eu lieu, on peut se réjouir des améliorations. Le vote est accordé aux femmes en Belgique depuis 1919 : un jour, elles ont dû se battre pour dire « eh oh les mecs, nous aussi on a notre mot à dire, nous aussi on peut voter ! » Moi aussi ça me semble incroyable quand j’entends ça. Parce que je me suis toujours considérée sur un pied d’égalité avec n’importe qui, homme, femme ou les deux. (La seule que je méprise un peu, je l’avoue, c’est ma sœur. Mais c’est parce qu’elle est chiante et que je n’ai pas de frère !).

En fait, je trouve ça absurde que certains puissent encore penser une différence entre les genres, pourtant l’égalité des sexes est encore loin d’être une réalité. Et tant qu’elle ne sera pas atteinte, il faudra la « célébrer ».

Une célébration commerciale

Les entreprises en profitent pour faire de cette journée une bonne affaire : Lidl fait depuis quelques jours la promo de certains produits pour les « femmes délicieuses ». Air Algérie offre pour ce 8 mars 50% aux femmes à l’achat d’un billet d’avion. Vulco propose un montage offert à l’achat de deux ou quatre pneus de voiture… une offre exclusivement réservée aux femmes. Autant d’initiatives qui ne nous rendront pas l’égalité. Au contraire, elles ne font qu’agrandir les clivages existants.

Nous vivons dans une société post-patriarcale, mais pas forcément égalitaire. Des femmes, et même des hommes (ouais ouais), se sont battus pour le suffrage universel, pour des salaires égaux, pour le partage du pouvoir, contre la discrimination sexuelle sur le marché du travail et même pour la liberté de disposer de son corps… mais le combat n’est pas encore définitivement gagné. Il y en a qui pensent qu’ils ont leur mot à dire sur l’avortement par exemple, alors qu’ils ne savent même pas ce que ça fait de porter un bébé. Je vise ici Donald Trump pour ceux qui ne m’avaient pas suivi : le nouveau président a signé un décret interdisant le financement d’ONG qui soutiennent l’avortement. Le mec se prend pour le roi du monde, rien que ça.

Bougez-vous

La condition féminine poursuit son inlassable mutation. Il faut profiter de cette journée pour faire le bilan sur la situation de la femme actuellement et voir quels avancements doivent être faits en matière de violences à l’égard des femmes, « qu’elles soient physiques, économiques, politiques, verbales ou morales » comme le rappelle Céline Coudron, coordinatrice nationale de l’Asbl Vie Féminine. Les femmes perçoivent un salaire jusqu’à 25% inférieur à celui des hommes : à compétence, poste et temps de travail égaux, les femmes gagnent 10% de moins que les hommes. Et la vie continue c’est comme ça.

J’ai voulu faire passer un message. Vous avez une impression de « déjà-vu » (à prononcer avec l’accent US de Queen B) ? Ce sont tout le temps les mêmes combats avec lesquels on nous bassine… et voilà Zozo qui en rajoute une couche. Oui mais le problème est toujours là et certains ne s’en rendent même plus compte ou en ont marre. Je veux, ou plutôt j’aimerais (car je suis polie) qu’en quittant cet article, vous saluiez au moins trois femmes aujourd’hui, au lieu de leur offrir une boîte de chocolats Merci. Que vous soyez une femme ou un homme, je m’en fiche. Mais dans votre regard, qu’il y ait de la reconnaissance pour les luttes passées et actuelles : parce que, peut-être, une de vos collègues sera absente aujourd’hui, car elle manifestera aux Monts des Arts pour ses droits !

Et d’enfoncer le couteau dans la plaie et de remuer la blessure déjà sanglante, je rajoute qu’il ne faut pas y réfléchir aujourd’hui seulement, mais tous les jours. Que l’on soit une femme ou un homme, des comportements misogynes, nous en avons tous, inconsciemment souvent. C’est contre eux que je vous invite à lutter.

Ne dépolitisez pas cette journée symbolique de lutte pour les droits des femmes, n’en faites pas une fête commerciale supplémentaire en allant acheter le mascara en promo chez Di pour le special day. Il s’agit d’une occasion en or, où la parole est donnée aux femmes qui ne se sentent pas représentées et qui défendent un message, des revendications. Laurie H., coprésidente du Cercle Féministe à l’ULB, le déplore : « Même le jour où l’on peut faire entendre nos revendications qui sont politiques, ça devient une manière de nous priver encore de la parole en en faisant une fête commerciale ! » Indignez-vous, bon sang !


Pssst : pour ceux que ça intéresse le Cercle Féministe de l’ULB organise une semaine féministe du 6 au 13 mars, la sensibilisation, c’est mieux que la promotion.

Pssst 2 : J’adore les Data Gueule alors je vous partage celui qui est sorti y a deux jours sur les inégalités des sexes : « Liberté, Egalité, Adelphité », pour tous les mordus de chiffres et statistiques.

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5 Responses to “Pourquoi le 8 mars n’est pas un jour férié ?”

  1. begon.claire@skynet.be' Claire dit :

    Super Zoé pour ce raisonnement très approprié. Pour ma part, il y a un peu trop de “la journée de”, et pour tous les goûts. Il est bien entendu nécessaire de maintenir la pression sur bon nombre de sujets, lesquels devraient être appliqués tout au long de notre existence jusqu’à aboutissement positif. A suivre de près aussi avec les Nations Unies.

  2. shana.riethof@gmail.com' Shana dit :

    Les femmes en Belgique n’ont pas obtenu le droit de vote en 1919, mais bien en 1948.
    A partir de 1919, certaines femmes éduquées pouvaient demander d’obtenir le droit de vote “sur demande”. Mais ce n’était clairement pas pour toutes.

    Qu’est-ce qu’une société post-patriarcale ? (je ne pense pas que nous ayons dépassé le patriarcat)

  3. Elise.carton@gmail.com' Elise dit :

    Merci de nous rafraîchir la mémoire Zozo…
    moi aussi je m’étais laissée entraîner à appeler cette journée “Journée de la femme”… l’effet boule de neige comme on dit :s

    Une journaliste militante et engagée ça fait plaisir à lire!

  4. Christinegallemaert@gmail.com' Christine dit :

    La journée des femmes en effet c’est tous les jours!! les droits des femmes c’est une cause importante et qui mérite donc une attention constante.
    Peux t-on imaginer qu’ en France il a fallu attendre 1965 pour que la femme puisse travailler sans l’accord de son mari et ouvrir un compte en banque alors ne parlons même pas des droits dans des pays plus lointoin…

    Merci à Zo de consacrer du temps à la reflexion sur ce sujet tellement important même de nos jours et dans nos pays bien civilisés.

  5. cecyle.pisaneschi@gmail.com' Pisaneschi dit :

    Bravo pour cet article !
    Très clair et explique très bien l’enjeu de cette journée qui ne doit en effet pas devenir une journée superficielle et commerciale mais qui doit vraiment mettre en avant le droit des femmes ;
    Belle journée à toutes et à tous 🙂

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