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Des bénévoles sont présents dans les trois stands SACHA du festival
14
Août
2018

Le festival Esperanzah! a accueilli cette année le plan SACHA, pour appréhender au mieux les cas de harcèlement sexuel.

Près de 50 bénévoles ont été formés pour ce projet. Photo : Ophélie Michelet (BBB)

Le festival Esperanzah! a accueilli cette année le plan SACHA, pour appréhender au mieux les cas de harcèlement sexuel.

14 Août
2018

SACHA, l’opération qui combat le harcèlement en festival

Je suis allée au festival Esperanzah! pour la première fois l’année passée. Un festival convivial, ouvert et engagé, qui a lieu chaque année au début du mois d’août sur le site de l’abbaye de Floreffe. J’ai voulu retenter l’aventure cette année. Au mois de juillet, je lis sur les réseaux sociaux que les organisateurs du festival ont décidé de mettre en place le plan SACHA. Intriguée, je me renseigne et découvre qu’il s’agit d’un plan contre le harcèlement et les agressions sexuelles en festival.

“SACHA” veut en fait dire “Safe Attitude Contre le Harcèlement et les Agressions en festival”. Ma première réaction a été de penser “Est-ce qu’il y a vraiment des cas de harcèlement sexuel à Esperanzah ?” Je gardais un tellement bon souvenir de l’édition de l’année précédente que je ne pouvais pas assimiler ce festival à quelque chose d’aussi abject que le harcèlement. Mais j’avais bien entendu pensé trop vite. J’avais oublié que, malheureusement, le harcèlement de rue est présent partout. Je ne connais que trop peu de femmes qui ne l’ont pas vécu. Et beaucoup trop de femmes qui ont déjà eu affaire à un homme trop insistant.

Après avoir creusé sur le sujet, je me rends compte de l’étendue du phénomène. Une étude de l’Université de Gand m’apprend qu’à Bruxelles, 86,4% des femmes ont déjà été confrontées à une situation d’intimidation sexuelle. En festival, c’est 1 fille sur 6 qui subit une forme de harcèlement d’après une étude de Plan International Belgique. Cela peut aller de paroles déplacées à de la drague trop insistante, jusqu’à des attouchements physiques.

Parce que je suis une femme et que cela me concerne donc directement, mais aussi et surtout parce que cela concerne tellement de gens, une fois arrivée sur le site du festival Esperanzah, je me rends à l’un des stands SACHA. Une équipe de bénévoles est présente, expliquant le but de l’opération et répondant aux questions des festivaliers et festivalières.

Clémentine Squevin, une des coordinatrices du plan SACHA, m’explique qu’il s’agit d’une “campagne de sensibilisation, formation, prévention et prise en charge des cas de violence et d’agression sexuellePlacer des stands sur le festival et sensibiliser le public, c’est très bien, mais à part cela, que font-ils ? Clémentine répond à cette question : “Sur le terrain, il y a deux choses : d’abord il y a les stands, sur lesquels on informe les gens, et si ils en veulent plus, on les forme à être “SACHA”. Ça veut dire pouvoir être capable de s’outiller pour savoir comment réagir en tant que témoin, comment réagir en tant que victime. Ensuite on a un binôme de professionnels qui est derrière un numéro de téléphone et qui peut recueillir des témoignages de manière tout à fait confidentielle. Ils sont là pour recueillir la parole, conseiller, apaiser, et/ou rediriger vers d’autres professionnels extérieurs.”

Devenir “SACHA” pour la journée

La formation pour “être SACHA” dont a parlé Clémentine m’intrigue. Ni une ni deux, je saute le pas et me retrouve de l’autre côté du stand, avec deux hommes qui veulent également devenir “SACHA” et une bénévole qui nous explique de manière ludique la différence entre drague, harcèlement et agression. Après nous avoir donné quelques pistes pour pouvoir réagir en cas de harcèlement ou d’agression sexuelle, nous recevons tous les trois un badge SACHA et un bracelet avec le numéro de téléphone à appeler au cas où la victime voudrait témoigner ou se faire conseiller par un professionnel.

J’ai porté ce badge toute la journée avec fierté. Bien que je n’aie été témoin d’aucune situation de harcèlement sexuel, le plan SACHA a semblé porter ses fruits. Clémentine, la coordinatrice, le confirme : “C’est la première fois qu’on fait ça, mais oui, il y a des témoignages, des cas de harcèlement, des cas d’agression. Ce n’est pas toujours facile à recevoir, ce sont des choses impressionnantes qui nous touchent, mais on est très contents d’avoir mis ça en place : on sent que c’est nécessaire de recueillir tous ces témoignages, ces paroles et de pouvoir agir“.

Même si cette opération a permis de sensibiliser un bon nombre de gens, il faudra bien entendu plus que ça pour empêcher toute forme de harcèlement. Mais le plan SACHA contribue à ouvrir la voie vers une conscientisation du public, tant féminin que masculin, et vers une plus grande bienveillance à l’égard de chacun. J’ai changé de nom le temps d’un week-end, et cela m’a appris à être plus attentive aux personnes et situations qui m’entourent. Et je sors de cette expérience avec le sentiment qu’une part de SACHA m’accompagne désormais partout où je vais.

Pour l’heure, il n’y a pas (encore) de chiffres concernant cette opération, mais elle sera réitérée l’année prochaine et qui sait, peut-être que d’autres festivals suivront la tendance SACHA.

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