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Nardy est candidate au grand départ vers israël
22
Avr
2015

Quitter la Belgique pour Israël, c’est le choix de Nardy, candidate à l’Alya.

Quitter la Belgique pour Israël, c’est le choix de Nardy, candidate à l’Alya.

22 Avr
2015

Alya : le rêve israélien séduit toujours plus de juifs européens

L’Alya, pour un juif, désigne l’acte d’immigrer en Israël. Synonyme de renaissance, il s’accompagne souvent de l’acception d’une autre culture, d’un statut professionnel différent, d’une nouvelle langue… En 2014, pas moins de 250 juifs, sur les 30 000 environ que compte la Belgique, ont fait le choix du départ.

Le phénomène serait en augmentation depuis 5 ans. 2015 s’annonce comme une année record, avec 10 000 départs prévus rien que depuis la France, selon Natan Sharansky, le Président de l’Agence Juive.

Quelles que soient les raisons de l’Alya, les juifs partent tenter leur chance dans une autre réalité, celle d’un pays mosaïque aux tensions sociales et économiques fortes, toujours potentiellement en guerre et menacé. Nardy part avec sa famille fin juillet. Derniers instants avant le grand saut vers l’inconnu, elle évoque les raisons qui l’ont poussées à partir.

Le grand départ

Nardy me retrouve avec un large sourire dans ce bar où il est  à la fois possible de boire un café et d’acheter un livre. À côtés des bouquins de voyage, ses yeux bleus évoquent déjà le soleil de la Méditerranée.

Bientôt, elle s’en ira dans une ville au Nord de Tel-Aviv, à Ra’anana. Elle partira avec son mari et ses quatre enfants. Elle est décidée et certaine de son choix, elle ne reviendra pas !  Si elle effectue son Alya, c’est qu’elle ne voit plus son avenir, ici, en Belgique.

Professeur de néerlandais dans une école de jury professionnel, elle est devenue juive après avoir rencontré son mari.  Il lui a semblé naturel de se convertir, car elle souhaitait pouvoir transmettre sa religion à ses enfants. Cette religion tient désormais une place importante dans sa vie, et elle pourra enfin être libre de la pratiquer sans avoir peur de la montrer.

Cela fait presque deux ans qu’elle pensait partir. « Même si il n’y avait pas encore eu les attentats, la situation n’était pas très positive pour nous ! »

Réussir ou rater son Alya

Elle se donne un an pour réussir cet exil. Nardy n’est pas naïve, elle sait que la vie là-bas est dure. Ce ne sera pas facile pour s’intégrer, elle ne parle pas encore la langue. Mais elle et son mari vont pouvoir suivre des cours d’hébreu pendant six mois.

Les Israéliens ne l’attendent pas. Même si beaucoup de choses sont mises en place pour ceux qui souhaitent rejoindre Israël (études supérieures gratuites, aides au logement, réduction d’impôts), elle devra faire preuve de volonté. « Vous n’arrivez pas sans ressources, il y a toute une structure qui est mise en place pour vous aidez à vous installer et pour que vous vous sentiez directement Israëlien », explique Nardy.

Elle ne sera pas toute seule là-bas, elle rejoint sa belle-famille et des amis. Ils partent en même temps avec une autre famille. Elle rencontrera donc d’autres personnes venues, comme elle, s’installer en Israël. « Mais si nous devions rater notre Alya, nous savons que ne reviendrions pas en Belgique et certainement pas en Europe !  Nous repartirions ailleurs, aux États-Unis ou en Amérique du Sud… »

La peur au ventre

Et si elle part, ce n’est pas uniquement pour elle, c’est aussi pour sa famille et surtout pour ses enfants. « Si c’est pour continuer à être des cibles, pour qu’ils aient peur de dire qu’ils sont juifs et qu’ils aient peur de porter un Maguen de David, je ne veux pas ça pour eux ! », affirme-t-elle.

C’est l’une des raisons pour laquelle elle a fait le choix de les mettre dans une école juive. « Nous ne voulions pas qu’il connaissent de problèmes d’antisémitisme ! Ici, c’est pesant pour nos enfants de devoir aller à l’école avec des policiers devant l’entrée ou d’aller à la Synagogue, protégés par des militaires. Là-bas, ils iront à pied à l’école, il n’y aura plus ce stress permanent qu’ils ressentent ici. »

« Cette liberté, ici, nous ne l’avons pas, et c’est simplement ça que l’on recherche : être nous-mêmes ! »  C’est ce qui justifie son choix de tout quitter. Cela vaut aussi pour ses enfants ; elle n’ose pas les laisser seuls, par crainte qu’ils soient pris pour cible. «Une fois en Israël, il sera plus facile de leur donner de la liberté. Je serai plus libre avec eux et ça va aussi changer ma vie. »

Quitte à céder à la violence antisémite

Elle est consciente qu’en allant en Israël, elle donne raison à ceux qui visent sa communauté en attaquant une école ou un musée. Mais son choix, elle l’explique simplement : « Je ne veux pas mourir ! »

Nardy est pessimiste quant à l’avenir des Juifs à Bruxelles et dit ressentir, de plus en plus, la menace d’un extrémisme religieux. « Pour l’instant, l’état nous protège. Mais on ne sait pas… Dans cinq ans, qui sera au pouvoir ? On n’en sait rien. Le pouvoir ne va-t-il pas basculer dans les mains de ceux qui nous haïssent ? ». L’union sacrée, cela ne lui semble pas possible ici.

Ce départ représente pour elle un recommencement. « Avec nos économies, nous avons le projet d’ouvrir une maison d’hôtes à Ra’anana. C’est un peu tôt pour le savoir, mais peut-être qu’avec notre savoir-faire Belge, on pourra faire quelque chose de bien ».

Bastien Bott

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One Response to “Alya : le rêve israélien séduit toujours plus de juifs européens”

  1. ada_cicuttini@hotmail.com' Ada Cicuttini dit :

    Bravo Bastien pour cet article!
    C’est très important pour le public de recevoir le point de vue subjectif des personnes qui vivent une situation difficile et habituellement présentée de l’extérieur, cérébralement, par les médias.
    Continue, tu fais un excellent travail!

    Ada Cicuttini Wurm

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