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13
Avr
2017

Les mouvements citoyens fleurissent en Belgique. Cette profusion d'initiatives cache une réalité moins réjouissante, celle d'un secteur associatif sous pression.

Alain Willaert et sa collègue du Conseil bruxellois de coordination socio-politique se sont penchés sur le phénomène des nouveaux mouvements sociaux pour la revue spécialisée "Bruxelles Informations Sociales".

Les mouvements citoyens fleurissent en Belgique. Cette profusion d'initiatives cache une réalité moins réjouissante, celle d'un secteur associatif sous pression.

13 Avr
2017

Alain Willaert : “Le milieu associatif subventionné a du mal à garder une parole libre”

Des marches organisées par “Acteurs des Temps Présents” aux débats animés de “Nuit Debout“, les nouveaux mouvements sociaux mobilisent davantage de jour en jour. Si ces initiatives citoyennes se distinguent par leur mode de fonctionnement participatif, on constate que de nombreux travailleurs sociaux se retrouvent à l’origine de ces projets. Alain Willaert, membre du Conseil bruxellois de coordination socio-politique (CBCS), s’occupe de l’observation du secteur associatif impliqué dans le social et la santé. Pour la dernière revue du CBSC, le Bruxelles Informations Sociales, Alain Willaert et ses collègues se sont penchés sur le phénomène des nouveaux mouvements sociaux et ont été directement témoins de leurs enjeux et de leurs dynamiques. Il partage aujourd’hui ses conclusions.

Votre dossier s’intéresse à la place des nouveaux mouvements sociaux en Belgique. À quand remonte leur émergence ?

Dans l’associatif, ce type de mouvements a toujours existé. On parle maintenant de nouveaux mouvements sociaux. Dans nos recherches, on est tombés sur un article à ce sujet qui datait d’il y a plus de 15 ans. L’altermondialisme des années 1990, c’était déjà cela. Si on prend l’exemple d’Attac, ils sont dans le paysage depuis tellement longtemps, qu’ils sont quasiment institutionnalisés. Et toutes ces associations font du bon travail, mais elles ne sont pas parvenues à inverser la vapeur. Face à ce constat, de nouvelles démarches ont vu le jour, comme l’initiative “136 jours” et son agenda en ligne reprenant tous les événements de résistance à la pensée unique. Ce qu’on remarque aujourd’hui, c’est donc davantage un renouveau.

Pourquoi pensez-vous qu’elles connaissent autant de succès aujourd’hui ?

C’est principalement parce que le contexte social, économique et politique n’est plus à l’émancipation citoyenne. Le refus de la perte des acquis sociaux gagnés au fil des années, couplé avec le manque de relais progressiste au sein du pouvoir politique, explique ce foisonnement. Un autre élément que l’on a découvert est la difficulté qu’a le milieu associatif subventionné à garder une parole libre lorsque celle-ci peut lui causer une perte de subsides. Seules les associations d’éducation permanente peuvent se permettre de développer une lecture critique de la société et la médiatiser, car cela fait partie de leur mission négociée dans leur décret. Mais même ces dernières ont été menacées récemment par un projet de loi qui les auraient obligées à se focaliser uniquement sur le radicalisme. Heureusement, le projet n’a pas abouti.

Le contexte social, économique et politique n’est plus à l’émancipation citoyenne

Est-ce pour cela que l’on retrouve tant de personnes issues du tissu associatif dans ces nouveaux mouvements ?

Parfaitement. Si dans un boulot, tu as un petit peu trop de résistance par rapport à ce qu’on t’impose de faire, tu risques de te faire éjecter ou de faire sauter les subventions de ton association. Les nouveaux mouvements sociaux qui dénoncent ça justement, qui se trouvent derrière ? Les services subventionnés. Et qui sont les gens qui participent à leur fonctionnement ? Les travailleurs sociaux des services subventionnés. Il y a de moins en moins de possibilités de militantisme à l’intérieur des mouvements institutionnalisés. La solution, c’est alors de déplacer le militantisme à l’extérieur de ces structures.

Les initiatives citoyennes sont-elles une solution crédible et durable pour revitaliser ce militantisme ?

La grande force de ces mouvements est aussi sa grande faiblesse. Refus d’une hiérarchisation, refus d’une trop grande politisation, refus de recevoir de l’argent public… Ces principes sont louables car ils permettent une plus grande liberté, mais ils n’offrent pas d’actions au long cours. Cependant, l’objectif de ce type de mouvement est aussi ailleurs. Il y a une volonté d’essaimer, que ce soit dans les manifestations ou dans leur travail via des groupes locaux. Et dans cette optique, la communication joue un rôle très important. On remarque, par exemple, que la visibilité et le succès de “Tout Autre Chose” tiennent au fait que le mouvement est porté par des gens du secteur artistique. Sa communication très efficace fait de lui le groupe qui fonctionne le mieux aujourd’hui, va le plus loin et met les propositions les plus abouties sur la table.

Existe-t-il un risque de récupération politique de ces mouvements ?

On constate effectivement la présence des partis d’opposition, que ce soit le PTB ou Ecolo, aux manifestations organisées par ces mouvements. Il y a donc bien une forme de récupération politique, mais celle-ci peut être positive. Car le refus de politisation des mouvements comme Tout Autre Chose ou Nuit Debout ne leur permet pas de rentrer dans les arcanes politiques. Ce qui reste le moyen le plus démocratique de faire changer les choses.

Propos recueillis par Victor Seghin

Dossier spécial “démocratie participative”

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