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Un policier fouille un jeune lors d'un contrôle. Photo : Photo : G. Van Oortegem
24
Fév
2017

Tour d'horizon des moyens mis en place pour lutter contre les conflits entre adolescents et forces de l'ordre.

Les contrôles de police ne se passent pas toujours sans encombre. Photo : Gabriel Van Oortegem

Tour d'horizon des moyens mis en place pour lutter contre les conflits entre adolescents et forces de l'ordre.

24 Fév
2017

Quelles initiatives pour améliorer les relations entre jeunes et policiers à Bruxelles ?

La médiatisation que connaît l’affaire Théo n’a pas arrangé les relations déjà tendues entre la police et les jeunes. Les confrontations entre ces deux acteurs de la société surviennent régulièrement, mais elles connaissent rarement un retentissement aussi grand. D’emblée, plusieurs intervenants rencontrés au cours de cette enquête nous préviennent : la situation de la France n’est pas comparable à celle de la Belgique. On ne connaît pas chez nous de rébellions de l’ampleur de celles qui ont explosé chez nos voisins. Pour cause, Paris n’est pas Bruxelles. Ici, de l’autre côté du ring, il n’y a pas de banlieues similaires à celles de la région parisienne.

Les conflits entre jeunes et forces de l’ordre ne sont pas pour autant inexistants en Belgique, comme on peut le constater par une simple recherche sur le net. C’est pourquoi nous avons voulu nous intéresser aux initiatives positives, celles visant à apaiser ces relations. Nous en avons listé quatre : activités sportives en commun, formation des policiers, information des jeunes ou encore concertation entre ces acteurs. Mais au fil de notre tour d’horizon, il apparait que ces différents projets peinent à s’inscrire dans la durée, de même qu’à s’étendre géographiquement.

1. Jeunes et policiers courent ensemble les 20 km de Bruxelles

En juin 2014, l’échevine de la jeunesse de Molenbeek, Sarah Turine, lance un groupe de travail jeunes-police au sein de la commune, en collaboration avec le commissaire Pierre-Thomas Collignon. Il réunit des parents et des représentants d’associations, de la police et des jeunes. Très vite, ceux-ci apprennent à mieux se connaître. Ils participent ensemble à des entraînements de boxe, avant de courir les 20 km de Bruxelles, en mai 2015. L’expérience est positive, mais tourne court. Après un an de bons et loyaux services, le projet commence à battre de l’aile.

Le départ de Pierre-Thomas Collignon frappe le groupe de travail de plein fouet. Celui-ci, groggy, tente de se relever sous l’égide de la nouvelle commissaire en poste, mais déjà, les attentats frappent Paris, le 13 novembre 2015. Leurs répercussions en Belgique, et à Molenbeek en particulier, enterrent l’avancement de cette initiative chère à l’échevine de la jeunesse. Les priorités ont changé, la sécurité prend le dessus sur la prévention.

2. Former les policiers, une nécessité

Les préoccupations des policiers ont changé, mais ceux-ci continuent à incarner le lien avec la population, et notamment avec les jeunes. Le service de la brigade jeunesse de la zone de police de Bruxelles-Ouest que nous avons interrogé tente, sur le terrain, d’améliorer les contacts avec la jeunesse. Les policiers seraient sans-doute mieux préparés aux contacts avec les jeunes s’ils connaissaient bien les spécificités des zones dans lesquelles ils travaillent. Ce souhait de former les agents était évoqué par Pierre-Thomas Collignon dans un article de 2014.

Le problème, c’est que ces formations se frottent au turn-over, comme l’explique Sarah Turine. Des policiers issus de Flandre ou de Wallonie qui se retrouvent sur le terrain à Molenbeek peuvent donc emporter avec eux une série de préjugés, s’ils ne sont pas bien informés.

Même si Gabriel Van Malderen (inspecteur principal de la brigade jeunesse de la zone Bruxelles Ouest) n’estime pas que cette situation de turn-over est trop problématique, il constate toutefois que les policiers doivent être bien informés sur les zones dans lesquelles ils travaillent, ce qui n’est pas toujours le cas. L’organisation interne de la police semble donc être défavorable au développement d’une relation de confiance, à long terme, entre policiers et jeunes.

La division du territoire de Bruxelles en six zones de police avec, chacune, une organisation spécifique n’arrange rien. Ainsi, Unia, le service public de lutte contre la discrimination, collabore avec l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC) et la police, afin de lancer un projet de recherche pour lutter contre le profilage ethnique. L’objectif est d’éviter que les membres d’une communauté précise soient davantage ciblés par la police que d’autres. Cette initiative pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble des zones de police bruxelloises. Seule la zone Bruxelles-nord est cependant partenaire du projet, pour l’instant.

3. Informer les jeunes face aux rumeurs

Lutter contre la mésinformation semble bien plus important qu’on ne pourrait le penser. Dans les rues, de nombreuses rumeurs circulent sur les droits et les devoirs des jeunes envers les forces de l’ordre. Elles prennent une telle ampleur, qu’il devient parfois difficile de ne pas y croire.

L’ASBL Jeunesse et droits a créé un site d’informations qui précise notamment les différents droits et devoirs des jeunes envers la police. Ainsi peut-on mettre à mal les rumeurs persistantes qui fleurissent à tous les coins de rues. En connaissance de cause, les jeunes seront plus apaisés face à un contrôle de la police, ce qui contribue à éviter tout débordement.

4. Favoriser le dialogue entre jeunes et policiers

La dernière initiative de notre panel consiste à permettre aux jeunes et aux policiers de se parler. Des postes d’assistants de concertation ont vu le jour au sein de la police. Le problème, c’est que chaque zone de police décide de créer, ou non, ce genre d’affectations.

Dans deux des six zones de police de Bruxelles, des assistants de concertation ont été engagés : la zone midi et la zone Bruxelles-Nord (Schaerbeek – Saint-Josse – Evere). Seulement présent dans la zone Bruxelles-Nord dans un premier temps, ce poste s’est étendu à la zone midi lors de l’arrivée, en 2009, d’Alphonse Peeters à sa tête, en tant que chef de corps. Les assistantes de concertation ainsi engagées, Ana Bazan et Jamila Mesbahi, ont mis sur pied des projets de prévention, notamment dans les écoles, lors desquels des policiers viennent rencontrer les enfants et adolescents.

La création de ces postes est louée par Chaïma El Yahiaoui… Cependant, la création de ces fonctions reste exceptionnelle. Mais même aux endroits où ces services sont présents, leur visibilité ne semble pas toujours optimale.

Au bout du compte, un engagement insuffisant

Ces différentes démarches témoignent de l’intérêt que certains acteurs, provenant de la police, du monde politique ou associatif, portent à l’amélioration des relations entre policiers et jeunes. L’inconvénient réside dans l’impact de ces actions, qui n’agissent pas suffisamment en profondeur.

Le groupe de travail de Molenbeek s’est bloqué un an seulement après son lancement, et les activités sportives n’ont pas perduré. La formation des policiers sur le terrain ne fait pas bon ménage avec le turn-over des effectifs. Un site de l’ASBL Jeunesse et droits met à la disposition des jeunes des informations sur leurs droits, mais il faut fouiller pour trouver les ressources souhaitées. Enfin, la médiation offerte par les assistants de concertation n’est présente que dans deux des six zones de police de Bruxelles, qui plus est en nombre restreint et avec des actions dont la visibilité est limitée.

On remarque que ces projets gagneraient à s’étendre sur le long terme, et à être portés conjointement par l’ensemble des zones de police bruxelloises. Cela semble compliqué, particulièrement dans ce climat tenace de menace terroriste. Mais les instigateurs de ces initiatives doivent tenir bon. S’il est une leçon à tirer de l’affaire Théo, c’est qu’il ne faut pas attendre un scandale d’une ampleur sans précédent avant d’agir.

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