"/>
Menu Next Door
10
Nov
2015

L’Uber des traiteurs : concurrence déloyale aux restaurants ou alternative aux plats surgelés ?

Nous avons testé pour vous, le menu indien des deux "petits" chefs, Polo et Théo, de Menu Next Door.

L’Uber des traiteurs : concurrence déloyale aux restaurants ou alternative aux plats surgelés ?

10 Nov
2015

Menu Next Door : et si votre voisin était un chef-coq insoupçonné ?

Paul-Antoine et Théo, âgés respectivement de 19 et 20 ans, se sont lancés dans l’aventure du food business. Les deux passionnés de cuisine proposent chaque semaine un menu différent, que l’on peut commander via le site de Menu Next Door. Chefs à domicile le temps d’un soir, ils concoctent des petits plats savoureux et colorés de tradition. Du Mezze indien à la régalade libanaise en passant par un Cannelloni d’Italie, ils emmènent les papilles de leurs voisins autour du monde. Leurs voyages sont leur principale source d’inspiration pour ces recettes.

Une initiative inspirée de Thanksgiving

Nicolas Van Rymenant, consultant pour start-up et professeur à Ichec-Entreprises, a lancé Menu Next Door en avril dernier. Il a eu l’idée lors d’un voyage aux États-Unis. « A Thanksgiving, les gens se rassemblent, ils vont aussi chercher et échanger des plats avec leurs voisins ». Nicolas a décidé d’amener cette convivialité autour de la cuisine, en Belgique et d’inventer un concept. Le principe, simple et lumineux, cartonne : partager son amour pour les bons plats avec les internautes (vendre ou acheter).

Une cuisine que l’on découvre aussi fraiche que saine. Les produits savamment choisis sont préparés le jour même de la commande. Le fondateur de la plateforme déclare que les clients sont très satisfaits. Certains l’appellent même pour lui dire : « Nicolas, j’adore ce concept, je mange mieux, je rencontre mes voisins et j’ai même perdu du poids ! »

Devenir chef, rien de plus simple

Pour ce faire, il faut s’inscrire sur le site comme chef ou en tant que consommateur. Et pour commander, il suffit de choisir parmi les menus proposés chaque jour, de réserver en ligne et d’aller chercher son plat au domicile du chef.

L'un des menus disponibles sur menu next door

“J’ai voyagé en Inde, là-bas j’ai appris à cuisiner le poulet thandori” déclare Math. Son frère Théo étant absent, il épaule le chef Polo le temps d’un menu

Les tarifs attractifs (entre 9 et 14€) et le concept convivial font le succès de cette nouvelle forme de « restauration maison » entre particuliers. Depuis sa création, Menu Next Door a fait son petit bout de chemin. D’abord réservé à la communauté Facebook, le groupe s’est développé et une plateforme en ligne a vu le jour. Depuis peu, la recherche géographique permet de découvrir des menus près de chez soi, autour d’une adresse ou d’un lieu spécifique. Le réseau de Menu Next Door ne cesse de grandir et regroupe des étudiants, des traiteurs et des chefs mais, avant tout, des milliers de passionnés.

Uberisation des services

Le projet est né d’une initiative citoyenne collaborative qui chamboule, selon Nicolas Van Rymenant, nos services et préfigure la société de demain. Il préconise une économie du partage où tout le monde aurait la chance d’échanger avec chacun ses savoirs et plus particulièrement sa cuisine. Faut-il y voir une forme d’uberisation ? Le néologisme très en vogue pour le moment est sur toutes les lèvres. Ou plutôt dans toutes les bouches pour les amateurs de Menu Next Door.

Beaucoup de citoyens se réjouissent de l’invention de ce service traiteur collaboratif. Mais les restaurateurs se méfient de l’émergence de ces initiatives où l’on ne partage pas les mêmes contraintes que dans le réseau officiel. Pour Philippe Trine, Vice-président de la fédération Horeca Bruxelles, cette tendance implique une concurrence déloyale. « Les chefs cuistots ne sont pas soumis aux règles sanitaires de l’AFSCA, ils ne payent pas d’impôts, ni de TVA et ne sont pas confrontés aux contrôles des pompiers ou d’hygiène ». Les professionnels de la restauration subissent des contraintes qui ne s’appliquent pas aux particuliers, aux membres de la communauté Menu Next Door. Selon lui, l’État belge doit fixer un cadre légal équivalent.

Philippe Trine souhaite encore qu’un accès à la profession soit exigé ainsi que la mise en place d’une série de règles, comme par exemple l’enregistrement du commerce. « Quand on produit 60 repas par jour, cela devient un commerce comme un autre. Ces gens achètent et vendent au noir alors qu’on impose dans l’Horeca une caisse noire pour éviter ces ventes non déclarées. » Cette uberisation résulte peut-être d’un effet de mode, mais il souligne « qu’il y a des effets de mode qui durent longtemps et finissent par s’installer ».

Les voisins sont accueilli avec un thé indien

Les marmitons accueillent les voisins venus chercher leur menu, avec une tasse de Chaï tea

« Menu Next Door fait concurrence à la boustifaille du frigo »

Nicolas Van Rymenant n’estime pas proposer un service concurrent à celui des restaurants. Par contre, il admet proposer un contre-poids aux repas préparés que l’on trouve dans les frigos des grandes surfaces et des chaines tels que les Delitraiteurs. Cette concurrence, il s’en félicite même. « Les gens n’ont parfois pas le temps de cuisiner ou d’aller au restaurant. Ils se retrouvent avec des plats préparés sans goûts ni saveurs, qu’ils mangent sans plaisir. »

Paul-Antoine Bertin, l’un des « petits » chefs de la communauté Next Door, se range aux cotés de Nicolas. « Je pense que les traiteurs ne sont pas comparables aux restaurants, où l’on a l’accueil et le service à table. »

Plateforme de visibilité pour petits et grands chefs

Nicolas Van Rymenant estime que Menu Next Door, c’est avant tout « une plateforme de visibilité qui offre à tous la possibilité de proposer des menus, et implique bien entendu les chefs de restaurants et les traiteurs ». C’est une  manière différente de faire du business, qui peut s’avérer complémentaire. Les traiteurs événementiels, qui ont parfois du mal à se faire connaître, se créent ainsi une audience et peut-être une future clientèle professionnelle. Les chefs peuvent faire découvrir leur cuisine et rediriger cette audience vers les tables de leurs restaurants.

Pour Paul-Antoine, étudiant en restauration et œnologie, la plateforme offre l’opportunité d’associer apprentissage et pratique. C’est l’occasion pour lui de faire un premier pas dans le milieu et de se créer un réseau.

« C’est intéressant de pouvoir cuisiner et d’avoir des retours, parfois de chefs. J’améliore ainsi ma cuisine grâce à l’échange que permet la plateforme. »

Menu next door traiteur à domicile

“Il y a des têtes que nous voyons chaque semaine, ça fait plaisir !” explique Paul-Antoine

Grâce au système d’appréciation en ligne et aux commentaires, il y a un contrôle des chefs. Via la communauté, les ’mauvais cuisiniers’ sont vite mis de côté tandis que d’autres se créent une vraie clientèle. C’est le cas de Paul-Antoine et Théo qui voient les mêmes amoureux de la cuisine revenir. Leurs plats variés et sophistiqués ravissent les voisins, de plus en plus nombreux.

Reste à savoir ce que l’avenir réserve à ces traiteurs particuliers. Subiront-ils le même sort que les chauffeurs Uber ? Ou le législateur leur imposera-t-il certaines contraintes ?

 

 

 

 

 

Charte des commentaires

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, et utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans en mentionner la source. La rédaction du BBB se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office. Les commentaires sont modérés a priori.

Laisser un commentaire

Lire les articles précédents :
Le Conservatoire royal de Bruxelles tombe en ruine

« Le Conservatoire a besoin de plus qu’un coup de peinture », c’est ce qu’on peut lire sur la bannière...

Fermer