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Damien Thiéry, déterminé, défend ses convictions ©Belga
04
Avr
2016

« Le combat continue ». Sur les réseaux sociaux comme dans les médias, Thièry le revendique : il n’abandonnera pas le maïorat de Linkebeek.

Si Damien Thiéry se montre aussi tenace, c’est peut-être aussi parce que Linkebeek est la raison pour laquelle il fait de la politique.

« Le combat continue ». Sur les réseaux sociaux comme dans les médias, Thièry le revendique : il n’abandonnera pas le maïorat de Linkebeek.

04 Avr
2016

PORTRAIT. Damien Thiéry, une main de fer dans un gant de fer

La bataille contre la ministre Liesbeth Homans s’annonce difficile, mais le député MR Damien Thiéry ne compte pas abandonner un poste de bourgmestre pour lequel il se bat depuis des années. Parce que le maïorat de Linkebeek n’est pas un simple mandat de plus. Bourgmestre de 1976 à 1989, Roger Thiéry était une véritable légende à Linkebeek. Et naturellement, le fils voudrait suivre les pas de son père.

Une histoire de famille

C’est ce que rappelle Yves Ghequiere (MR), collègue échevin et ami de longue date du bourgmestre non-nommé : l’histoire familiale de Damien Thiéry le pousse à briguer le poste. Un avis que partage Olivier Maingain, président du FDF, l’ancien parti de Damien Thiéry, devenu aujourd’hui DéFI. « Il y a une véritable dimension affective dans la volonté de Damien de vouloir accéder au poste de bourgmestre. On le voit comme l’héritier et, dans une commune dans laquelle la population est plutôt réduite, ce genre de chose à de l’importance. Linkebeek, c’est lui et lui, c’est Linkebeek. »

Pourtant, le député dément. « Le fait d’avoir un père bourgmestre ne m’a pas poussé vers la politique. Au contraire, même. » Parce qu’entre l’absence quasi constante de son père à la maison et les problèmes qu’il voyait entre le TAK (Taal Aktie Komitee) et les francophones, rien ne donnait envie à Thiéry de suivre la même voie. « Quand mon père est mort à l’âge de 48 ans, alors qu’il était encore en fonction, je me suis dit : “je ne me lancerai jamais en politique.” »

Et pourtant, en 2000, il est élu échevin. « Je ne me serais jamais inscrit sur une liste si Christian Van Eyken n’était pas venu me chercher. Puisque j’ai récolté un grand nombre de voix, j’ai immédiatement été élu échevin. » En 2013, on le propose comme bourgmestre. Proposition rejetée par le ministre flamand de l’Intérieur de l’époque. En cause ? Des convocations électorales non conformes. La saga Linkebeek commence.

Un tempérament de fonceur

Deux ans plus tard, Damien Thiéry persiste et signe : il sera bourgmestre de Linkebeek. Une attitude qui ne surprend personne. “Damien a toujours été quelqu’un de tenace et de volontaire, dans le bon sens du terme”, souligne Olivier Maingain. “Sa force de caractère m’étonnera toujours, sourit Yves Ghequiere. Dans les moments difficiles, il garde l’envie et continue de croire en ses idées. »

Olivier Chastel le décrit comme quelqu’un de sûr de lui et déterminé. Parfois trop, peut-être. Au sein de son ancien conseil communal, on glisse que, s’il a souvent raison dans le fond, la forme laisse parfois à désirer. « Il est tellement fonceur qu’il peut parfois être trop frontal. Il pourrait se montrer plus conciliant, ça résoudrait pas mal de choses. »

Et Olivier Maingain de renchérir. « Il manque parfois de subtilité, il est un peu trop carré. Quoi qu’on en dise, c’est quelqu’un qui a beaucoup de mal à être mis en contradiction. C’est peut-être dû au fait qu’il prend les choses très à cœur et qu’il fait partie de ces gens qui personnalisent le débat politique. »

Un trait de caractère que ne dément pas vraiment le député MR. « Tant qu’on ne m’a pas prouvé que j’ai tort, j’estime que j’ai raison. Quand je m’implique dans quelque chose, je le fais à fond, sinon autant ne pas se fatiguer. »

Une carrière construite autour de Linkebeek

Mais s’il se montre aussi tenace, c’est peut-être aussi parce que Linkebeek est la raison pour laquelle il fait de la politique. « Avant les élections de 2014, j’avais encore un emploi assuré en dehors de la politique. Je n’ai pas besoin de mandat. Ce que je fais, je le fais pour mes convictions. »

Nullement besoin d’être élu, donc. Pourtant, certaines personnes de l’opposition voient dans son changement de parti une stratégie pour les élections. En 2013, Damien Thiéry quitte le FDF pour le MR. Olivier Maingain, président du FDF à l’époque, avoue avoir été très surpris. « Nous étions très proches et je n’avais pas vu le coup venir. Damien avait une place confortable dans le parti et j’avais l’impression que nous convergions dans le même sens. D’ailleurs, ce n’est pas pour une histoire d’opinions qu’il a changé de parti, j’en suis persuadé. Il pensait avoir plus de chance d’être élu député en étant au MR. » Et l’homme derrière ce changement, Maingain en est sûr, c’est Didier Reynders.

« Cela faisait des mois qu’ils discutaient. Le MR étant un parti plus fort politiquement, Reynders a certainement eu de bons arguments. Je pense sincèrement qu’il lui a fait des promesses sur le dossier Linkebeek. Je suis bien placé pour savoir que Didier Reynders peut se montrer très réconfortant, s’il le souhaite. »

Des accusations que l’ancien bourgmestre non-nommé rejette. « C’est totalement faux ! Mes convictions politiques n’ont pas changé, la seule raison qui m’a fait changer de parti, c’est Maingain lui-même. Il était trop directif. Mes convictions politiques, elles, n’ont pas vraiment changé. Je n’ai jamais rien négocié et on ne m’a jamais rien promis. »

Après les élections fédérales de 2013 et la formation de la Suédoise, des liens se sont créés entre MR et N-VA. Pourtant, la situation linkebeekoise ne se débloque pas. Et qui refuse systématiquement sa nomination ? La ministre flamande Liesbeth Homans, membre de la N-VA. « En théorie des accords supérieurs auraient surement pu être pris, mais je ne sais pas ce qu’il se passe concrètement. Je pense véritablement qu’Homans est juste incontrôlable », avoue Thiéry. Homans, de son côté, ne cache pas qu’elle est bien décidée à bloquer sa nomination jusqu’à la fin de la législature : « Cela n’est pas une question de compétences. Je pense qu’on peut attendre d’un bourgmestre qu’il respecte les lois. » Fin du débat.

S’obstiner pour mieux se montrer ?

Dans l’opposition, certains pensent que l’intérêt de l’élu MR pour le bourgmestre est aussi à interpréter comme sa volonté de rester au cœur de l’actualité. Olivier Maingain nuance ces propos mais avoue que « rester dans l’actu, c’est s’assurer une image de symbole politique incontournable ».

Selon lui, cette « stratégie » n’est pas celle de Thiéry mais celle de ses supérieurs hiérarchiques au sein du parti réformateur. « Tout le monde sait qu’il y a des clans au MR. Charles Michel a Sophie Wilmès, qui est ministre maintenant. Donc Didier Reynders veut lui aussi garder une personnalité puissante de la périphérie dans son camp. Si son protégé reste dans l’actualité, qu’il soit élu ou non, Reynders en sort gagnant. Thiéry est son pion sur l’échiquier politique. »

Une candidature qui fait – presque – l’unanimité

Si la saga ne semble pas prête de se terminer, Thièry peut compter sur le soutien d’une grande partie de la famille politique francophone. Même celui d’Olivier Maingain. « J’ai toujours été persuadé qu’il ferait un bon bourgmestre. Je le supportais et je continue à le supporter, même si nous ne sommes plus en si bons termes. Au-delà de ses capacités en tant que politique, c’est un homme très agréable. » Et dans sa guerre pour le maïorat de Linkebeek, la prochaine bataille a gagné pour le peut-être futur-ex-bourgmestre-non-nommé pourrait bien se jouer devant le Conseil d’État. La loi contre son interprétation. La rigueur contre la détermination. La guerre législative est déclarée.

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