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Je suis Charlie, IHECS
12
Jan
2015

Les étudiants de la section Presse et Information de l’IHECS ont été choqués par la tragédie qui a frappé Charlie Hebdo.

Les étudiants de l'Ihecs ont rendu hommage aux victimes de l'attentat perpétré contre Charlie Hebdo, le 7 janvier. Photo : Laurent Poma

Les étudiants de la section Presse et Information de l’IHECS ont été choqués par la tragédie qui a frappé Charlie Hebdo.

12 Jan
2015

Charlie, j’ai pleuré

Charlie Hebdo a été la cible le 7 janvier 2015, d’une attaque particulièrement atroce. L’attentat le plus meurtrier en France depuis des dizaines d’années. 12 morts. L’assassinat de grands noms du dessin satirique comme Charb, Cabu, Tignous ou Wolinski mais aussi d’autres, journalistes ou non, moins connus du grand public et deux policiers, tous morts dans l’exercice de leur fonction. Certains en défendant la loi, d’autres en défendant la liberté, tous en défendant la vie.

Depuis ce drame, les réactions fusent sous le cri de rassemblement « #jesuischarlie ». Soutien visible du monde entier, spécialistes du métier ou citoyens touchés, certains s’improvisant même dessinateurs pour rendre hommage, à leur manière, aux caricaturistes perdus. On pense aux familles, aux proches, aux victimes, au métier, aux futures victimes. Les critiques en profitent aussi pour se faire entendre en ce jour noir et proclamer haut et fort que, de toute façon, ils n’ont jamais aimé, cautionné ni soutenu de près ou de loin ce magazine trop provocateur pour être affublé du qualificatif de « journalistique ». Et puis, ça fait bien d’être à contre-courant un jour comme aujourd’hui, ça fait courageux. Le courage de ne pas être du même avis que les autres, le courage de penser autrement, le courage de s’affirmer, le courage de s’élever au-dessus des autres pour dénoncer le surplus d’effusion pour un massacre que certains pensent mériter. Alors que ces « autres » qu’on défie sont déjà à terre, en train de pleurer.

Oui, j’ai pleuré. Et je me suis demandé pourquoi. Pourquoi pleurer la mort de gens que je ne connaissais pas ? Pourquoi être touchée par l’effondrement d’un hebdomadaire que je ne lisais pas ? Pleurer pourquoi ? Pour qui ?

La profonde tristesse qui nous étreint nt à chaque fois qu’on lit une nouvelle si horrible dans les journaux. Tristesse de la mort, fatale, inévitable, froide. Pleurer pour les familles qui ont perdu un des leurs. « Ça aurait pu m’arriver », ça aurait pu arriver à n’importe qui. Et ça arrive. Ça arrive tous les jours en Syrie, en Palestine, en Corée, en Afrique, au Venezuela, en Irak, ce jour-là, un attentat a causé la mort de 37 personnes. Ça arrive et ça ne me fait pas pleurer, un pincement au cœur, tout au plus. Mais ça n’arrive pas « chez nous », ça ne peut pas arriver.

Journaliste en Europe, on se sent épargné, parce que chez nous, « ça » n’arrive pas. Mais si, en fait, « ça » arrive. La mort. Chez nous. Et j’ai pleuré. Pleurer de peur. Peur de la menace sur le monde qui s’agrandit et se rapproche de jour en jour. Peur de réaliser qu’on peut mourir en allant travailler dans une rue où tout semblait si calme, un jour où tout paraissait si ordinaire dans un pays où on croyait être à l’abri de tout. J’ai eu peur, parce que c’était tellement proche, trop proche. Comment ne pas s’identifier aux victimes ? Des gens « comme nous », des gens normaux, qui vont au travail, chaque matin, et qui n’en reviennent pas. Pour quoi ? Pour avoir dessiné. Pour avoir fait leur métier. Pour avoir eu des idées et ne pas les avoirs tues, pour avoir eu des idéaux et les revendiquer. Et de nouveau, j’ai pleuré, pleurer de rage. Rage de voir que des personnes tuent de sang-froid. Incompréhension devant des tueurs entrainés qui s’en prennent à des civils inoffensifs. Pourquoi ? Pour qui ? Au nom de qui ? Rage de voir que le pouvoir ne vient pas seulement de l’argent, mais aussi des armes. Rage de me sentir impuissante, inutile, loin et en même temps, trop proche.

Et ce n’est pas seulement en tant qu’étudiante en journalisme que j’ai tellement envie de pleurer et de me révolter. Aujourd’hui, j’ai rencontré des musulmans tout aussi révoltés qui avaient peur, eux aussi, que l’on confonde une fois de plus « musulman » et « islamiste ». J’ai rencontré des profs, des élèves, des vieux, des jeunes, des gens dans la rue qui étaient tous dans le même état : révoltés et incrédules.

Ces tueurs ont sauvagement attaqués une rédaction, celle de Charlie. Mais il aurait pu s’agir de Libération, du Monde, du Soir ou de la Libre. Face à un tel drame, le constat aurait été le même, en France, chez nous, ou dans n’importe quel autre pays : au-delà de la perte de confrères, qu’ils aient un humour noir, satirique, qu’ils rient jaunes ou qu’ils dépassent les frontières du politiquement correct, c’est la perte de confrères que l’on déplore et qu’on aurait déploré, aussi, si l’attaque s’était passée dans un autre journal.

Aujourd’hui, mes larmes ne vont pas seulement à Charlie, elles vont à toute la presse qui a reçu un coup de poing dans la gueule, une lance dans le cœur, des balles dans la tête.
A cette liberté qu’on essaye de réduire au silence par des coups de feu assourdissants. Elles vont à tous les citoyens qu’on essaie d’apeurer en leur disant : « Ne parlez pas trop fort, on vous entend et on vous fera taire ».

Ils ont mis Charlie à terre, mais pour un moment seulement. Jusqu’à ce que l’étourdissement premier soit passé, jusqu’à ce qu’on puisse reprendre nos esprits, jusqu’à ce qu’on se réveille et se retourne vers notre agresseur, armés de milliers de crayons.

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