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23
Fév
2016

EDITORIAL. Ils devront quitter le camp où ils survivent depuis des semaines ou des années. Pour un ailleurs, moins visible, mais tout aussi dérangeant.

EDITORIAL. Ils devront quitter le camp où ils survivent depuis des semaines ou des années. Pour un ailleurs, moins visible, mais tout aussi dérangeant.

23 Fév
2016

Jungle de Calais : des milliers de vies en sursis

Alors qu’ils ont déjà dû quitter leur maison, leur famille et leur vie, un millier de migrants (trois fois plus selon les associations présentes sur place) occupant la moitié Sud du camp de Calais sont gentiment invités à quitter les lieux. L’action devait se dérouler ce mardi 23 février, mais les concernés devront encore attendre quelques jours pour la décision finale. Ils sont alors dans l’attente d’un ailleurs, sans doute pas d’un meilleur, au mieux d’un « moins mauvais ».

La jungle, telle qu’elle est aujourd’hui, est invivable. Les conditions de vie qui s’y appliquent vont à l’encontre des droits fondamentaux et du respect de la dignité humaine. Tout comme les conditions dans lesquelles ils sont forcés à choisir entre un exil de plus vers un autre centre d’accueil ou une nouvelle jungle. C’est d’ailleurs ce que craint le gouverneur de Flandre Occidentale : un afflux massif, notamment vers Zeebrugge, en vue de nouvelles tentatives de rejoindre le Royaume-Uni, par la Belgique cette fois.

A quand les mesures concrètes ? La fin des promesses et le début des actes ? Les Etats européens se rejettent la faute, se renvoient la balle, comme s’ils étaient en pleine partie de « Tic Tac Boum », la peur au ventre que ça explose sur leur territoire.

Alors on prend des mesures médiatiques. Des repas, quelques containers, des évacuations massives. Et tout ira bien ?

Les yeux fermés, les oreilles bouchées

Personne ne souhaite la longévité du bidonville, quel qu’il soit. Mais les raisons divergent et s’opposent. Les préjugés perdurent sur les réfugiés et les discours agressifs ne cessent de croître. L’humanité a-t-elle disparu ? La compassion, l’empathie, la compréhension ? L’humain semble avoir perdu toute capacité à se mettre dans la peau de l’autre. Pourtant, Calais n’est plus un problème local. Il est devenu un centre d’attention mondial, preuve de la profondeur de la plaie. De nombreuses associations internationales prennent alors la place des locaux qui perdent pied, endossant le rôle que devraient assumer les dirigeants. Emettre un jugement est d’une simplicité enfantine, surtout les yeux fermés et les oreilles bouchées. Mais affronter la réalité est bien plus difficile.

A l’approche de la Jungle, alors que le froid cristallise déjà notre visage et nos doigts, tout devient évidence. Les enfants qui courent pieds nus dans la boue gelée, slalomant entre les monts d’immondices, l’odeur nauséabonde des installations sanitaires trop peu nombreuses, les centaines de tentes et de pseudo-abris. Et soudain, un premier sourire sincère. « Chai ! », une proposition de thé. Une offre de repas, leur seul de la journée. Et pourtant, si peu de moyens. Une envie – un besoin – de communiquer avec « le monde extérieur », d’en apprendre sur les mesures prises, de trouver réponses à leurs questions, ou de raconter leur périple tout simplement.

La destruction de la Jungle n’est pas la solution miracle

Le bidonville doit cesser. Pas par peur de l’étranger, pas pour le cacher, mais par besoin de le considérer comme un égal, et lui permettre de se reconstruire dans des conditions acceptables et décentes.

Il est temps de réhumaniser le migrant, qui n’est pas un pion que l’on déplace où bon nous semble. Il est évident qu’une solution est indispensable, mais elle doit être durable. Des mesures sont à prendre, et vite. Mais il ne suffit pas de fermer les yeux pour faire disparaître un problème de fond. Il est utopique de croire qu’un battement de cils peut faire disparaître la souffrance de milliers de personnes.

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