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Nicolas Baygert interviewé par une journaliste du Bruxelles Bondy Blog
10
Avr
2017

ENTRETIEN. Nicolas Baygert, professeur de sciences politiques et docteur en Information et communication, revient sur les objectifs de la démocratie participative.

Nicolas Baygert, professeur de sciences politiques : "Nous ne sommes pas encore assez mûrs pour une expérience de démocratie participative entièrement en ligne."

ENTRETIEN. Nicolas Baygert, professeur de sciences politiques et docteur en Information et communication, revient sur les objectifs de la démocratie participative.

10 Avr
2017

Nicolas Baygert : “La démocratie participative permet de ne pas attendre les élections pour s’exprimer”

La démocratie participative est souvent présentée comme une alternative plus citoyenne à la démocratie actuelle. Quelle est sa définition concrète ?

Le projet de la démocratie participative, c’est de ne pas attendre le moment des élections, avec le passage obligé aux urnes, pour s’exprimer. Le but est donc d’impliquer davantage les citoyens et de répondre à leurs attentes, c’est-à-dire de faire entendre leur voix de façon plus régulière sur les problèmes liés au pays. Ce type de démocratie veut susciter plus d’engagement, conscientiser les individus et les responsabiliser sur leur rôle citoyen. Elle permet également d’intégrer des personnes qui, à la base, n’étaient pas intéressées par la politique, ou en décrochage par rapport aux partis et au mode de scrutin traditionnel.

À côté de la démocratie participative, il y a aussi la démocratie représentative. En quoi diffèrent-elles ?

La différence avec la démocratie représentative, c’est l’idée d’une prise de décision collective basée en général sur une discussion, une argumentation qui concerne l’ensemble des citoyens. En démocratie représentative, par contre, on délègue pleinement notre droit de décider à des représentants. Parmi les bons exemples de processus participatifs mis en place, on peut penser aux budgets participatifs de communes qui votent sur le budget d’une piscine municipale ou d’une école, … En bref, le citoyen est clairement investi de manière réfléchie et documentée, pour ne pas se sentir complètement laissé à l’abandon par un politique qui pense tout seul dans son coin.

D’où vient cette démocratie participative ?

Différentes expériences ont été menées en Amérique Latine, au Brésil. On peut aussi citer une tradition américaine, les « Township meetings » : des communautés, ou « communities », comme on les appelle aux États-Unis, se réunissent dans l’église ou dans une salle communale pour prendre des décisions. Cela vise encore une fois à impliquer davantage les citoyens dans la gestion même des affaires politiques. Chacun doit être capable de débattre de différents sujets qui apparaissent en cours de législature.

Alors qu’elle est née outre-Atlantique, a-t-elle réussi à s’exporter chez nous, en Belgique et ailleurs en Europe ?

En Belgique, au niveau local, cela fonctionne bien, entre autres dans certaines communes qui penchent plutôt du côté Ecolo. Ce type de dispositif est clairement lié à la tradition de ce parti. En France, des expériences ont été menées dans le Poitou-Charentes, sous l’impulsion de Ségolène Royal et de sa campagne présidentielle de 2007. Elle a toujours privilégié ce mode de décision-là. Cependant, si on veut être un peu plus critique, on remarque que, la plupart du temps, ces processus participatifs sont plutôt des ajouts, des suppléments cosmétiques à la démocratie représentative.

“Il est impossible aujourd’hui d’imaginer une grande réunion de citoyens, avec une prise de décisions sur chaque thème.”

Selon vous, ces processus seraient-ils utopiques ? 

Il est impossible aujourd’hui d’imaginer une grande réunion de citoyens, avec une prise de décisions sur chaque thème. Des alternatives plus plausibles sont tout de même réalisables, comme le tirage au sort ou en travaillant à plus petite échelle. Il existe le « principe suisse » des votations, mais là on se situe plus dans un principe référendaire de démocratie directe. Donc, des exemples, il n’y en a pas énormément parce qu’à grande échelle, l’expérience n’a pas vraiment fonctionné.

Internet pourrait-il faciliter la démocratie participative ?

Nous ne sommes pas encore assez mûrs pour une expérience de démocratie participative entièrement en ligne. En effet, le degré de confiance des citoyens envers les nouveaux moyens de communication ou de votation numérique reste assez faible. L’informatisation pour ce type de projet n’est pas encore assez développée, malgré plusieurs initiatives qui ont été lancées.

Pourrait-on basculer vers ce genre de démocratie dans le futur ?

Je pense que ça a été pendant très longtemps à la mode de dire qu’on allait passer de la démocratie représentative à la démocratie participative. Je n’ai pas l’impression qu’on se dirige vers ça. La faisabilité technique reste assez limitée. Je pense qu’on va plutôt vers une démocratie de type référendaire où l’on va un petit peu hystériser les questions politiques et on va inciter les citoyens à se prononcer pour ou contre. Ça a bien sûr des avantages, au moins on ne pourra pas dire « C’est la faute du politique ». Ce seront les citoyens dans leur majorité qui se seront prononcés sur des questions qui touchent tout le monde. Cependant, ça peut aussi déboucher sur des mauvaises surprises, comme le rétablissement de la peine de mort par exemple. Chaque type de démocratie possède ses avantages et ses inconvénients.

Anabel Mier Garcia et Martin Rousseau

Dossier spécial “démocratie participative”

La démocratie participative peut-elle offrir une piste sérieuse de renouveau politique ? Qui touche-t-elle ? Que proposent, d’une part, les nouveaux acteurs et, d’autre part, les partis traditionnels comme réflexions ? Le Bruxelles Bondy Blog répond à toutes ces questions.

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